La vie des prophètes et le plan divin

La vie prophétique

Unité des idéaux spirituels

Un grand nombre de maîtres ont été envoyés sur terre pour servir Dieu et aider l’humanité. Leurs vies sont différentes, pourtant derrière la vie des prophètes il y a un plan, un plan divin tout à fait similaire dans la vie d’eux tous.

Par exemple le plan divin à l’œuvre dès leurs premières années.

Bouddha

Il était inhabituel pour les rois de l’Inde de garder leur prince héritier dans le palais et de ne pas lui permettre de contact avec le monde jusqu’à ce qu’il soit devenu un jeune homme. Ce fut le plan de Dieu qui travaillait dans l’esprit du père de Bouddha quand il commanda cette solitude pour Bouddha et cette voie de purification, afin que pendant une longue période, depuis sa petite enfance jusqu’à ce qu’il fût adulte, il ne voie ni ne connaisse une seule personne du monde extérieur.

C’était parce que l’esprit qui devait trouver le remède pour obtenir la liberté de l’âme avait besoin de ce repos, de cette solitude et de ce silence pour que son grand cœur mûrisse. On peut penser qu’il était cruel de la part des parents de ne faire même qu’imaginer une chose pareille. Mais cela se prouva être très bon de leur part, et ce fut parce qu’il devait en être ainsi.

Rama

Quant à la vie de Rama, il venait de la demeure de Vasishta, son maître, avec lequel il vivait dans la forêt. Et il connut peu la vie au palais de son père. Aussitôt qu’il fut marié (selon la coutume des Hindous qui se marient tôt dans leur vie), il fut envoyé en vasanava, c’est-à-dire dans un exil sacré de douze ans hors de chez lui. Dans la tradition des Hindous nous ne lisons pas que cela se soit produit auparavant ni après. Ce fut seulement le cas de Rama : la coutume n’existait pas parmi les Hindous, spécialement chez les rois, d’envoyer le prince en vasanava pendant douze ans. C’est grâce à cela que je souhaite vous expliquer comment dès le début la destinée prend en main les âmes qui doivent être les serviteurs de Dieu.

L’enfant qui était fils de roi fut d’abord confié à un saint homme, Vasishta, dans son habitat rustique dans la solitude. Et il vécut là une vie très simple jusqu’à l’âge adulte. Aussitôt qu’il fut marié il fut envoyé dans la forêt. Et toutes les difficultés de la vie dans la forêt ne furent pas suffisantes. Une autre fut ajoutée, Sita, sa femme, qui était venue avec lui, fut ravie par Ravana, afin que la difficulté fût complète. Il ne devait pas rester une seule possibilité de souffrance qu’il n’éprouvât pas. Pour un prince, cela aurait largement suffi d’être dans la forêt, de vivre de feuilles et de fleurs et de fruits et d’errer sans un toit sur la tête, dans le soleil, l’orage, la pluie. Mais il fallait que l’épreuve fût complète.

Krishna

Dans la vie de Krishna, depuis sa petite enfance on le confia aux mains de Yesoda, une vachère. Il fut donc élevé dans une maison de paysans en dépit de son âme princière et de son esprit royal. On nous montre comment, avec cet esprit unique, inné en lui, il allait et venait, jouant avec les filles et les garçons de paysans qui vivaient à Brindavan. Combien il les attirait et combien ils l’aimaient dans son enfance. Krishna devint la vie et la lumière de Brindavan.

Il n’avait pas donné un Message à ce moment-là, et n’avait pas non plus parlé de philosophie. Au contraire, il y a beaucoup d’histoires, certaines très exagérées, de ses espiègleries qui le rendaient plus espiègle que les petits garçons de Brindavan. Mais cela n’importait pas. La lumière était là, et la vie et l’esprit, qui s’apprêtaient à briller. Et dès cette période il montra l’origine qui était la sienne.

Pour la poésie et la musique des Hindous, Krishna est le thème principal. Krishna est le personnage qu’on préfère pour inspirer tous les chants ; des chants d’amour, de querelles et de conflits et de doutes. Ces chants sont chantés devant le peuple et écoutés par lui avec amour, adoration et admiration. Personne ne juge. Les ombres légères et diverses expriment la lumière et l’ombre des paroles que les poètes racontent au sujet de la vie de Krishna, de ses vertus et de ses principes. Les poèmes, les chants sur la vie de Krishna sont si beaux, si charmants et prenants que bien des écrivains et des gens vertueux s’oublient un moment et se mettent à écouter, et s’intéressent aux amours et aux romances du jeune Krishna.

Moïse

Du proche Orient, est venu Moïse, qu’on trouva dans l’eau et que prit une princesse. Cela montre une vie hors du commun et un plan inhabituel que la destinée avait préparés. Moïse montra un fort caractère et du courage jusqu’à ce qu’à l’âge adulte, et à travers toutes les difficultés, il maintînt sa conviction afin qu’elle porte tous ses fruits.

Jésus-Christ

Jésus-Christ naquit dans un lieu abandonné et depuis sa naissance rencontra l’opposition du roi, et cette opposition continua. Avant qu’il ne parlât, ses mouvements, son regard inspirait et bénissait ceux qui l’approchaient. Et dans son jeune âge il parlait avec des gens de religion.

Mohammed

Le père de Mohammed, Abdullah, était mort avant la naissance du Prophète. Il ne vit pas son fils et l’enfant fut laissé avec sa mère. Et même la mère dut mourir tôt dans la vie de l’enfant, afin qu’il puisse comprendre ce qu’est la vie d’un orphelin. C’était pour le préparer à la sympathie pendant qu’il grandissait pour devenir prophète, que depuis son enfance il eut à éprouver l’absence d’un père et ensuite l’absence d’une mère.

Cela montre comment dans leur vie les prophètes furent d’abord rendus boiteux afin d’acquérir des pieds célestes. Leurs pieds terrestres leur furent enlevés. Et ils reçurent des pieds célestes pour se retrouver debout sur la terre, afin de se tenir plus fermes. Car leur lutte fut grande. Leur tâche fut grande, et grandes furent l’opposition et les épreuves par lesquelles ils durent passer. S’ils n’avaient pas eu des pieds célestes, ils n’auraient pas pu résister à toutes les difficultés de la vie.

Unité des idéaux spirituels

Parlons maintenant de leur inspiration, et de la manière dont elle est venue. Là aussi il y a des similitudes.

Bouddha

L’inspiration de Bouddha vint au moment où il fut envoyé dans le monde et regarda ce monde avec l’esprit éveillé qui était le sien. Le premier regard de Bouddha tombant sur les malédictions du monde lui enleva tout intérêt pour les palais, la grandeur, les succès de la terre et les gains de la terre. Partout, où qu’il regardait, il vit la souffrance. Il vit la souffrance derrière le plaisir. Iil vit la douleur cachée sous la joie, il vit la douleur se cachant derrière ce qu’on appelle le bonheur. Il regarda la souffrance à découvert et il vit la souffrance qui se cachait aux yeux de chacun. Et il vit d’où provient toute cette souffrance. Elle provient de la limitation de l’homme.

Il vit que, peu importe ce que vous donnez à l’homme, la richesse, les possessions, la situation, toute manière de plaisir et de bonheur, pourtant il restera dans la souffrance, dans les ennuis. Et le chagrin sera toujours son lot. S’il y a quelque moyen d’en sortir, il n’y a qu’un seul chemin, et c’est le chemin de la perfection. C’est pourquoi, au lieu de trouver mille moyens d’aider l’humanité, il s’en tint à un seul : aider l’homme vers la perfection spirituelle. Aider l’homme à trouver son pouvoir, son inspiration, son bonheur et sa paix non pas au-dehors, mais au-dedans de lui-même.

Rama

Dans la vie de Rama ; tout ce qu’il eut à surmonter fut pour lui une leçon. La manière dont il agit dans des situations difficiles enseigna la philosophie pratique. La manière de faire la guerre, la manière de faire la paix, la manière de gouverner ses peuples avec justice ; la manière de sympathiser avec eux, de les servir, de les élever, la manière d’élever l’humanité, toutes ces façons d’être de Rama ont été un exemple pour les siècles.

Pour quiconque étudiera le Ramayana, et tout ce à travers quoi il dut passer, la manière dont il a pris tout cela et dont il a réagi, tout est une leçon. Non pas une leçon seulement pour un roi ou pour un chef. Mais une leçon pour tout un chacun, car chacun a un royaume à soi. Aussi insignifiant que soit l’homme, il a son propre royaume dans ce monde. Et il a ce devoir, cette responsabilité envers son royaume. La manière dont Rama a surmonté ses épreuves et ses guerres, montre la manière et la voie selon lesquelles on doit agir envers notre propre royaume.

Krishna

Krishna, en dépit de tout l’amour et de tout le lyrisme qui s’attachent à sa vie, en dépit de toute la beauté, la joie et la couleur que montre cette vie, faisant une très belle image de sa jeunesse, eut à faire face à une difficulté énorme. Il eut à défendre les cinq frères Pandavas, qui étaient exilés de leur royaume.

On pourrait demander ce qu’un mystique, un prophète, un instructeur peut avoir à faire avec un tel problème. Mais ce problème fut un moyen pour faire apparaître le Message que Krishna était censé donner. Ce Message était la philosophie dans tous ses aspects. Ce n’est pas une philosophie appartenant à un niveau particulier. Mais c’est une philosophie qui contient toutes les notes de la musique de la vie. Si on lit ce petit livre de la Bhagavad Gîtâ, on constate que c’est un phénomène : tout y est pris en compte, la fierté et l’honneur, la bravoure et le courage, le combat et l’harmonie, la paix, l’amour et la soumission. Tout a été présenté dans ce livre, montrant que tout dans la vie a sa signification et sa place ; si seulement on peut l’utiliser à son meilleur avantage.

Le sens de chaque chose

Krishna a montré que la guerre a son sens et que la paix a son sens, que l’harmonie a son sens et que l’indifférence a son sens, que le pouvoir a son sens et que la résignation a son sens. Il n’est pas sage de considérer certaines choses de la vie comme sans utilité et d’autres choses que l’on considère comme de grande importance comme les seules utiles. Mais si l’on voit la vie comme un tout entier, toute chose qui existe dans la vie a son sens. Et si l’on peut se servir de toute chose de la vie comme ayant son propre but, alors le but de la vie est accompli.

Moïse

La communication que Moïse recevait de Dieu sur le Mont Sinaï nous suggère la leçon que le « Mont Sinaï » exprime le point le plus haut que la conscience peut atteindre. Quand la conscience touche le point le plus haut, l’on reçoit le message de Dieu. Faire l’ascension du Mont Sinaï signifie monter à cette hauteur qui distancie le parfait de l’imparfait. L’imperfection est au bas de la montagne de la vie, la perfection est au sommet de la même montagne. Pour celui qui peut faire l’ascension de cette montagne de la vie et atteint le sommet, il est facile de communiquer avec Dieu. Cela signifie seulement que le cœur qui peut atteindre le plan de l’Être Absolu et conserve sa conscience individuelle pourra communiquer avec l’Être Parfait. Et il pourra interpréter ce qu’on y apprend.

Jésus-Christ

Quand nous en arrivons à la vie du Christ, vous lirez dans l’Evangile comment le Maître répondait aux questions de ses disciples qui venaient les uns avec leurs doutes, les autres avec leurs raisons, certains dans la confusion, quelques-uns avec leur perplexité, quelques-uns avec foi et dépourvus d’intelligence, quelques-uns ayant l’intelligence mais dépourvus de foi, quelques-uns ayant seulement la dévotion et d’autres, la curiosité, qui lui posaient des questions pour l’éprouver, pour le sonder, parfois pour se montrer sages devant le Maître, parfois pour apprendre. Et vous pourrez voir la compassion du Maître envers chacun d’eux, la même pour les amis et pour les ennemis. Ces réponses données en paroles simples, on peut s’en souvenir la vie entière. Chaque mot se montrera comme une torche sur le chemin.

Si ce n’était pas pour la vie telle que le Christ l’a eue, nous ne pourrions pas avoir entendu toutes les légendes avec leur mystère, leur sens et leur sagesse. La naissance du Christ, la crucifixion, toutes ont un sens ; et ce sens montre la voie.

Mohammed

Dans l’histoire du Prophète Mohammed, qui fut trois fois exilé par son peuple, rien ne put lui enlever sa foi et sa conviction dans la mission pour laquelle il avait été envoyé. Les insultes, la moquerie arrivèrent de toutes parts. Sa famille ne voulut pas se joindre à lui. Même son oncle qui était son plus proche parent ne resta à son côté que parce qu’il était son neveu, mais non pas à cause de ce qu’il enseignait. Malgré toutes ces conditions il continua à donner le Message.

De la même manière que Moïse reçut le Message sur le Mont Sinaï, le Prophète alla au Mont Ghar-e-Hira.

De même que Bouddha eut le problème de trouver le remède pour l’humanité, il y eut un problème pour le Prophète. Devant lui l’ignorance de l’humanité se dressait comme une montagne. Comment pouvait-on la soulever, comment pouvait-on l’ôter ? Pour soulever cette montagne, pour briser cette montagne, pour enlever cette montagne, la force et le pouvoir d’un soldat furent donnés au prophète.

Dès l’instant où le Prophète commença à recevoir le Message de Dieu, croyez-vous que le Message vint d’un seul côté ? Il vint de toutes parts. La voix du dedans était si puissante que le Prophète entendait sa résonance dans le vent, dans le frémissement des feuilles, dans le murmure de l’eau, dans le ciel et sur le sol. L’atmosphère entière était emplie de la résonance des mots qui arrivaient au Prophète depuis le dedans.

Le Message

Il semblait que l’Absolu parlait, que l’espace parlait, que le soleil parlait, que la lune parlait, que l’air parlait. Il n’y avait rien dans l’espace excepté le verbe vivant qui commençait à arriver et qu’il commençait à entendre. Certainement que s’il avait été un homme ordinaire, il aurait été désorienté, et au point qu’il n’aurait même pas pu une seconde en supporter la tension sur ses nerfs, sur son mental, sur son esprit.

C’était seulement l’esprit du Prophète qui était censé entendre la voix de Dieu qu’il entendit. Quelle en fut la conséquence ? La conséquence en fut que tout tourna de travers et que pourtant sa foi se maintint intacte. Tout dans la vie, les circonstances, les conséquences le poussèrent en arrière, et lui, tout seul, alla de l’avant. C’est de cette manière que le Prophète avança dans la vie. Cela montre quel pouvoir le Message de Dieu a derrière lui. Il est en lui-même amour, et sagesse, et bénédiction, et beauté, et harmonie, et paix, et en même temps Pouvoir du Tout-Puissant.


Suresnes, 7 Septembre 1926

Publié dans L’unité des idéaux spirituels première partie – Prophètes et religions – cahier n°4 – chapitre 3