Qu’est-ce que le soufi a à dire de la réincarnation ?

Des gens m’ont souvent demandé ce que le soufi a à dire concernant la réincarnation, et mon silence à certains moments, mon « oui » ou mon « non » à d’autres, ont rendu cela vague. Quelques-uns ont peut-être pensé que je n’y croyais pas et que si je n’y croyais pas, les soufis n’y croyaient naturellement pas non plus. Ce n’est pas le cas. Chaque soufi est libre de croire ce qu’il comprend comme vrai et ce qu’il peut comprendre. Il n’est pas cloué à une certaine croyance. En croyant à une doctrine quelconque, le soufi ne sort pas de son soufisme et en n’y croyant pas, il ne s’en va pas de l’Ordre des soufis. Il y a une parfaite liberté de croyance.

Pour mon « oui » il y avait une raison, pour mon « non » il y avait une raison ; une raison non pas pour moi mais pour la personne qui me posait la question. Les gens de ce monde veulent rendre rigides des choses qui sont de la nature la plus subtile, que les mots ne peuvent pas expliquer. Quand quelqu’un décrit l’au-delà, ce serait comme vouloir peser l’âme ou photographier l’esprit. Personnellement, je crois que vous devez pouvoir réaliser vous-mêmes ce qu’est l’au-delà. Vous ne devez pas dépendre de mes paroles. La réalisation de soi est le but. Les croyances à des doctrines sont des pilules données à des gens malades pour leur guérison.

une histoire de point de vue

En fait, toutes choses sont vraies jusqu’à un certain point, mais comparées à la vérité ultime elles n’arrivent pas à prouver leur existence. Les choses apparaissent comme différentes, quand on les regarde depuis des plans différents. Et quand une personne située dans la plaine demande à une personne qui se tient au sommet d’une montagne si elle aussi croit telle chose, celle-ci ne peut pas en dire beaucoup. Celui qui questionne doit venir sur le sommet de la montagne et regarder. Jusque-là il ne peut pas y avoir d’échanges de vue entre eux. La méthode du soufi est la quiétude et le progrès silencieux ; il parvient de cette manière au stade où il peut voir par lui-même. Vous pourriez dire qu’il y faut beaucoup de patience ; oui, mais le chemin spirituel est pour les patients. La patience est la chose la plus difficile.

Publié dans Philosophie cahier n°6 – chapitre 13 – 2