Le désir de perfection

Il y a un continuel désir, à l’œuvre dans toutes les âmes, de voir les choses parfaites selon sa propre conviction de la perfection. A mesure qu’elles développent ce désir, observant, analysant, examinant les choses et les êtres, elles sont déçues et découragées ; elles sont aussi marquées par les lacunes qu’elles voient dans les situations, les personnes, les êtres. 

L’espoir

Ce qui reste vivant est l’espoir que, si ce n’est pas bien aujourd’hui, demain cela le deviendra. Si ce n’est pas parfait maintenant, plus tard cela deviendra parfait. Ainsi, dans cet espoir quelqu’un vit. Et une fois qu’il a abandonné cet espoir, alors la vie se termine. Si l’on a été déçu par une personne, on pense que dans un autre on pourra trouver tout ce que l’on attend. Si dans une situation l’on est désappointé, on espère une autre situation qui amènera la réalisation de ce que l’on espère.

Les maîtres et les prophètes ont montré la direction d’en-haut. Cela nous enseigne symboliquement que c’est dans l’expectative de quelque chose de plus souhaitable à venir que l’on vit. C’est le secret du bonheur et de la paix. Dès que l’on se met dans l’idée qu’il n’y a rien à attendre dans la vie, on cesse de vivre.

Vous constaterez autour de vous que ceux qui vivent et qui aident les autres à vivre sont ceux qui regardent la vie avec espoir et courage. Ce sont eux que nous appelons des êtres vivants. Et il y en a d’autres qui ne vivent pas. Car ils n’attendent plus rien de la vie, ils ont perdu l’espoir. Afin d’être sauvés, ils s’accrochent à ceux qui sont pleins d’espoir. Mais si ceux-là aussi ont un espoir limité, ils sombrent avec eux. De telles âmes sont comme mortes. C’est dans la vision de ceux qui sont pleins d’espoir que nous pouvons trouver le secret de l’idée du paradis. Le paradis dont ont parlé les âmes élevées de toutes les époques et dont vous trouverez mention dans toutes les Ecritures, est un espoir dans l’au-delà. C’est un espoir dans le futur.

L’accomplissement du désir

Quand on perçoit que l’on ne peut trouver aucune justice dans la vie, que la beauté manque, que l’on ne peut voir de sagesse nulle part, que la bonté est rare, alors on commence à penser que la justice doit exister quelque part. On pense que toute la beauté, la sagesse, la bonté peuvent être découvertes en un lieu qui est dans le paradis. On réfléchit : « Elles existent, je les trouverai un jour ; si ce n’est pas ici dans cette vie, je les trouverai dans l’au-delà. Un jour viendra où l’accomplissement de mon désir, de mon espoir arrivera ». 

C’est alors que l’on vit, et l’on vit pour voir son désir accompli. Car l’imperfection que l’on voit dans une personne, dans une chose, une affaire, une condition, cette imperfection ne durera pas en réalité toujours. Tout deviendra parfait, tout doit être parfait. C’est une question de temps. C’est vers cette perfection que nous nous efforçons tous ; la nature et la création entière travaillent vers le même but. Et c’est dans cette perfection que les penseurs et les grands êtres de tous les temps ont vu leur paradis. 

Le désir de Dieu

Il y a une référence à cela dans la Bible – je ne me rappelle plus exactement les mots – qu’aucun iota ni point ne passera tant que tout n’aura pas été accompli. Ce qui veut dire qu’il ne restera aucun manque de quoi que ce soit que vous aurez une fois pensé dans votre mental, que ce soit beauté ou harmonie ou bonheur ou agrément ou paix, ou quoi que ce soit que vous ayez un jour désiré. Cela doit s’accomplir. En effet, à travers l’homme c’est Dieu qui désire. Donc, ce n’est pas le désir de l’homme. C’est le désir de Dieu et il a son accomplissement. Il a son jour où il sera accompli, il doit être accompli.

Il est certain que la bonne volonté de la part de l’homme d’aider à accomplir le désir de son prochain est une action sainte. En effet, elle apporte à cette personne, qui attend l’accomplissement de son désir, ce paradis qui l’attend. Elle a rempli son désir.

La vie sur le plan physique est limitée. Mais le pouvoir du désir est illimité. Si le désir trouve une difficulté à être réalisé sur le plan physique, il conserve cependant son pouvoir. Et le désir est assez puissant pour accomplir son travail en s’élevant au-dessus de ce plan physique de limitations, ou lorsqu’il en est libéré. C’est pour cette raison que l’espoir dans le paradis a été donné par les grands êtres. 

La volonté de Dieu

Dans l’Evangile il est dit :

« Que Ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel »

Comme il y a une difficulté même pour la volonté de Dieu à être accomplie sur la terre à cause des limitations, il y a une difficulté pour chaque homme à accomplir son souhait, bien que dans le souhait de chacun il y ait le souhait de Dieu. C’est difficile dans le monde physique parce que c’est le monde des limitations. Mais le désir, lui, ne connaît pas de limitations. Seulement le désir est abattu, affaibli, épuisé par le fait de rencontrer constamment les limitations de ce plan physique. Si, par chance, l’espoir le soutient et la foi le nourrit, il n’y a aucun désir, petit ou grand, qui ne soit un jour accompli, si ce n’est sur terre, alors au ciel. C’est l’accomplissement de ce désir que l’on peut appeler paradis.

Omar Khayyam a dit :

Le ciel est la vision du désir accompli, et l’enfer l’ombre d’une âme en feu.

L’on raconte que quelqu’un vint voir ‘Ali et lui demanda : « Vous nous parlez de l’au-delà et de l’accomplissement des désirs qu’on y trouvera. Et si cela n’était pas vrai ? Alors, tous nos efforts sur cette terre seraient vains ». 

« Rien ne sera perdu – dit ‘Ali – S’ils ne sont pas accomplis, alors vous et moi aurons le même sort,
mais s’il est vrai qu’il y a un paradis, alors vous serez perdant et je gagnerai, car je me suis préparé pour cela et vous vous en êtes moqué ».

La perfection – but ultime

Mais ceux qui attendent un paradis dans l’au-delà, que tout devienne vrai dans l’au-delà, pourraient aussi considérer cela différemment. Le pouvoir du désir est si grand que l’on ne doit pas lui permettre d’attendre l’au-delà. S’il y a quelque chose qui peut être accompli aujourd’hui, nous n’avons pas besoin d’attendre son accomplissement pour demain. Car la vie est une occasion. Et le désir a le plus grand pouvoir. Et la perfection est la promesse de l’âme. Nous cherchons la perfection parce que la perfection est l’ambition ultime et le but de la création. S’il n’en était pas ainsi, vous n’auriez pas lu dans la Bible :

« Soyez parfait comme votre Père au Ciel est parfait »

Question : Ce monde physique limité n’est-il pas susceptible d’être amélioré en fonction de nos désirs ?

Réponse : Comme je l’ai dit, la source de toutes choses est parfaite, notre origine est parfaite, notre but est parfait. Par conséquent, chaque atome de l’univers travaille vers la perfection. Tôt ou tard, il doit arriver à la perfection. La bénédiction consiste à arriver à la perfection consciemment. Et nous pouvons essayer en tous nos actes dans la vie, petits ou grands, en tout, d’avoir en tête l’idée de la perfection.

Question : Comment peut-on éveiller ceux qui sont sans espoir à la beauté de cette idée ?

Réponse : Ceux qui manquent d’espoir et de courage dans la vie manquent d’une sorte d’énergie de l’esprit. 

Note du traducteur : Le mot anglais est « spirit », qui signifie beaucoup plus que le mot français « esprit ». L’âme, l’essence d’une chose ou d’un être. 

Le critère de la santé, tel que les médecins le conçoivent aujourd’hui, est un corps énergique et robuste. Mais le critère de la santé réelle est la santé de cet esprit. Non seulement le corps vit, mais l’esprit est vivant. 

Celui qui est capable d’apprécier toutes choses, d’avoir le courage de faire tout ce qui vient sur son chemin, qui se sent joyeux, plein d’espoir, prêt à accomplir son devoir, prêt à souffrir la douleur qui lui advient, prêt à prendre des responsabilités, prêt à répondre à chaque demande de la vie comme un soldat sur le champ de bataille, montre l’esprit caché sous le corps. Si cette condition manque, alors l’esprit manque de cette énergie qui est la santé parfaite. Et l’on doit aider la personne à gagner cette énergie. 

Question : Comment changer l’impuissance en espoir ?

Réponse : Par la foi. Vous pourriez demander : « La foi en quoi ? ». En premier lieu, c’est la foi en Dieu, sachant que l’âme tire son pouvoir, son inspiration, de la Source Divine. Chaque pensée, chaque impulsion, chaque souhait, chaque désir, vient de cette Source. Dans leur accomplissement agit la loi de la perfection. De cette façon, on se sent plein d’espoir. 

Mais lorsque l’on pense : « Qu’est-ce que je vais faire ? Qu’est-ce que je dois faire ? Comment le ferai-je ? Je n’ai pas les moyens, je n’ai pas les ressources. Je n’ai pas l’inspiration qu’il faut pour le faire », quand on est pessimiste, on détruit les racines de ses désirs. En effet, par le refus l’on rejette ce qui autrement aurait pu être atteint. En reconnaissant le divin Père en Dieu, on prend conscience de son propre héritage divin. Il n’y a aucun manque dans l’Esprit divin, il n’y a donc aucun manque dans la vie. C’est seulement une question de temps. Si l’on construit en Dieu, son espoir sera sûrement réalisé.

Le soutien de la foi

Il est très intéressant d’étudier la vie des grandes personnalités du monde. Nous constatons que certaines sont presque arrivées à la réalisation de leurs entreprises. Et juste avant qu’elles aient atteint leur but, elles l’ont perdu. D’autres ont atteint le succès ultime en tout ce qu’elles ont entrepris. Vous constaterez toujours que les premières étaient douées d’un grand pouvoir, mais qu’elles manquaient de foi. Et que les secondes étaient douées de ce grand pouvoir et que ce pouvoir était soutenu par la foi. 

Quelqu’un peut avoir tout le pouvoir existant, toute la sagesse et toute l’inspiration, mais s’il y a un manque, manque de foi, il pourra avoir quatre-vingt-dix-neuf chances de succès sur cent, et pourtant il lui en manquera une, et la perte finale enlèvera tout le gain qui lui était auparavant acquis. 

Un dicton existe en anglais :

« Tout est bien qui finit bien »,

et les Orientaux disent dans leur prière :

« Fais que notre fin soi bonne ». 

S’il y a une difficulté présente, ne nous en soucions pas, parce que le succès, le vrai succès, est dans son parachèvement. 

Le but de la vie – série de conférences donnée durant l’École d’été, Suresnes, 1924.
La première édition en anglais date de 1927, Londres.

Publié dans Philosophie Le but de la vie – cahier n°7 – chapitre 10