À propos du bonheur

Le bonheur est lié à l’harmonie. L’harmonie que nous parvenons à établir en nous-mêmes, avec les autres et avec les circonstances. Et le chemin vers cette triple harmonie consiste à répondre de mieux en mieux, à chaque moment de la journée à ce que ce moment demande de nous. Murshid nous dit que nous pouvons voir la vie comme une interrogation constante à laquelle il nous incombe de répondre de façon adéquate. C’est l’effort constant pour donner une réponse juste à chaque mouvement, à chaque moment qui ouvre la voie vers l’harmonisation de notre vie, donc vers le bonheur

Il n’y a pas de bonheur vrai, sinon dans la joie sans cause qui nait d’un cœur purifié. Donc, seul un être qui a découvert comment purifier son cœur peut posséder le bonheur. Et c’est un bonheur établi au-dessus des choses périssables et qui ne dépend pas des personnes mortelles. Et pourtant même quand cet état se réalise il est encore ici-bas intermittent. Bien souvent les circonstances adverses le recouvrent comme un écran. Ce n’est jamais qu’un écran momentané. C’est pourquoi l’homme avisé s’exerce à la patience.

La plante du bonheur

La plante du bonheur, on commence à la voir pousser dès que l’on comprend qu’il faut faire naître le bonheur dans son propre cœur et de son propre fonds, sans s’occuper des circonstances extérieures. On n’en contemple la floraison lorsqu’on peut trouver le bonheur en soi en dépit des perturbations de la vie courante, comme on rentre au sec dans sa maison paisible quand il pleut et quand il fait mauvais temps. La plante du bonheur n’atteint sa fructification que lorsqu’on peut partager son bonheur avec ceux que la destinée nous fait rencontrer. Mais elle n’achève son cycle que lorsqu’on a déposé sa graine, comme un dépôt sacré, dans le cœur d’un autre.

Cette part de nous-mêmes qui est peu progressive et animale cherche obstinément à atteindre « son » bonheur et souvent malgré notre conscience plus sage qui lui crie casse-cou. Dans sa quête obstinée, cette part inférieure finit par mettre sa patte sur ce qu’elle appelle son bonheur. Elle l’ouvre en tremblant d’attente et c’est une coquille vide.

Suresnes, 9 juin 1993