Correspondance de Pîr-o-Murshid avec Murshida Sharifa

La disciple du Murshid

Les rares et précieuses photocopies de lettres autographes de Murshid Inayat Khan à Murshida Sharifa qui nous sont parvenues montrent, s’il en était besoin, le rôle prépondérant et cependant très discret que joua Sharifa Goodenough dans le Mouvement Soufi naissant. De plus, elles montrent également l’absolue confiance que son Maître avait en elle. Ainsi, cet échange épistolaire nous rappelle – encore une fois – le genre de difficultés auxquelles se heurtait sans cesse Murshid Inayat Khan.

Elles commencent, ces lettres, par une formule anglaise qui sera naturellement traduite, mais qui risquera d’y perdre quelque peu de sa saveur et de son esprit. C’est pourquoi nous la conserverons, tout en en donnant la traduction.

De Murshid à Sharifa Goodenough :

Southampton, 7 janvier (année inconnue)

My dear and trusted Khalifa,
Ma chère et fidèle Khalifa,

Je vous écris pour vous dire que je suis actuellement en Angleterre et que j’imagine que vous êtes maintenant à Genève. J’espère que vous pourrez bientôt être à Genève si vous n’y êtes pas maintenant. Vous n’avez pas besoin de tenir des classes si vous n’y voyez pas d’inconvénient, parce que Mrs. van Sautter [1] est une forte personnalité et elle peut s’arranger pour combattre différentes natures, certaines faciles, certaines difficiles ; peut-être pourrez-vous partager le travail entre vous et Mrs. Van Sautter, vous étant une autorité reconnue sur le sujet.

Berlin, 18 octobre 1924

My most beloved and trusted Murshida,
Ma très aimée et fidèle Murshida

A Munich cela s’est bien passé, quoique cela aurait pu aller mieux. Un groupe a été formé et donné à la direction de Mrs. Hoeber. A Berlin j’ai commencé le soir dernier devant les étudiants de l’Université qui parlaient anglais et cela s’est bien passé ; à présent il faudra voir comment cela continuera. La Baronne d’Eichtal [2] semble vouloir s’échapper du comité pour l’Ecole d’Eté ; ne la laissez pas faire. Murshida Green [3] a logé chez elle. Elle paraît disposée à faire elle-même le travail à Paris. Laissez-la faire comme elle le veut, mais sans qu’elle s’en aperçoive laissez tout tomber entre vos mains comme cela viendra.

Fazal Manzil, 22 octobre 1924

My blessed and trusted Murshida
Ma Murshida bénie et de toute confiance,

J’ai été vraiment content d’avoir de vos nouvelles. Aujourd’hui je parle devant un très large public à Berlin. J’ai peur que cela ne coûte beaucoup trop et nous avons déjà une grande perte financière. Officiellement, en Allemagne, on ne peut pas s’attendre à autre chose Je suis content que la Baronne d’Eichtal désire que vous preniez la parole. Je vous demande de saisir toutes les chances possibles de prendre les rênes de la société ici en mains, spécialement en ce qui concerne le travail spirituel et de laisser toute autre considération pour le moment. Vous ferez cela de ma part ; la première occasion est perdue ( ?) et nombreux sont ceux qui l’influencent en sens contraire, autant que nous l’influencions puisqu’elle est sujette à l’être…

Enfin voici une dernière lettre la plus émouvante peut-être parce qu’elle date du retour de Pîr-o-Murshid en Inde, où il décèdera un peu plus de deux mois plus tard :

29 novembre 1926

c/o General Post Office
Baroda

My blessed Murshida,
Ma Murshida bénie,

La dernière semaine, je n’ai rien entendu de vous. J’attends chaque semaine des nouvelles de vous. Le médecin m’a donné une semaine de traitement strict de sorte que je suis toute la semaine à la maison. Expédiez s’il vous plait les manuscrits à l’adresse ci-dessus, également les papiers sur la Psychologie, la Philosophie et le Mysticisme. Je suis invité par l’Université de Delhi pour donner six conférences. C’est aimable, mais cela signifie que je ne peux pas avoir le repos qui est ce dont j’ai en ce moment le plus besoin. Ahsamul-huk, notre représentant ici, a de longues oreilles, que pensez-vous de ça ? (C’est un homme charmant avec la mentalité d’un buffle, ajoute même Murshid dans une lettre suivante, avec une pointe d’humour). S’il vous plaît écrivez-moi tout ce qui vous concerne

With much love and any blessings.
En tout amour et bénédiction.
Murshid

Notes

[1] Mrs Hart van Sautter – Avait été nommée en 1920 comme responsable du centre de Genève

[2] Baronne M.C. d’Eichtal – Représentante Nationale du Mouvement Soufi pour la France de 1924 à 1929.  En particulier, c’est dans son appartement à Paris que se tenaient les conférences et les réunions en dehors des Écoles d’été.

[3] Murshida Sophia Saintsbury-Green – Venue de la Théosophie, elle fut très vite conquise par le Soufisme. Elle devint une murîde de Pîr-o-Murshid.  Littérairement très douée, elle fit de nombreuses conférences sur l’enseignement du Maître et écrivit deux ouvrages : « Memories of Hazrat Inayat Khan » (Souvenirs sur Hazrat Inayat Khan), et « Wings of the World » (Les Ailes du Monde).  En particulier, c’est grâce à ses efforts que se structura, en 1921, et se répandit l’Adoration Universelle dont elle fut nommée la première responsable (Seraja).