
Le mystique, lorsqu’il est temps pour lui de mûrir dans les sphères mystiques, n’a pas besoin d’avoir une inspiration de temps autre, car chacune de ses pensées, imaginations, rêves, ont un sens, sont de la nature de l’inspiration. C’est pour cette raison que même la plaisanterie d’un mystique a un sens ; peut-être que la plaisanterie est symbolique, peut-être qu’elle exprime quelque chose qui se passe quelque part, peut-être qu’elle produira quelque chose dans l’avenir. Et si la plaisanterie d’un mystique a un sens, une influence et un effet, ainsi chaque pensée et imagination d’un mystique ont un effet. Un mystique pourra penser à quelque chose, et cela pourra se matérialiser la semaine prochaine ou le mois prochain ou l’année prochaine ou peut-être des années plus tard, mais ce qu’un mystique dit se fait tôt ou tard.
Ce que les gens appellent vérité et fausseté, une fois que le mystique a atteint la vérité, tout cela est vérité pour lui, tout est le phénomène de la vérité, tout donne l’image de la vérité. Par exemple, quelqu’un regarde un tableau et dit : « Là il y a de la lumière et de cet autre côté il y a de l’ombre ». Mais celui qui ne voit pas la lumière et l’ombre, dira : « C’est le portrait de telle personne. C’est le véritable portrait de cette personne, c’est tout à fait elle ». La vérité c’est que c’est le portrait de cette personne. Pour le mystique, la vie entière est le portrait de son Bien-Aimé divin, avec sa lumière et son ombre. Il apprécie le portrait, en acceptant à la fois la lumière et l’ombre.
La raison derrière la raison
Le mystique ne demande pas, comme quelqu’un demanderait : »Si Dieu est parfait, pourquoi est-ce qu’Il n’a pas fait que tout soit parfait ? » mais le mystique voit la totalité comme étant un tout parfait. Et chaque imperfection est quelque chose qui rend parfaite la totalité. Par conséquent, il ne regarde pas l’imperfection comme étant une imperfection. Il regarde l’imperfection comme quelque chose qui se dirige vers la perfection.
On pourrait alors se demander si le mystique ne verrait pas que les grands traits de cette existence et non pas les détails. Mais qui pourrait voir les détails mieux qu’un mystique, qui voit qu’il y a raison derrière raison et cause derrière chaque effet, et de même que derrière chaque cause il y a une cause qui la fait ce qu’elle est ? Il voit chaque objet en détail ; même en cela il voit la divine perfection.
Un mystique peut lire la pensée d’une autre personne mieux même que la personne en train de penser. Et il peut ressentir le sentiment d’une autre personne plus profondément même que la personne qui l’éprouve. On peut appeler cela naturel ou surnaturel. Le mystique connaît l’attitude d’une personne à laquelle même cette personne est inattentive. Une personne fait un pas en avant, physiquement ou mentalement, et le mystique fait dix pas en avance. Ainsi, il voit ce qui est déjà là avant que la personne n’en ait atteint l’endroit.
La capacité
L’espace pour un mystique n’est pas un empêchement, l’espace pour un mystique est son moyen de communication. Un espace plus étendu ou un espace moins étendu dans le sens physique du mot n’est pas le même du point de vue mystique, parce que pour l’âme du mystique voler jusqu’à n’importe quelle partie du monde et l’atteindre ne prend pas de temps, ni un seul mouvement. Il n’en a pas plus tôt l’idée qu’il y est. Les trois dimensions, par conséquent, ne sont pas un obstacle, pas un empêchement pour lui. Les trois dimensions sont une capacité, une accommodation pour que le mystique réalise les phénomènes de la vie.
Nous entendons des histoires de fakirs se plantant des couteaux dans les joues et des épingles dans la langue, sautant dans le feu, avalant des flammes, mangeant des épines. Tout cela est pure jonglerie comparé au pouvoir du mystique. Les gens sont souvent portés à comparer le mystique au jongleur, mais ce sont deux êtres différents. Cela ne signifie pas que ces jongleurs n’aient aucun pouvoir, ils sont puissants aussi, mais leur monde est différent, leur objectif dans la vie est différent, leur sphère est différente, leur destinée, leur destination sont différentes. Un mystique peut ne pas faire une seule chose que ces jongleurs font. Et pourtant le mystique peut accomplir de beaucoup plus grandes choses que les jongleurs.
Un homme de soi-disant bon sens qui se considère lui-même comme quelqu’un de pratique ne peut pas imaginer le pouvoir qui est au commandement du mystique. Seulement, la différence est que le non-mystique se vante de son pouvoir et le montre aux gens, et que le mystique n’en parle jamais. Il n’exhibe pas ses pouvoirs devant quelqu’un d’autre.
Le pouvoir mystique
J’ai rencontré un jour un grand scientifique à New-York. Il me demanda : « S’il y a vraiment un pouvoir spirituel, un pouvoir mystique, j’aimerais savoir si ceci (et il toucha son stylo qui était sur la table) peut être soulevé par ce pouvoir ». Je répondis : « Voulez-vous dire qu’un mystique perdra son énergie à faire cette expérience, à soulever ce stylo dans l’espace ? Et s’il le faisait, qu’y aurait-il gagné ? N’élèverait-t-il pas plutôt une âme plus haut, l’élevant à une autre sphère, élevant ses idéaux, ses aspirations, au lieu d’essayer de soulever ce petit stylo couché sur la table ? Qu’en retirerait-il ? Des louanges ? Celles-ci il n’en veut pas. Que les gens croient en lui ? Cela ne l’intéresse pas. La louange n’est pas son objectif et il ne se soucie pas non plus que les gens croient en lui. Pourquoi s’embarrasserait-il de ces choses ? »
Mais je lui racontai l’histoire d’un jongleur que j’ai moi-même vu dans les rues de Baroda, en Inde. Un homme avait l’habitude de s’asseoir dans un coin avec son manteau étendu sur le sol. Et il avait des petits chevaux, éléphants, chameaux, chiens et chats découpés dans du papier et peints. Ils étaient couchés sur ce vêtement et l’homme avait un tambourin à la main. Les gens s’assemblaient autour de lui pour voir le phénomène qu’il allait montrer. Il commençait à chanter et après la fin de cette introduction chantée, il semblait qu’une sorte de vie vint à ces animaux de papier. Alors il chantait : « Chevaux, courez ! », et aussitôt qu’il répétait « Chevaux, courez ! », les chevaux couraient. Puis il disait : « Chameaux, marchez ! » et les chameaux commençaient à marcher, et quand il disait : « Eléphants, bougez ! », les éléphants bougeaient.
La discrétion
Ceux qui mangent des épines ou qui avalent des balles de diverses couleurs et puis, les restituent et vous les montrent, qu’est-ce que cela a à faire avec le mysticisme ? C’est sans rapport. Certains sont très puissants, mais ce pouvoir n’appartient pas aux sphères les plus élevées, il appartient à leur propre monde. C’est parmi les mystiques que la destinée choisit certains pour accomplir une certaine tâche pour la multitude, pour l’humanité, pour les nations, pour les races. Et sans aucune prétention, calmement, ils accomplissent leur tâche, sans que le monde en sache rien du tout.
En Orient, il y a la croyance qu’un mystique ne doit pas être jugé par ce qu’il dit ou par ce qu’il fait, car vous ne savez pas que ce qu’il dit peut être un écran sur ce qu’il fait, et que ce qu’il fait peut être seulement un écran sur ce qu’il accomplit. On peut parfois penser qu’un mystique est très attaché, mais en réalité, le mystique peut être le plus détaché des êtres. Parfois, l’on pense que le mystique est des plus détachés, mais vous devez savoir qu’un mystique peut être attaché très facilement.
L’éveil
L’on pourrait penser qu’un mystique vit dans son rêve, mais l’on doit penser que le mystique peut être plus pleinement éveillé que n’importe quelle autre personne. Et si quelqu’un pense que le mystique n’est pas éveillé dans sa vie courante, il doit savoir que derrière cet éveil il y a peut- être un rêve profond, que tout un chacun ne peut pas connaître. Vous avez pu lire dans la pièce : « L’Epouvantail » les voies étranges du gourou, qui semblent être une chose, et sont en réalité autre chose. Personne ne peut facilement en saisir la vérité. Si les gens essaient de saisir la vérité, ils s’enfonceront davantage dans la confusion.
Simplicité et subtilité
La chose la plus merveilleuse que l’on peut observer comme caractéristique du mystique c’est d’un côté l’extrême simplicité, de l’autre côté l’extrême subtilité. Ces deux caractéristiques sont vraies en elles-mêmes. La subtilité ou complexité est aussi vraie dans le mystique que la simplicité. La subtilité est la profondeur du mystique, la simplicité est la surface. Cela signifie seulement que la sagesse est cachée par l’innocence.
Un mystique est-il religieux ? Dans le sens réel du mot il est même plus religieux qu’une personne religieuse. Pourtant le mysticisme est plus profond que la religion, en d’autres termes, le mysticisme est l’âme de la religion. Une personne qui suit une religion en suit la forme, la personne qui atteint le mysticisme en atteint l’esprit. La religion avec le mysticisme est vivante, sans le mysticisme, la religion est morte.
Les plus grands maîtres et inspirateurs de l’humanité à toutes les époques ont été des mystiques. Vous pouvez étudier leur vie. Qu’ils aient vécu sous l’aspect d’un roi ou sous l’aspect d’un mendiant, qu’ils aient vécu dans l’épaisseur de la vie du monde ou qu’ils aient erré dans les forêts en tant qu’ascètes, qu’ils aient vécu dans les cavernes des montagnes ou qu’ils aient joué le rôle d’un général, d’un commandant, d’un guerrier, sous tous les déguisements ils étaient différents des autres, et depuis leur enfance, depuis le commencement jusqu’à la fin de leur vie, ils montraient des tendances mystiques. Cela montre que les saints, les sages, les maîtres et les prophètes viennent tous d’entre les mystiques. Et s’il y a un être qui s’élève, c’est l’être mystique qui s’élève au plus haut plan de réalisation.

La vision mystique
Question : Comment est-ce qu’on peut ouvrir la vision mystique, à ses amis par exemple ?
Réponse : Comme la Bible est ouverte à ses lecteurs. Ceux qui lisent les mots de la Bible, lisent ses mots. Et ceux qui y trouvent un sens, possèdent le sens. C’est valable pour les deux.
Question : Est-ce dans le schéma de la nature qu’il y ait toujours cette distance entre le mystique et le non-évolué ?
Réponse : La personne non évoluée est éloignée du mystique, mais le mystique n’est pas éloigné de la personne non évoluée. Le mystique conserve un rapport étroit avec les deux, la personne évoluée et la personne non évoluée.
Être ou devenir mystique
Question : Une personne est-elle mystique naturellement ou peut-elle aussi le devenir en s’exerçant?
Réponse : Oui, une personne est née mystique, mais si elle n’est pas mystique, elle peut être formée à cela par un mystique. Parfois, même un regard d’un mystique peut faire des prodiges pour une autre personne.
Je vous raconterai une histoire qui illustre cela. Un mystique – j’ai connu cette personne – avait l’habitude de s’asseoir sur la terrasse de la maison d’un officier de l’armée. Et un jour, quand cet officier rentra à la maison, sa femme lui dit : « Pourquoi permettez-vous à quelqu’un de s’asseoir ici sur notre terrasse ? On dirait que ce paresseux n’a rien à faire dans la vie. Il est assis là mollement à rêver. Qu’est-ce qu’il a à rêver ? » – Son mari répliqua : « Ne parlez pas ainsi d’un mystique. Ce sont des êtres de grands pouvoirs » – « Quel pouvoir est-ce qu’un tel paresseux qui a l’air de rêver sans arrêt peut bien avoir ? » – « S’il vous plaît, ne dites pas une chose pareille » – dit son mari.
Le mystique entendit sur le plan intérieur chaque mot qu’elle avait prononcé à son sujet. Et il attendit jusqu’à ce que son petit garçon vienne jouer sur la terrasse. Quand l’enfant arriva pour jouer, il dit : « Adieu, fils, je ne reviendrai plus, je ne vous ennuierai plus ». Et il s’en alla. De ce jour le fils de cet officier devint un mystique à la grande horreur de sa mère. Le mystique ne revint jamais, mais ce petit garçon était sans cesse à rêver, rien ne l’intéressait au monde excepté ses rêves.
La pierre philosophale
Le mystique est la pierre philosophale. Tout ce que touche la pierre philosophale se change en or, et c’est la même chose avec le mystique. Le cœur qui est venu au contact du cœur du mystique se change en mystique.
Suresnes, 6 septembre 1926
Publié dans Mysticisme – Le chemin vers Dieu – La réalisation du véritable ego – Cahier n°4 – chapitre 17
