Quand je regarde en arrière

Mysticisme - Pîr-o-Murshid Inayat Khan

Quand je regarde en arrière dans mon passé, je vois que toute expérience heureuse ou malheureuse que j’ai eue à traverser, aussi amère ou agréable qu’elle m’ait parue sur le moment, était pour le mieux et que tout a eu lieu dans un but défini.

Je m’aperçois maintenant que chaque fois que j’ai désiré des choses qui m’étaient destinées, un chemin s’est aplani et une main favorable s’est tendue pour m’aider à les obtenir. Et que chaque fois que j’ai pris des mesures pour obtenir ce qui n’était pas désirable pour moi, aussi fascinant que cela me soit apparu sur le moment, ou bien cela m’était enlevé, ou bien j’étais retenu en arrière par quelque force puissante à l’arrière-plan.

Parfois un grand désir me submergeait. Et je me demandais pourquoi tout ce qui était licite pour les autres n’était pas pour moi. Pourquoi ne devrai-je pas avoir tout ce que je désire dans le monde tandis que je n’erre ici-bas que pour peu de temps ?

Je criais vers Lui du fond de mon cœur, disant :

« Mon Seigneur, Mon Soutien qu’est-ce qui fait qu’en un certain temps Tu exauces mes désirs,
et qu’en un autre temps Tu brises mon cœur ? »

Alors vint la réponse :

« Nous connaissons ce qui vaut le mieux pour toi et pour le but de ta vie.
Tu ne connais pas ce que tu dois avoir et ce que tu ne dois pas avoir ».

Je baissai la tête en toute soumission et dis :

« Que Ta volonté soit faite ».

Mon passé, préparation pour l’avenir

Je vis plus tard, grâce à Sa miséricorde, le mystère subtil de la loi de la nature. Et j’appris que mon hier était une préparation pour aujourd’hui, et la semaine dernière pour mon travail de cette semaine. Le mois dernier était une préparation pour ce mois-ci, le cours de l’an précédent pour cet an-ci. Ainsi tout mon passé était une préparation pour l’avenir.

Mon ego était sans cesse écrasé par l’écho de chaque mot que je proférais par orgueil, parce qu’il y avait pour lui une réponse immédiate. Si je me sentais le moins du monde satisfait de moi-même, quelque imperfection en moi se manifestait pour m’humilier. Si j’avais grande opinion de ma famille, quelque chose se présentait pour me contredire. Et si je m’enorgueillissais de ma nation ou de ma race, je recevais un coup en réponse à la cause même de mon orgueil.

Je levai les yeux vers Lui et priai :

« O Seigneur, pourquoi écrases-tu mon orgueil et me rends-tu petit devant les gens ? »

Et la réponse vint :

« Le Nom de Ton Seigneur est Kabir, l’Ego parfait qui seul mérite tout orgueil, et toute louange Lui est due. Ceux qui s’enorgueillissent de leurs idéaux sont des idolâtres. Ils sont pour leurs idéaux et non pas pour Nous. Si tu Nous connais, connais toute Notre création comme étant Nous. Si tu Nous loues, sers l’humanité sans distinction de classe, de caste, de croyance, de race, de nation ou de religion. Tel est le but des âmes qui sont bénies par la vision de leur Dieu ».

Mysticisme - Pîr-o-Murshid Inayat Khan

Ne me laisse pas tomber bas après m’avoir porté haut.

Ne me laisse pas devenir étroit après m’avoir rendu large.

Ne me laisse pas devenir petit après m’avoir une fois rendu grand.

Ne me jette pas à bas, Bien-Aimé, après qu’une fois Tu m’aies élevé.

Raga du VADAN              


Tiré du magazine « The Sufi » d’avril 1918,

Publié dans Mysticisme – Le voyageur du Ciel – cahier n°6 – chapitre 9 – 3