Conclusion sur cette période

La disciple du Murshid

Il est temps de conclure cette période, qui fut une préparation pour la plongée dans « l’Océan Intérieur »

Il n’est pas sans intérêt de connaître l’image de Murshida Sharifa que se faisaient ceux qui la côtoyaient à ce moment-là. Theo van Hoorn en trace le portrait suivant :

« Ne serait-ce que par sa réserve aristocratique, Murshida Goodenough, fille d’un général Anglais, formait un complet contraste avec la personnalité rayonnante de Murshida Fazal-Mai. Son attitude d’introspection devant la vie, qui parfois donnait l’impression qu’elle ne remarquait rien ni personne autour d’elle, la rendait difficile à bien connaître. Personnellement je ne pus jamais parvenir à faire sa connaissance. Ceux qu’elle avait admis dans son cercle intime, cependant, ont toujours exprimé leur admiration et leur respect sans réserve pour la noblesse de son caractère, son dévouement absolu pour l’idéal qu’elle avait choisi, et son jugement infaillible ».

Les Haras de Longchamp

Murshida Sharifa apparaissait clairement en effet comme quelqu’un qui ne désirait pas frayer avec les autres membres du Mouvement Soufi, comme quelqu’un qui ne cherchait pas l’amitié. Peu comprenaient cela. Peu se rendaient compte qu’ils avaient à faire à une ascète par tempérament, (les Hindous auraient dit qu’elle était une yogini, une femme yogi) et que son insociabilité apparente n’était pas tant celle d’une aristocrate anglaise que celle d’une être profondément engagée dans la recherche de ce « Royaume de Dieu qui est au-dedans de nous » et pour qui tout le reste n’a qu’un intérêt relatif. En cela, il est vrai, elle ne suivait pas la voie qui est celle de la majorité des Soufis. La différence nous en est expliquée par Murshid Inayat Khan dans le passage suivant :

« Le chemin du yogi est de travailler à plonger profondément en lui-même, et de passer ainsi par les différents plans qui s’interposent entre lui et Dieu, le Soi intérieur. La manière du Soufi est l’expansion ; à mesure qu’il plonge en lui-même, il élargit sa vision de la vie. De sorte qu’à la fin, quand il a touché les tréfonds de son être, il a embrassé presque tout ce qui vit.

L’attitude du Yogi est de garder chacun à distance. Il bénira quelqu’un, mais il le bénira à distance, et dira avec douceur : « Ne m’approchez pas ». Il n’a aucune aversion, mais il préfère qu’on le laisse seul.

Le Soufi vient avec les bras ouverts pour accueillir tous ceux qui viennent, car en toute personne il voit la lueur de l’être divin. Par conséquent il devient tout-embrassant. C’est de cette manière qu’il élargit son point de vue ».

Mais cela c’était l’apparence. En réalité, sous cet extérieur assez froid, assez indifférent, un profond travail était en train de se produire. Un travail qui allait plus tard ouvrir cette ascète, cette yogini au monde et aux autres, et lui faire accueillir et guider avec sagesse et compassion les diverses personnes qui l’ont entourée jusqu’à la fin, comme nous le verrons plus loin.