Souvenirs de Wazir van Essen

La vie avec Murshida Sharifa

Nous transcrivons d’autres souvenirs de Wazir Van Essen :

« Je n’oublierai jamais le moment où elle sortit pour la première fois après des années de réclusion pour donner une conférence dans le Hall.  Elle était vêtue de blanc, telle qu’on la voit sur une de ses photographies, encore partiellement étrangère au monde extérieur et pourtant elle avait déjà cette qualité de transparence qui fut si marquée chez elle par la suite.

Plus tard, elle se rendit de nouveau à Paris pour donner des conférences.

Tout cela dut être très difficile. Surtout les déplacements dans le vieux petit tramway désuet et bruyant suivis de trajets en métro.

Un jour, elle me demanda de l’accompagner lors d’une visite en ville.  Pendant des années, elle avait négligé de faire régulariser ses papiers d’identité et son passeport.  Pour aller à Paris, je voulus monter la rue de la Tuilerie pour prendre le tramway, afin de lui épargner la traversée du Boulevard de Versailles (plus tard Bd.  Henri Sellier).  Murshida n’y consentit pas.  Cela impliquait qu’il fallait revenir sur nos pas : « Il n’est pas juste d’un point de vue psychologique d’aller à contre-sens de son but » – dit-elle. 

On la réprimanda au Consulat britannique pour avoir négligé ses affaires.  Elle répondit très humblement : « I’m sorry I have neglected the matter so long » – (« Je suis désolée d’avoir négligé cette affaire si longtemps »).  La façon dont elle prononça ces paroles fit immédiatement taire le fonctionnaire.

« Quand Murshida sortit à nouveau, elle recommença à s’intéresser aux problèmes des murîds qui venaient la voir et qu’elle recevait avec un grand amour.

Les lettres qu’elle écrivait, par exemple à Shanavaz van Spengler, qui se montra par certains côtés un peu négatifs, exprimaient très nettement son attitude envers Murshid et le Message. 

Une petite illustration de la manière dont Murshida se sentait liée avec Murshid et voyait en lui le Rasoul [1] peut se voir dans le fait suivant : je dis un jour : « Au temps de Murshid … ».  Elle m’interrompit en disant : «  Wazir, it’s always Murshid’s time » – «  Wazir, nous sommes toujours au temps de Murshid« .

« Sur son lit de mort, ce fut comme si les sphères intérieures s’ouvraient pour l’accueillir après une vie de dévouement, de lutte et d’accomplissement.

Murshid dit d’elle, dans son Autobiographie, qu’elle était une perle cachée sous une coquille de dure apparence.  Quelques-uns parmi nous ont eu le privilège de voir s’ouvrir la coquille, de découvrir la perle et d’en contempler la lumière à laquelle on n’avait pas accès auparavant ».

Notes

[1] Rasoul – Dans la perspective de l’enseignement de Hazrat Inayat Khan, il s’agit d’un prophète porteur du Message de Dieu pour une époque entière, qu’il soit connu du monde ou reste quasi inconnu.