Les deux aspects question et réponse

Toute chose et chaque être est tour-à-tour question et réponse. Si nous considérons toutes les choses, tous les êtres dans le monde, nous verrons ces deux aspects. En chaque situation il y a ces deux actions : la question et la réponse.

Celui qui apprend est la question, celui qui enseigne est la réponse. La lune est question, le soleil réponse ; la femme question, l’homme réponse ; la terre question, le cultivateur réponse. Dans la musique un thème est question, un autre est réponse. Il en est de même pour la danse. Ainsi, pour tout ce qui existe, cette action « question-réponse » établit l’harmonie de l’univers.

Les choses et les êtres sont cependant tour-à-tour question et réponse selon la façon dont on les considère. Par exemple, quand on dit : « Est-ce l’habit qui fait le moine, ou le moine qui fait l’habit ? ». Selon un premier point de vue l’on peut dire que le moine est la question, l’habit la réponse ; selon l’autre point de vue, l’habit est la question et l’homme, le moine, est la réponse.

Les relations ente question et réponse

Si la question est seule et demeure sans réponse, elle trouvera devant elle un vide grandissant. Si la réponse vient toujours sans laisser à la question la possibilité de se former, il n’y aura pas d’action fructueuse. On peut dire cela d’une autre façon : le questionneur, celui qui répond et la réponse donnée forment une trinité qui est la plénitude de la vie, la vie complète. Ainsi, le cultivateur est question, la terre répond, mais le fruit, ce qu’elle produit, est la réponse finale, ce qui forme le cycle d’une vie complète.

Parfois, ne se trouvent réunis que ceux qui donnent des réponses. Comme il n’y a pas de question entre eux, il n’y a pas d’harmonie, ni d’action qui porte fruit.

Cependant, l’on peut dire que l’état de celui qui donne la réponse est un état de servitude. Le questionneur est celui des deux qui s’avance toujours en premier ; celui qui répond est, en un sens, plus puissant, mais il subit la soif de savoir de celui qui questionne. Nous voyons cela par exemple dans les rapports entre parents et enfants. L’enfant commande par ses exigences, les parents y répondent et ils en sont tout étonnés : ils se croyaient les maîtres de l’enfant.

L’art de répondre

L’art de répondre par des actes et des sentiments, est un art très délicat ; la personne prouve par là son attitude intérieure, ce qu’elle est, son état d’esprit actuel, ses sentiments, ce qu’elle sait, ce qu’elle pense. Souvent, en Orient, pour connaître ce qu’est réellement une personne, on lui pose une question très simple. On y raconte ainsi deux histoires.

Un roi fit venir dix esclaves à son palais. Il fit donner à chacun un verre rempli d’eau et dit à chacun : « Jette ce verre ». Ils obéirent donc. « Pourquoi as-tu fait cette action ? », demanda le roi successivement à tous. La réponse des neuf premiers fut celle-ci : « Parce que votre Majesté me l’avait ordonné ». Le dixième dit : « Que Votre Majesté me pardonne mon acte ». Le roi le choisit, lui donna de hautes charges et son amitié. Grâce à cette réponse, le roi avait reconnu la subtilité d’esprit de l’esclave : ce dernier avait saisi une situation que les autres ne comprenaient pas.

La deuxième histoire raconte qu’une reine, restée veuve sans enfants, devait choisir un successeur au trône vacant. Elle avait remarqué trois jeunes gens de la même caste. Elle les fit venir à la cour. « Pourquoi êtes-vous venus » ? leur demanda-t-elle. Les deux premiers répondirent : « Votre Majesté nous a fait venir ». Mais le troisième répondit : « Je suis venu pour être Maharadjah ». Satisfaite, elle en fit le Maharadjah. La question était simple, la réponse fut simple. Dans la vie de chaque jour, nous pouvons observer la même chose : la réponse révèle l’attitude.

La réponse qui abolit toute question

Chaque question a sa réponse. Il n’y a aucun désir pour lequel il n’existe pas une satisfaction possible et certaine. Tout être qui demande recevra, à chacun qui frappera il sera ouvert. Mais il s’agit de trouver la bonne question.

Dans le Gayan il est dit :

« Dieu est la réponse à toutes les questions »

6ème alapa du Gayan           

Mais il est difficile de le comprendre. Il n’est pas toujours simple ni facile d’accepter la réponse. Si l’on demande : « Pourquoi y a-t-il des guerres ? » et que l’on réponde : « C’est la volonté de Dieu », il faut un esprit soumis pour l’accepter ; ou bien : « Pourquoi les maladies, les souffrances ? » -« Dieu permet qu’il en soit ainsi » : Combien il est difficile de comprendre cela ! Bien des réponses que l’on peut trouver sans penser à la vie intérieure parfaite laissent un vide. Si le sentiment peut accepter cette réponse, le cœur aura une certaine tranquillité qui durera sous forme de contentement, de résignation, mais s’il arrive à pénétrer cette réponse, il aura trouvé ce qui fait taire à jamais la question, qui fait que la question cessera d’exister. C’est cela la réponse qui abolit toute question.

La paix

Il y a une histoire racontée par Sa’di. Un homme était venu voir son ami. Il avait mille questions à lui poser. Mais lorsqu’il fut en face de lui, il dit : « Et maintenant que je suis devant toi, ta présence seule me suffit ». La vraie réponse, qu’elle soit donnée en silence ou en paroles, amène la paix, satisfait l’esprit à tel point que l’on possède enfin la paix et le calme.

Nous pouvons cultiver en nous l’attitude qui consiste à toujours poser une question, ou celle qui consiste à toujours vouloir répondre. Mais nous ne pouvons pas toujours répondre ; nous pouvons répondre si nous avons quelque chose à répondre.

Questionner a en soi une possibilité de progrès ; la question peut toujours aller plus loin. La question prouve, par son avance, qu’elle finira par trouver la solution.

Le questionneur, celui qui répond et la réponse, lorsqu’ils sont unis, donnent une vie complète.


29 octobre 1933