
De nos jours, si l’idée d’une interdépendance de pays à pays a commencé à faire son chemin même dans les faits économiques, il reste encore beaucoup à accomplir. Le monde n’a pas encore retrouvé tellement d’équilibre dans la voie d’une civilisation véritable. Nous assistons à une marche vertigineuse et folle vers le progrès technique. Et si nous voyons un accroissement énorme de confort matériel, sa contrepartie est une accélération angoissante du rythme de travail et d’existence. En même temps, une spécialisation des tâches est telle que chacun finit par perdre de vue l’ensemble.
Enfin il existe une méconnaissance pure et simple, par la masse des individus et les planificateurs responsables, de besoins psychiques aussi élémentaires que le repos de l’esprit et le retour sur soi. Tel est le tableau assez rébarbatif de notre univers humain d’aujourd’hui.
Quel peut être donc le remède à cet état de choses ?
Il n’y a aucune recette simple, aucun principe général d’organisation à appliquer systématiquement pour redresser la marche chancelante de l’humanité vers la civilisation. C’est la première constatation du Maître.
S’il y a un espoir, il consiste en la reconnaissance urgente des besoins profonds de l’être humain. Le confort, une sécurité matérielle trompeuse et toujours précaire, la croyance enfantine en des «lendemains qui chantent», ou l’attachement à des formes de culture et de vie intellectuelle qui ont fait le charme du passé de constituent pas les besoins profonds de l’être humain.
Ce qui nous manque aujourd’hui, c’est de nous rendre compte qu’il existe, enraciné au plus intime de nous-mêmes, un idéal de libération spirituelle qui peut nous rendre vraiment indépendants, libres et heureux en ce monde, même si cet idéal apparaît à beaucoup d’entre nous nimbé dans des brumes très lointaines.
Le jour où cet idéal sera reconnu comme la motivation la plus profonde de la personne humaine, et par conséquent comme le but ultime de la civilisation, les changements d’orientation deviendront plus faciles dans la vie extérieure et même dans les échanges économiques.
Une spiritualité vivante
Tous les hommes et toutes les femmes conscients de ce qui vient d’être exposé ont donc un grand travail à accomplir sur le plan psychologique. Faire connaître par tous les moyens qu’il existe une spiritualité vivante, montrer l’exemple des sages et des mystiques comme toujours actuel, propager leurs enseignements à quelque secte, race ou religion qu’ils appartiennent, est en vérité un effort de redressement profondément civilisateur. Et qu’on ne prétende pas que c’est une tâche impossible. Comme le disait Hazrat Inayat beaucoup d’âmes sont prêtes à admettre ce point de vue, beaucoup d’âmes que la vie actuelle ne satisfait pas et qui en ignorent encore la raison. Le bois s’accumule, la flamme est là, pourquoi n’aurions-nous pas courage ?
Suresnes, novembre 1965
