
La foi est un mot qui a été très peu compris, et il est souvent considéré comme un terme religieux. A dire vrai, la foi n’est pas seulement quelque chose de nécessaire dans la religion mais dans tous les aspects de la vie, c’est la chose qui est la plus nécessaire. C’est la mauvaise interprétation de la foi qui a ôté la valeur que l’on pouvait attacher à ce mot. Autrement si j’ai à choisir un seul mot dont le sens ait le plus de valeur au monde, c’est la foi. En Orient, on appelle la foi Yaqin, et un autre terme arabe qui la désigne est Iman.
Une force vitale dépassant le cadre religieux
Il y a beaucoup de choses sacrées au monde mais la foi est la plus sacrée ; non pas la foi en quelque chose de particulier, mais la foi en elle-même. La foi vient d’En-Haut, le doute s’élève d’en bas, de la terre. Par conséquent l’une est céleste, l’autre terrestre. Quand une personne est davantage terrestre, elle est davantage sujette au doute ; moins terrestre elle est, plus elle possède de foi. On peut trouver une personne qui eut naguère une foi très grande et puis l’a perdue et vous observerez qu’en même temps sa vie est allée d’une condition moins terrestre à une condition qui l’est davantage. Être plus absorbé dans la vie du monde vide quelqu’un de sa foi. Cela montre que la foi est innée dans la nature humaine ; le doute est quelque chose que l’homme acquiert du dehors.
Le soleil est lumière, lumière qui est toujours lumière ; des nuages peuvent la recouvrir mais ils ne recouvrent pas vraiment le soleil ils cachent seulement le soleil à nos yeux. Quand une personne manque de foi, cela ne veut pas dire qu’au fond de son être il n’y ait pas de foi. La foi est là mais ce soleil est couvert par des nuages. Quand le cœur est exposé aux choses de ce monde, il y a toujours des doutes qui s’élèvent de la terre et ils viennent recouvrir le cœur.
Le doute engendre le pessimisme
Le doute entraîne une attitude pessimiste. On se demande : « Est-ce que cela aura lieu, est-ce que cela n’aura pas lieu ? Est-ce que mon idée est juste, est-ce qu’elle est fausse ? Est-ce que je suis sur le bon chemin ou sur le mauvais chemin ? Réussirai-je ou échouerai-je dans la vie ? Est-ce que les conditions seront meilleures ou seront-elles pires ? »
Quand il y a deux possibilités, la terre imprime le doute sur une personne au lieu de lui suggérer la bonne possibilité. Elle veut conquérir la bonne, la posséder, elle désire que les choses s’améliorent mais ce qu’elle trouve s’élevant de la terre, c’est le doute et par conséquent pour soutenir sa foi elle n’obtient pas l’aide appropriée. Et puisque l’homme ne voit pas Dieu, il ne regarde pas vers le haut, il regarde seulement vers la terre et de là il veut obtenir son aide. La grande leçon que les êtres bénis ont enseignée à l’humanité, c’est de porter haut sa vision et de trouver sa foi en quelque chose qui est absolument libre de doute. Le pessimisme et l’optimisme par conséquent sont deux attitudes différentes : l’un regarde en bas, l’autre regarde en haut.
Il y en a peu parmi nous qui sachent quel miracle se cache dans la foi, quel pouvoir, quelle inspiration. Nous pensons seulement : « Je puis croire en un certain nombre de choses, et en certaines autres je ne puis croire ». Mais pour ce que nous croyons, nous demandons des preuves à la terre. Afin de soutenir notre foi il nous faut une nourriture venant d’une source illimitée, mais nous demandons notre nourriture à la terre qui est une source limitée.
Changer de point de vue
Quand quelqu’un regarde un réservoir plein d’eau et dit : « Ah quelle petite réserve, que ferai-je l’année prochaine ? », il a raison mais il regarde le réservoir ; s’il regarde en haut il verra que la source d’où tombe la pluie est là et peut remplir bien plus de réservoirs et même de rivières. Il y a là abondance de bénédictions de toutes sortes si seulement nous préparons notre cœur pour les recevoir. Si le cœur est aussi petit qu’un verre il pourra seulement chercher un verre d’eau même s’il s’adresse à la mer. Mais si le cœur est plus grand alors il ramènera de l’eau en proportion.
La patience est la première leçon
Certes, la patience est la première leçon à apprendre dans le chemin de la foi parce que c’est la patience qui donne la force d’espérer. Mon maître spirituel avait coutume de dire dans sa bénédiction :
« Que ta foi s’affermisse ».
Comme j’étais jeune, je pensais qu’il aurait dit : « Puisses-tu vivre longtemps, puisses-tu être heureux prospère, puisses-tu gagner en sagesse ». Mais le sens de cette bénédiction, je le comprends de plus en plus à chaque moment de ma vie car dans la foi il y a tout. Tout ce que l’on demande, tout ce dont on a besoin, tout ce que l’on désire atteindre par la vie, tout cela est caché dans la foi que l’on a.
Il est très intéressant et parfois risible de voir à quel point il est facile pour un homme de mettre sa foi dans de petites choses, tandis qu’en de grandes choses il n’est pas capable de la mettre : il met sa foi dans un objet non pas dans une personne. Par exemple si l’on dit à quelqu’un : « Voilà un médicament pour vous, un médicament qui vous guérira », il est facile pour lui d’y mettre sa confiance. Et quand on dit : « Eh bien je vais penser à vous pour votre guérison, vous serez guéri ». La première chose qui lui viendra à l’esprit, c’est le doute. Pour quelle raison ? Pour la raison qu’il verra l’objet il ne verra pas la pensée [1].
Le doute sur l’invisible
J’ai rencontré un jour un très grand guérisseur qui avait de nombreux succès et je lui ai demandé le secret de son art. Il répondit : « Le secret de ma manière de travailler est d’abord que j’ai pris un sanctuaire religieux où les gens viennent et se tiennent ; ils viennent certainement avec la foi dans ce sanctuaire particulier. Ensuite je leur donne une certaine sorte de mixture ou de poudre. A dire vrai, je les guéris par moi-même mais ils n’ont pas foi en cela, c’est pourquoi je leur donne une poudre ou quelque chose à boire et alors ils vont mieux ».
Tout l’effort de diverses religions, fut de faire voir à l’homme ce qui est caché dans l’être humain. Les rituels, les cérémonies et toutes ces formes diverses enseignent la même chose, trouver le secret et le mystère de la vie non seulement dans les objets, mais quand vous les avez dépassés, dans l’être humain.
C’est la même chose qui est en jeu lorsque l’on voit que l’on peut avoir facilement foi dans un homme tandis qu’il est difficile d’avoir foi en Dieu, car on peut avoir un être humain devant soi mais on ne peut voir le plus grand Pouvoir et la plus grande Perfection qui se tient dans l’abstrait. La foi est comme une substance ; si l’on ne possède pas cette substance, on ne peut s’élever au plus haut idéal, que seul mérite la foi.
La foi et la pensée
La science médicale arrive maintenant à la compréhension de l’importance de la psychologie bien qu’elle ne considère jusqu’ici que les ondes de la pensée et le pouvoir de la pensée. La foi est encore quelque chose d’autre à considérer et à étudier. Mon expérience concernant de nombreux élèves dans cette direction, m’a montrée qu’une personne peut être capable de se concentrer et de maintenir une pensée, mais souvent n’est pas capable de le faire complètement parce que la foi à la base n’existe pas.
La foi par conséquent, n’est pas quelque chose que l’on puisse appeler pensée, la foi est le sol lui-même ; c’est un sol d’où les pensées s’élèvent comme des plantes. Si le sol n’est pas fertile les plantes ne peuvent pousser. Et ainsi, s’il n’y a aucune foi à la racine d’une pensée, la pensée n’apporte pas bénéfice. En outre il y a ceci : une chose que l’on peut réaliser par le pouvoir de la pensée en un an, lorsque le pouvoir de la foi la soutient, est réalisée en un jour.
Quelqu’un dit à un brahmane qui adorait une idole de pierre : « Dieu est sans forme, il ne faut pas l’adorer dans une idole de pierre ». Le brahmine répondit : « C’est une question de foi, si j’ai foi en cette pierre, Dieu qui est partout parlera par cette pierre. Mais si on n’a pas de foi, même le Dieu de l’Abstrait, des Cieux, ne pourra pas parler ». S’il en est ainsi y a-t-il quelque chose qui ne puisse être accompli qui ne puisse être réalisé par la foi ?
La perfection de la foi
Quand nous regardons cela d’un point de vue métaphysique, nous trouverons que le secret de toute la création est la foi ; et la perfection de la foi est atteinte quand elle s’est élevée à cet idéal, à cette hauteur où elle peut se soutenir sans aucun support. Par conséquent, la foi après avoir accompli tout ce qui est à accomplir, restera la chose la plus importante et elle se prouvera être toutes choses.

Question : Comment gagne-t-on cette foi ?
Réponse : En combattant le doute. C’est un combat perpétuel parce que les doutes sont un héritage de la terre. Nous marchons sur la terre donc c’est une perpétuelle bataille.
Question : Mais on peut atteindre la maîtrise de la foi ?
Réponse : Bien sûr, on peut atteindre la maîtrise de la foi. A mesure que l’on combattra les doutes, on gagnera la victoire sur les doutes.
Question : Peut-il y avoir une foi religieuse qui ne soit attachée à aucune religion ?
Réponse : Certainement. La religion de chaque âme lui est particulière. Extérieurement on peut appartenir à une religion mais intérieurement chacun a sa propre religion et c’est sa vraie religion. Par « foi », je n’entends pas du tout la foi en une particulière religion, Écriture ou idée. Je dis que la foi est intérieure à la personne.
Retourner le regard
Question : Peut-on obtenir le plan spirituel par un combat terrestre ?
Réponse : Nous disons en Orient qu’un instructeur est des plus utiles pour cela. Une personne qui dans ses réalisations scientifiques est arrivée par exemple au niveau d’un Edison est déjà là, elle a seulement à tourner son visage et elle s’y trouve déjà. Il y a peut-être un homme d’affaires qui n’a fait toute sa vie que gagner de l’argent. Quelqu’un de religieux, d’orthodoxe ou de pieux le considérera comme très matérialiste, mais il ne sait pas par quelle bataille cet homme a dû passer dans sa vie pour gagner une telle fortune et quels sacrifices quelle lutte et quel soin il a dû y consacrer. Ce n’est pas toujours facile de devenir quelqu’un de très riche. Par conséquent, s’il a lutté et est arrivé au point où on peut l’appeler riche, il n’a juste qu’à changer son attitude et il est déjà là.
Question : Est-ce que celui qui agit mal peut arriver au bien un jour ?
Réponse : Ce qui est droit est la force et ce qui est droit est la profondeur et ce qui est droit est l’idéal de chaque âme. Une personne qui dit un mensonge qui trompe les gens, se conduira ainsi avec les autres, mais elle ne voudra pas que ses amis se conduisent de même avec elle. Cela montre où va sa préférence.
La substance de la foi
Question : Est-ce que la foi peut avoir un effet sur les choses qui ne sont pas religieuses ?
Réponse : Oh oui, la foi trouve son emploi dans chaque direction tout comme la lumière. Par la lumière vous pouvez pratiquer la religion, vous élancer vers les cieux et faire quoi que ce soit. Personne n’a jamais été capable d’accomplir une grande chose sans le pouvoir de la foi, qu’il ait été général, homme d’affaires, inventeur ou religieux. Le pouvoir que donne la foi est au-delà des mots. La faiblesse et la pauvreté qui existent en l’absence de foi sont tout à fait déplorables. Quelqu’un peut tout avoir dans la vie : jeunesse, fortune, confort, situation et pouvoir ; si la foi lui manque il est indigent.
Le cœur une boussole
Question : Ainsi, si notre objectif est juste, nous devons l’obtenir à moins que la foi manque ?
Réponse : Oui c’est vrai. Cela dépend de notre attitude ; si notre cœur, comme une boussole, cherche toujours la bonne direction. Le cœur est exactement comme une boussole, il pointe toujours vers la même direction. Ainsi le cœur où qu’on le tourne, pointera toujours vers la même direction. En d’autres termes pour celui qui agit bien ; il est très difficile d’agir mal et pour celui qui agit mal il est très difficile d’agir bien.
[1] C’est-à-dire : il pourra voir le médicament, il ne pourra pas voir la pensée du guérisseur.
Paris, 27 février 1924
L’Art d’être – Le privilège d’être humain – recueil posthume de conférences – chapitre 36 – 2
Sera publié dans Psychologie – Art de la personnalité – Art d’être – cahier n°6 – chapitre 36 – 2
