
Qu’est-ce que l’aspiration ? Un élan vers le haut. D’où vient l’aspiration ? De l’âme. Même notre langage courant montre que l’aspiration vient de l’âme, car personne ne parlerait d’un cœur qui aspire ou d’un esprit qui aspire, mais on dit toujours « une âme qui aspire ».
L’aspiration est-elle l’apanage de quelques êtres privilégiés ? Non, même les rochers ont tendance à s’élever. Les plantes, les arbres, les animaux et les oiseaux ont tous tendance à s’élever vers le haut, mais chez l’homme, cette tendance est bien plus marquée. Un cheval plein d’énergie a tendance à adopter une allure élancée. Une plante vigoureuse s’élève au printemps. C’est la vie qui anime tous les êtres qui cherche à s’élever jusqu’au point le plus haut.
Quelle est la nourriture de l’aspiration ? Sa nourriture est l’espoir ; sans espoir, elle ne peut vivre.
Quelle est la force de l’aspiration ? Sa force est le courage – le courage de tenir bon, le courage de s’élever toujours plus haut.
Une personne qui a de l’aspiration cherchera toujours à s’élever au plus haut niveau qu’elle puisse trouver. Sans aspiration, elle cherchera à rabaisser les autres à son propre niveau. Le portier du roi qui a de l’aspiration cherchera à s’élever, il aura toujours quelque chose du roi en lui. Mais la véritable et unique aspiration de l’homme est Dieu, comme le dit la prière soufie Saum :
« à Toi seul nous aspirons ».
L’ambition et l’aspiration
Ne devons-nous avoir aucune autre ambition dans la vie ? L’ambition est autre chose ; elle concerne le moi personnel. L’aspiration ne connaît qu’une seule véritable hauteur : Dieu. C’est vers cette seule hauteur que notre âme aspire sans cesse. Beaucoup aspirent par moments, puis retombent par moments, comme les vagues qui montent et descendent. Seule l’âme privilégiée aspire toujours, lève toujours les yeux. Cette âme devient comme la marée qui monte et porte des vagues à sa surface.
Qu’est-ce qui peut nous aider à maintenir l’aspiration vivante ? Ne jamais dire : « C’est hors de ma portée », mais aspirer constamment. Lorsque vous aspirez à quelque chose, le monde entier vous dira toujours : « Cela en vaut-il vraiment la peine ? Avez-vous le talent pour y parvenir ? » Et ce n’est que par le courage que l’aspiration peut continuer à s’élever sans cesse.
Qu’est-ce qui peut nourrir l’aspiration, outre l’espoir ? C’est la reconnaissance. Si un enfant est découragé, si on se moque de lui, ses chances sont bien minces.
Cela signifie-t-il que nous devrions nous fixer un but et toujours essayer de l’atteindre ? Oui, ce vers quoi nous ressentons constamment une impulsion intérieure, c’est cela l’objet légitime de notre aspiration. Nous l’atteindrons, car c’est le but pour lequel l’âme est née. Elle a une conscience intérieure de son but. Il est juste de dire : « Je m’y efforcerai toute ma vie ».
La démocratie spirituelle
Ce sont les grandes âmes qui nous encouragent. Ceux dont l’horizon est limité et qui exercent une influence déprimante ont tendance à nous tirer vers le bas. Mais le secret de la démocratie spirituelle réside dans le fait que chacun porte en lui la possibilité de la plus haute aspiration, car l’âme de tous est la même âme. Napoléon a dit :
« Chaque soldat a le bâton de maréchal dans son sac à dos ».
Mais si tous les hommes sont égaux en vérité, ils ne le sont pas dans les faits. Chaque être humain doit remplir certaines conditions pour atteindre son aspiration. La démocratie spirituelle ne signifie pas que, parce que nous sommes égaux, que nous sommes tous identiques. Nos attitudes sont différentes, nous ne nous situons pas tous au même niveau, mais l’âme elle-même est la même.
Hazrat Inayat Khan a dit :
« Je ne me considère comme le second de personne depuis que j’ai pris conscience en moi-même du Seul Unique. »
1er gamaka du Gayan [1]
Notre âme est la même que celle des prophètes. C’est l’essence vivante de Dieu. Cette âme aspire constamment et ne peut se satisfaire de rien de moindre. Tout comme l’eau de la fontaine descend puis remonte jusqu’à son point d’origine, il en va de même pour l’âme humaine. Il existe donc, dans toute la nature, cette tendance à s’élever que l’on retrouve dans chaque rocher, dans chaque plante, dans chaque animal et chaque insecte, et surtout dans chaque être humain. C’est donc à nous de faire de notre aspiration – par notre espoir, notre courage – une aspiration constante, une quête incessante vers le haut.

La mission du prophète
Question : Si l’essence de l’âme du prophète est la même que celle de toutes les autres âmes, quelle est la raison de cette différence ?
Réponse : Il y a deux aspects. D’abord, il y a l’être du prophète : son cœur, son esprit, son corps physique. Ceux-ci diffèrent d’un être à l’autre. L’âme, l’essence pure, la vie et la lumière, est la même, qu’elle se manifeste chez l’être humain le moins évolué ou le plus évolué. La différence réside dans le degré de développement de l’esprit, du cœur et de l’être physique.
Le prophète a une certaine mission à accomplir et cette mission rencontre plus de difficultés que toute autre. Toute personne qui s’efforce d’accomplir quelque chose doit rencontrer des difficultés, et l’âme qui doit atteindre l’âme des hommes, si profondément enfouie dans leur être, doit rencontrer de nombreuses difficultés. La difficulté réside dans le fait que l’esprit et le corps se dressent comme un tombeau au-dessus de l’âme. Ils doivent être brisés, ce qui équivaut à une révolution dans leur être. Ainsi, lorsque l’âme est appelée, elle est avec lui, mais combien d’esprits et de corps s’opposent au prophète ? C’est ce qui rend sa vie difficile.
De plus, le prophète vient à un moment de difficultés, lorsque le monde a perdu son véritable sens du devoir et qu’il règne l’obscurité et la confusion. Dans cette obscurité, on peut voir une grande lutte avant que la lumière ne vienne. C’est la raison de la différence entre la vie du prophète et celle de l’individu ordinaire.
[1] Le Vadan, comme le Gayan et le Nirtan, est un recueil de pensées, d’aphorismes, d’invocations et de prières composés par Inayat Khan.
