La réalisation de soi

Mysticisme - Pîr-o-Murshid Inayat Khan

Pourquoi assistons-nous à des classes d’études ?  Est-ce pour acquérir des pouvoirs spirituels en vue de l’inspiration, pour connaître des phénomènes ou par simple curiosité ?  Tout cela serait faux.  Est-ce pour atteindre un but matériel ou un succès dans les affaires du monde ?  Cela n’est pas à souhaiter.  Notre objectif devrait être la connaissance de soi, la réalisation de soi, apprendre à connaître ce que nous sommes.

Certains, qui admirent les qualités de piété et de bonté, voudraient que chacun devienne comme un ange ;  or, ayant constaté que c’est impossible, ils ne se lassent pas de critiquer.  L’homme renferme en lui-même un démon et un ange.  Il est à la fois humain et animal.  C’est le démon en lui qui le pousse à faire le mal sans motif et par instinct.  Et le premier pas qu’on doit faire consiste à abandonner cette attitude. 

La recherche de l’esprit humain

Personne ne croit que son démon individuel puisse être une manifestation du diable.  Mais quel est celui qui peut dire : « Je suis libéré de la puissance de l’esprit du mal ! » ?  Nous pouvons être sous emprise et nous devons briser une telle domination.  Nous devons nous libérer du mal. 

Chacun de nous est capable de lutter. Nous devons constater à quelles époques nous avons laissé se manifester notre esprit diabolique ou animal.  Ce qu’il nous faut, c’est l’esprit humain.  La connaissance de soi est la recherche de cet esprit humain.  Tout doit devenir humain en nous.  Mais que faire pour cela ?  Lire la Bible et d’autres saintes écritures ?  Tous ces livres indiquent ce que nous devrions faire.  Mais il faut aussi découvrir ce trésor de bonté qui est en nous, qui est dans notre cœur et qui se répandra à mesure que nous cultiverons notre cœur.

Par l’ascétisme vous pouvez développer votre âme et atteindre à l’extase.  Mais à quoi servirait le Samadhi si nous ne sommes pas tout d’abord humains ?  Si nous voulons vivre en ce monde il nous faut être humains.  L’ascète devrait vivre dans une forêt.

Cultiver le cœur et les sentiments

Comment devrions-nous cultiver le cœur, les sentiments ?  Sans doute, la mansuétude, le dévouement et la bienveillance sont des qualités nécessaires.  Mais il y a autre chose encore, c’est l’éveil d’un certain centre en nous qui nous rend sensibles, non seulement aux choses matérielles, mais aussi aux choses mentales.

Il y a deux catégories de gens, à savoir ceux qui sont frappés par la beauté de la musique ou par toute autre expression de beauté, les autres y sont insensibles comme la pierre.  Pourquoi ?  Parce qu’il y a dans leur cœur et dans leur mental quelque chose qui n’est pas éveillé.  Nous avons cinq sens, mais nous avons aussi des sens intérieurs.  Or, ceux-ci peuvent jouir bien plus ardemment de la vie.

Certains diront toutefois : « Je n’ai nul besoin des sens intérieurs, les sens extérieurs me suffisent amplement ».  Ils parleraient autrement si, par exemple, ils perdaient un œil ou un autre de leurs cinq sens.  Pour être complet l’être humain doit développer également ses sens intérieurs.  Mais il doit avant tout développer son sentiment intérieur.

Développer la personnalité

L’étude intellectuelle peut durer toute la vie, elle est sans fin.  C’est pourquoi le maître n’encourage pas la spéculation.  Une doctrine signifie qu’on se sépare d’autres doctrines.  Le Soufi appartient à n’importe quelle religion.  Voilà pourquoi il n’a ni des croyances spéciales ni des théories.  C’est ainsi qu’on peut trouver un Soufi qui croit à la réincarnation et un autre qui a conscience de ce que sont les Cieux et les enfers.  La tâche qui incombe au Soufi est le développement personnel.  C’est ce que vous pratiquez qui est plus important que ce que dit l’enseignant.  Le maître peut vous protéger.  Il peut vous dire : « Oui, il en est ainsi, j’ai fait la même expérience moi-même ». 

La voie du disciple

L’initiation contient plusieurs degrés.  C’est une confiance que le maître vous donne, mais la véritable initiation est l’œuvre de Dieu.  Aucun maître ne peut, ni ne veut juger.  Le disciple est celui en qui le maître veut bien avoir confiance.  Tous sont les bienvenus auprès de lui.  Spirituellement il est à la fois père et mère pour son disciple.  La vie du maître est souvent un sacrifice.  Il est persécuté et il endure bien des souffrances, mais le peu d’aide que le maître peut donner, il le donnera.

Il n’est besoin d’aucune qualification spéciale pour devenir disciple.  Le maître donne et le disciple est libre de recevoir.  L’enseignement est semblable à un joyau précieux caché dans une pierre.  C’est au disciple de briser la pierre pour y trouver le joyau. 

En Orient, cet enseignement intérieur fait partie de la religion.  En Occident, on ne le considère souvent que comme une éducation seulement.  Cela devrait être une éducation sacrée.  En Orient, le murshid donne la leçon et le disciple la met en pratique durant un mois ou une année.  Nous ne pouvons avoir un nouvel exercice chaque semaine.  Mon grand-père a pratiqué une seule méditation une quarantaine d’années et alors un miracle lui est arrivé. 

Parfois la profondeur d’un enseignement, qui échappe tout d’abord, est comprise plus tard.  J’ai chanté un mantram pendant une quinzaine d’années sans le comprendre et puis il s’est révélé soudain au-dedans de moi.  En chacun de nous se trouve un maître qui nous enseigne quand le temps est venu. 

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Document conservé par Murshida Sharifa, entre 1916 et 1920

Chapitre 5