
Souvent, beaucoup de ceux qui sont prêts à accepter l’Idéal de Dieu mettent en question la Personnalité de Dieu. Certains disent : « Si tout est Dieu, alors Dieu n’est pas une personne, car tout n’est pas une personne. Tout est ce qu’exprime le mot lui-même ».
Une réponse à cela est que, bien que la graine ne montre pas en elle la fleur, pourtant la graine aboutit à une fleur. Par conséquent, la fleur existe déjà dans la graine. Si l’on disait que l’image dans la graine contenait la fleur déjà finie, cela ne serait pas faux, car la seule image dans la graine est la fleur. Si Dieu n’a pas de personnalité, comment pouvons-nous, nous autres êtres humains, avoir une personnalité, nous qui venons de Lui, sortis de Son propre Être, et qui pouvons exprimer le Divin dans la perfection de notre âme ? Et si la bulle est eau, certainement la mer est eau. Comment la bulle pourrait-elle être de l’eau et la mer ne pas l’être ?
L’idéal de Dieu
Seulement la différence entre la personnalité humaine et la Personnalité divine, la Personnalité de Dieu, est que la personnalité humaine ne peut pas lui être comparée. La Personnalité de Dieu est sans comparaison. On peut comparer la personnalité humaine à cause de son opposé. La Personnalité de Dieu n’a pas d’opposé, donc Sa Personnalité ne peut pas être comparée. Appeler Dieu tout est comme de dire : un grand nombre d’objets, dont l’ensemble existe rassemblé quelque part. Le mot tout ne donne pas le sens qui peut expliquer l’Idéal de Dieu. La juste expression pour Dieu et l’Etre Unique.
L’Idéal de Dieu est si énorme que l’homme ne peut jamais l’embrasser pleinement. C’est pourquoi la meilleure méthode que les sages aient adoptée est de permettre à chaque être humain de faire son propre Dieu. Faisant cela, il se forme seulement la conception qu’il est capable de former. Il fait de Dieu le Roi des Cieux et de la terre. Il fait de Lui un Juge plus grand que tous les juges. Et il Le rend Tout-Puissant, qui possède tout pouvoir. Il fait de Lui le possesseur de toute grâce et de toute gloire qu’il y ait. Il fait de Lui le Dieu Bien-Aimé, plein de miséricorde et de compassion. Et il reconnaît en Lui la providence, le support, la protection, et il reconnaît en Lui toute perfection.
Cet idéal devient comme un marchepied pour la plus haute connaissance de Dieu. Celui qui n’a pas d’imagination pour faire un Dieu et celui qui n’est pas ouvert à l’image de Dieu qu’un autre lui présente restent sans Dieu. En effet, il ne trouve aucun marchepied pour atteindre cette connaissance après laquelle languit son âme, mais que ses doutes nient.
Les germes de l’imagination
Beaucoup demanderont si ce n’est pas se tromper soi-même que de faire un Dieu de sa propre imagination, d’imaginer quelqu’un qu’on ne peut pas voir dans le monde objectif. On répondra que nous sommes les germes de l’imagination. Notre vie entière est basée et construite sur l’imagination. S’il y a quelque chose dans ce monde objectif qui soit durable, c’est l’imagination. Celui qui est incapable d’imagination, qui ne lui trouve pas de valeur, est dénué d’art et de poésie, de musique, de manières et de culture. On peut bien le comparer à un rocher qui ne se donne jamais la peine d’imaginer.
L’homme n’est pas capable de figurer Dieu autrement que comme une personne, une personne possédant toutes les meilleures qualités, la personne idéale. Cela ne signifie pas que tout ce qui est laid et mal n’appartienne pas à l’univers de Dieu ou, en d’autres termes, n’est pas en Dieu lui-même. Mais l’Être pur consume toutes les impuretés et les change toutes en pureté. Le mal et la laideur sont seulement dans la conception limitée de l’homme. Dans le Grand Être de Dieu ils n’ont pas d’existence.
Le Dieu de toute beauté
Donc il n’a pas tort, celui qui fait du Dieu de son imagination le Dieu de toute beauté, libre de laideur, le Dieu de toutes les meilleures qualités, libre de tout mal. Car grâce à cette imagination il est amené à chaque instant de sa vie de plus en plus près de cet Idéal Divin, qui est la recherche de son âme. Et une fois qu’il aura touché la Perfection Divine, en elle il trouvera l’accomplissement de sa vie.
Suresnes, 27 juillet 1923
Idéal de Dieu – série de conférences donnée durant l’École d’été, Suresnes, 1923
Publié dans L’unité des idéaux spirituels première partie – cahier n°2 – chapitre 5 – 4 – 1 (extrait)
