Le résultat de l’accomplissement spirituel

Le résultat atteint par la connaissance sublime [1]

Pîr-o-Murshid Inayat Khan - Psychologie

Naturellement une âme devient optimiste

La première chose que l’on commence à voir en soi, c’est que des pensées telles que : « je ne peux pas », « c’est impossible », « je suis impuissant » ou « cela ne peut pas être fait » – cessent d’exister. Naturellement, une âme devient positive. Elle dit : « Si c’est difficile aujourd’hui, demain ce sera facile, si cela ne peut pas être fait tout de suite, cela peut être fait plus tard ».

Cet optimisme ne vient pas seulement de l’imagination, mais il jaillit dans l’esprit. Sa racine est dans l’esprit et elle renforce énormément l’homme dans l’accomplissement des choses. La peur de la mort que chaque personne ressent plus ou moins disparaît, et si la peur de la mort disparaît, il n’y a pas d’autre chose qui effraie la personne, car la mort est la chose qui effraie le plus. Beaucoup disent : « Je n’ai pas peur de la mort ». Mais ils ne continueront pas à le dire lorsque la mort sera devant eux.

Le dépassement des peurs

On raconte en Inde qu’un bûcheron avait coutume de dire dans ses moments d’apitoiement sur lui-même, après avoir travaillé toute la journée : « Oh ! quelle vie ! Quelle vie terrible de devoir travailler toute la journée sous le soleil brûlant. Je voudrais être mort ». Et parfois, il disait : « Oh ! mort, pourquoi ne viens-tu pas ? Je préférerais mourir plutôt que vivre une telle vie ». Et un jour, la Mort eut pitié de lui et apparut devant lui. À l’instant où il regarda la mort, il fut si effrayé qu’il commença à la supplier de le laisser pour quelque temps dans ce monde. Jamais plus il n’invoquerait son nom, il aimerait vivre quelques jours de plus sur la terre. Il en est de même pour tout le monde. Ils appellent la mort quand la mort n’est pas présente, mais quand la mort vient, alors ils ont peur.

C’est l’âme spirituelle qui, à la suite de l’accomplissement spirituel, commence à dépasser toutes les peurs. Comme l’a dit ‘Ali [2] :

« La peur ne reste pas dans le cœur de celui qui est spirituel. »

Car la peur est comme l’obscurité et l’illumination est la lumière ; quand l’illumination arrive, l’obscurité disparaît.

La fin des doutes

Quand une personne est parvenue à l’accomplissement spirituel, ses doutes cessent d’exister et sans accomplissement spirituel, aussi intelligente qu’elle puisse être, elle a toujours des doutes. Très souvent, plus une personne a de l’esprit, plus elle doute et vous constaterez parmi les plus intelligentes qu’elles ne peuvent pas prendre une résolution, elles ne peuvent pas se décider, elles doutent. Et le doute est la dégradation qui détruit chaque action. Il n’y a qu’une chose qui élève quelqu’un au-dessus du doute, et c’est : non pas la croyance, mais la conviction.

Souvent, vous entendrez un homme très instruit, qui a étudié plusieurs livres et qui est très intelligent, dire : « Je suppose que c’est ainsi ». « Cela peut être ainsi » ; « il est possible que ce soit ainsi ». Le mystique ne dit jamais cela. Il dit : « C’est ainsi » ou « Ce n’est pas ainsi ». Il y a conviction.

C’est la réalisation spirituelle qui donne la conviction à une personne. Les prophètes et les sages ont-ils dit : « Il peut y avoir un au-delà, il peut y avoir une âme » ou « Peut-être y a-t-il un Jour du Jugement » ou « Peut-être y a-t-il un Dieu » ? Non, ils ont dit : « C’est ainsi ». Ce n’est pas ce qu’ils ont dit, mais ils ont su. Bien plus, l’âme commence à voir le chemin de l’immortalité et, par conséquent, elle ne doute ni ne craint. Elle paraît ouverte à ce qui arrive.

La réalisation spirituelle rend également la vue pénétrante.

En d’autres termes, devant les yeux de la personne spirituelle, les objets et les gens s’exposent, ils révèlent leur nature, leur caractère et leur secret. Un maître chimiste connait tous les médicaments, tout ce qui se trouve devant lui, comment l’utiliser, comment en tirer un médicament, comment le prescrire. Ainsi devant une personne spirituelle, chacun se tient avec l’enregistrement de sa nature et son caractère, avec son passé, son présent et son avenir. Chaque personne est comme une lettre écrite, mais elle ne peut pas être comparée à une lettre, car une lettre est morte et ici il y a quelque chose de vivant, quelque chose qui communique davantage, quelque chose de plus révélateur. Une lettre peut révéler très peu, une personne en révèle mille fois plus. Tout ce que les mots ne peuvent jamais exprimer est confié à l’âme spirituelle en un clin d’œil.

Les pouvoirs

Très souvent, les gens sont trompés par la grande compassion, la gentillesse, la finesse et la sainteté des âmes spirituelles. Ils voient dans leur neutralité un manque de pouvoir. Mais ce n’est pas véritablement ainsi. Au contraire, même derrière le raffinement, derrière cette sainteté et derrière cette attitude sympathique et compatissante se cache un grand pouvoir, un pouvoir de résistance, un pouvoir d’accomplissement. Ils ne tirent pas le meilleur parti de leur pouvoir, mais plus vous êtes grand, plus vous êtes spirituel, moins vous utilisez vos pouvoirs.

C’est comme la différence entre une âme puérile et une âme mûre. Si vous mettez de l’argent dans la main d’une âme puérile, cette personne ira dans les magasins, à différents endroits et achètera les choses qui l’attirent. Elle gaspillera cet argent en peu de temps et rien ne restera. Une âme mûre, avec la même somme d’argent, l’utilisera plus lentement, d’une manière réfléchie, en tirera le meilleur parti et donnera du bonheur à lui-même et aux autres.

Ainsi, la personne spirituelle ne se sert jamais de son inspiration ni de son pouvoir pour une petite chose existentielle. Elle est plus économe de son pouvoir que si le même ou un centième de celui-ci se trouvait entre les mains d’une âme non raffinée. Par exemple, une personne qui connaîtrait tout sur son entourage, si elle était toujours curieuse et toujours si mesquine qu’elle parlerait de ce qu’elle voyait à tout le monde, abuserait de cette perspicacité. Et c’est ce que tout le monde fait. L’homme est curieux, au plus haut point de tout connaître d’un autre. Il se soucie très peu de se connaître lui-même.

Dépenser des perles pour acheter des cailloux

Si on dit quelque chose de mal sur quelqu’un, alors tout le monde non seulement écoute, mais le croit. Et si on dit quelque chose de bien de quelqu’un, alors tout le monde commence à douter, parce qu’on pense qu’une chose comme la bonté n’existe pas, qu’on n’en a jamais entendu parler. C’est la nature humaine. Par conséquent, on doit d’abord s’affranchir de la petitesse de la nature, il faut s’en débarrasser. Quand, moralement, on dépasse la tendance à donner sa pensée et son temps à connaître la situation et les affaires des autres sans avoir quoi que ce soit à voir avec eux, en parler, se former des opinions sur les gens, quand tout cela est abandonné, alors une personne est apte pour la réalisation spirituelle.

Une personne qui, si elle a quelques pouvoirs, les utilise d’une façon aussi puérile que faire des choses extraordinaires ou d’accomplir des choses de nature matérielle quotidienne, abuse également du pouvoir spirituel. L’autre jour, un scientifique m’a demandé s’il était possible de soulever un stylo posé sur la table par magnétisme spirituel. J’ai dit : « rien n’est impossible à un mystique. Mais pourquoi passer du temps à soulever un stylo pendant qu’il y a tant d’êtres humains à mener plus haut. Cela donnerait un bien meilleur résultat que de soulever le stylo ».

Ce que les gens souhaitent aujourd’hui, c’est obtenir une pénétration et un pouvoir spirituels et de les utiliser pour leur avantage matériel. Ils pensent : « Ce qui peut rendre les choses plus avantageuses dans notre vie ici-bas, cela vaut la peine de l’acquérir ». C’est comme dépenser des perles pour acheter des cailloux. Ils feraient mieux d’acheter des cailloux avec des sous, plutôt que dépenser des perles pour des cailloux.

L’accent doit être mis sur la réalisation spirituelle

Ce qu’on exige dans les affaires et l’industrie, c’est l’effort, la persévérance, la qualification, le travail intelligent. Si vous faites les choses de cette façon, vous réussissez. Mais penser que la réalisation spirituelle ne doit servir qu’au succès ici-bas, c’est avoir un très petit objectif, pour un très grand accomplissement. La réalisation spirituelle est un succès en elle-même. Toutes les choses viennent à une personne spirituelle. Si c’est un homme d’affaires, il est obligé d’avoir plus de succès, mais ce n’est pas parce qu’il désire réussir dans les affaires qu’il doit essayer de l’atteindre spirituellement. L’accent doit être mis sur la réalisation spirituelle, les autres choses suivront naturellement.

D’un autre côté, un homme d’affaires peut réussir sans spiritualité. Il y en a beaucoup qui ont énormément de succès. La spiritualité ne doit pas être utilisée, ne doit pas être atteinte avec d’autres intentions. On doit la réaliser pour des raisons de spiritualité. Les autres choses doivent venir après.

Comme le Christ l’a dit :

« Cherchez d’abord le royaume des Cieux et toutes les autres choses vous seront données par surcroît. »

Par conséquent, que vous soyez écrivain, poète ou inventeur, que vous soyez dans l’industrie, la politique ou tout autre profession, la réalisation spirituelle vous aidera toujours dans toutes les directions. Mais on ne doit pas l’acquérir, parce qu’on doit réussir dans une certaine direction, car cela allonge le trajet, cela prend alors plus de temps.

La réalisation spirituelle, un succès en elle-même

En outre, la réalisation spirituelle est en elle-même un succès. Il n’y a pas de plus grand succès que la réalisation spirituelle, parce que c’est le plus beau succès, un succès qui se reflète dans tout ce que vous faites et produit des résultats fructueux. Par conséquent, les anciens l’ont appelée la pierre philosophale. Tout ce que la pierre philosophale touche, que ce soit de l’acier, du fer, du cuivre ou du laiton, se transforme en or. En d’autres termes, tout ce que le cœur de la personne spirituelle touche se transforme en vie.

Moralement, une personne qui a atteint la spiritualité n’a pas besoin de cultiver la sympathie, car la sympathie vient naturellement sans la mettre en valeur. Une personne spirituelle ne peut être que sympathique. C’est un continuel débordement d’amour qui se manifeste dans la réalisation spirituelle. Cela va en même temps au sage et au fou, au bon et au méchant, comme le pardon du Christ était toujours prêt pour le méchant, et son affection est toujours prête pour le bon.

L’amour

L’amour, en se manifestant sous différents aspects tels que la compassion, le pardon, la gentillesse, la bienveillance, comme l’affection, la sympathie, n’est qu’une seule et même chose. Et, à la fin, une personne spirituelle ne voit pas dans une autre personne une entité distincte. Sa réalisation lui fait sentir : « il est moi-même ». Par conséquent, il ne peut pas nuire à une autre personne une fois qu’il commence à la voir comme étant lui-même.

Et personne au monde ne lui semble différent et distinct de lui-même, mais il voit dans l’autre les divers aspects de son propre être. C’est de cette manière que l’âme spirituelle se développe et atteint la perfection.


[1] Cette conférence a été nommée ultérieurement : Connaissance suprême et suppression des barrières sur le chemin de la vie

[2] ‘Ali, cousin et gendre de Mohammed, quatrième Khalif dans sa succession et chef de la plupart des Ordres soufis.

San Francisco, 26 janvier 1926

Publié dans Psychologie – L’aire du mental – L’aire du mental de l’homme – cahier n°4 – chapitre 13 – 4