L’accomplissement des désirs

Certaines personnes pensent que leurs désirs doivent être accomplis, et que si ces désirs ne sont pas accomplis, ils sont coupables envers eux-mêmes. D’autres estiment qu’il y a très probablement des millions de chances contre une pour qu’une certaine chose ne s’accomplisse pas. D’autres encore sont d’opinion que l’accomplissement des désirs dépend d’un événement préalablement disposé par une force telle que la Destinée ou Dieu. Et puis, il y en a d’autres qui croient qu’il existe dans l’homme le pouvoir d’arriver à la réalisation des désirs, s’il emploie sa volonté à le faire.

Le secret de l’accomplissement des désirs peut être découvert. Chaque désir trouve son accomplissement après un temps plus ou moins long, sur la terre ou dans la suite des temps, d’une manière ou d’une autre. Il y a beaucoup de fables qui expriment que les désirs se réalisent.

Quelquefois, le désir une fois accompli horrifie l’être qui a formulé ce désir. Ceci est psychologiquement compréhensible : certaines paroles qu’il nous arrive de prononcer nous étonnent, nous ne nous croyions pas capables d’exprimer de telles choses. De même en est-il des souhaits.

Le souhait, le désir, d’où vient-il ? Naît-il en nous ? Nous vient-il du dehors ? Dans quelle mesure sommes-nous responsables de son accomplissement ? Suffit-il d’avoir un désir ? Et sommes-nous peu responsables du désir en lui-même, mais très responsables de son accomplissement ? Ou encore la destinée en décide-t-elle pour ou contre nos vœux ?

Tout est le désir de Dieu

Si l’on comprenait la vie – dit Pîr-o-Murshid Inayat Khan – si l’homme voyait ce qu’il y a derrière les apparences, il ne dirait pas « ma volonté », mais « Ta volonté », car tout est la volonté, le désir de Dieu. Chaque impulsion de l’âme humaine est divine à son origine. De même en est-il de tous les profonds désirs. Si l’homme reconnaît ce désir, s’il fait tout ce qu’il peut pour l’accomplir, il fait en réalité tout ce qu’il peut pour l’accomplissement du désir de Dieu.

Il est sage d’éprouver son désir, de jauger sa valeur, mais après l’avoir éprouvé il faut tout faire pour son accomplissement, en étant sûr que la force du désir amènera sa réalisation. Mais on dira : « Tant de grands souhaits ne se sont pas accomplis ! ». Ils s’accomplissent dans la suite des temps, réellement et non pas seulement dans le rêve, dans l’imagination.

La partie de sa vie dont l’homme est le plus responsable est ce qui concerne ses actes sur la terre. L’homme doit construire un mécanisme, autrement dit il doit prendre des dispositions pour aider à l’accomplissement de ses désirs. S’il ne travaille pas à construire ce mécanisme, son action est sans équilibre. Rien ne prend existence dans ce monde sans certaines modalités. Pour l’accomplissement d’un désir il est nécessaire de faire tout un échafaudage, parfois, pour que cette chose arrive. Celui qui dit : « J’ai confiance en Dieu, Il me donnera ce que je désire », commet une double erreur.

D’abord, il ne s’occupe pas des affaires en son pouvoir, de sorte que s’il s’en remet à Dieu, il doit être satisfait si Dieu donne ou s’Il refuse ; ensuite, n’ayant pas concouru à la volonté de Dieu, il a manqué à son devoir envers Dieu.

Laisser le désir prendre racine

Pour permettre l’accomplissement d’un désir, la première chose est de laisser le désir prendre racine ; de fortifier ce désir par la concentration, l’attention que nous lui prêtons, de rêver à son accomplissement et de tout faire pour amener sa réalisation. Puis, la persistance de l’effort est nécessaire. Il ne faut pas se laisser aller à des moments de pessimisme, ne pas se dire : « Je n’ai pas de chance, cela n’arrivera pas ! ». Nous sommes ici pour arriver à quelque chose que nous désirons. Le contraire serait une contradiction en soi-même.

Il est évident que l’anxiété, l’inquiétude nuisent à l’accomplissement du désir. Un effort fait avec optimisme, avec espoir, est sûr de nous amener tôt ou tard au but.

La chance

Certaines personnes ont de la chance, d’autres de la malchance. Les uns désirent la chance et ne peuvent la trouver ; d’autres, sans la désirer, la trouvent. Certaines gens ont une bonne chance qui dépend de beaucoup de choses. Les uns pensent qu’elle est due à l’influence des astres : c’est une influence qui est grande ; mais il y a aussi les impressions de la toute première enfance qui ont une très grande influence pour la bonne ou la mauvaise chance.

On cite un conte oriental très intéressant à ce sujet : à un baptême furent conviés tous les parents et toutes les bonnes fées. La méchante fée, qui seule ne fut pas invitée, se vengea en proférant une malédiction. Et l’enfant, comblée de toutes sortes de présents, à cause de la malédiction de la mauvaise fée, eut la malchance toute sa vie. Ce n’est qu’un conte de fée, mais il recèle sa part de sagesse. La malchance que peut causer une mauvaise volonté dirigée contre un être est très grande. La bonne chance est très importante. Les Orientaux s’en préoccupent beaucoup. Ils cherchent à recevoir de bons souhaits. Ils le font même en agissant bien à l’égard des mendiants qui passent, avec la pensée qu’un de ces mendiants pourrait avoir une grande puissance, être une personne spirituelle se cachant sous cette apparence.

Intensifier la volonté

Quelle part revient, dans l’accomplissement du désir, à l’action de l’individu, et quelle part à la destinée, à la volonté de Dieu ? Nous appelons volonté de Dieu ce qui dépasse notre volonté, ce qui arrive sans que nous en saisissions la cause. Mais si nous considérons à fond cette question, nous verrons que la volonté de Dieu se manifeste aussi bien par les individus. Et en allant plus avant dans ce point de vue, nous dirons qu’afin que la volonté de Dieu soit effective, il faut que cette volonté développe une très grande force, comme un courant qui se forme dans la mer et entraîne avec lui les autres courants.

C’est en cela que réside le secret de l’accomplissement de certains désirs. Le désir d’un individu peut devenir le désir d’une nation. Un individu d’abord seul avec son idée opposée à celles de tous, peut faire que son désir devienne le désir de Dieu, la volonté de Dieu. Si c’est un désir superficiel, il aura un petit accomplissement, une existence brève. Si c’est un désir profond, son accomplissement sera peut-être long à se produire, il rencontrera beaucoup d’obstacles, d’oppositions, peut-être amènera-t-il la perte de la vie de celui qui l’a voulu, mais sûrement ce désir s’accomplira, aura une grande durée, une vaste influence, une large étendue.

Fortifier le désir

Il dépend de nous de fortifier nos désirs ou de les traiter en leur accordant une faible importance. La confiance en notre désir, l’optimisme, aideront à son accomplissement. Les doutes, les craintes, lui seront nuisibles. Ramener les choses profondes à l’état d’un souhait superficiel leur enlève la force d’accomplissement.

Si avec foi, avec confiance, avec optimisme, nous persistons dans notre désir, nous sommes sûrs de voir son accomplissement dans un temps proche ou éloigné : ce désir, sûrement, s’accomplira.


3 décembre 1933