Le besoin d’une unification religieuse

Unité des idéaux spirituels

Le besoin d’unification religieuse est plus grand aujourd’hui qu’il ne l’a jamais été auparavant. Dans les temps anciens, il y avait diverses religions, et il y avait l’esprit de la religion à leur arrière-plan. Aujourd’hui, il reste encore beaucoup de religions, mais dont l’esprit est absent. De sorte qu’elles sont devenues des barrières qui divisent l’humanité en diverses sectes, dépourvues de cette lumière qui la guiderait vers l’unité.

Dans le passé, la plupart des guerres religieuses ont pris prétexte de leurs différences religieuses. Et à présent la même influence prévient les gens les uns contre les autres, sans qu’ils soient pour cela d’ardents fidèles d’une quelconque religion. Il semble qu’une rose parfumée se soit fanée, mais que les épines soient toujours là.

Ce qu’il faut faire est d’abandonner, non les religions, mais les préjugés religieux. Comment peut-on y arriver ? On peut y arriver grâce à une prière hindoue dans une mosquée, grâce à un Parsi allant à une pagode, grâce à un Juif priant dans une église chrétienne. Et on y arrive de telle manière, que chacun d’eux fréquente ces lieux de prière respectifs, dans la même attitude de vénération qu’ils ont envers leur propre église.

L’autre manière est de mettre en œuvre l’Adoration Universelle, pour que dans le même service les Ecritures de tous les grands Maîtres soient lues avec révérence et respect, et que le Nom de Dieu soit glorifié par les gens de diverses dénominations, tous adorant ensemble.

La troisième manière est d’étudier les grandes religions avec tolérance et appréciation, sans aucun préjugé, et de constater que les principes fondamentaux des religions sont identiques.

L’égalité

L’égalité des hommes telle qu’on la connaît et qu’on la pratique au temps présent, n’est d’aucune valeur. Elle gâche le progrès individuel. Et elle fait descendre l’homme le plus élevé au niveau le plus bas, au lieu d’élever l’homme du niveau le plus bas vers le degré le plus élevé. La démocratie, comme on la connaît à présent, n’est qu’une fausse idée de démocratie. Chaque individu aujourd’hui semble dire : « Je vaux autant que vous ». Ceci, au lieu de dire : « Je dois devenir aussi bon que vous ». Ce serait plus profitable pour lui-même et pour l’humanité. L’homme aujourd’hui veut se montrer parfait, au lieu d’être parfait.

Il semble que la pente générale de la mentalité de l’homme aujourd’hui, soit de rapetisser tout ce qui est élevé et noble, parce que ce n’est pas à sa portée. Voilà pourquoi il pense que c’est peu. Il vaut mieux regarder les choses en face, plutôt que de les ignorer. Le mercantilisme toujours grandissant et le matérialisme qui prévaut ont rendu l’homme ignorant de lui-même et de la vie. Son monde est le commerce et son dieu est l’argent. A la fin, il arrive à la compréhension que sa vie s’écoule à amasser des richesses. Et au moment où elles sont amassées, il ne peut même pas les utiliser pour lui-même. Il a perdu son énergie, épuisé son cerveau, rendu ses facultés confuses et il n’est arrivé à rien.

La fraternité

L’homme parle de fraternité en termes de syndicats, de fédérations professionnelles, d’alliances nationales. Sur quoi sont fondées ces unions ? Elles sont fondées sur l’intérêt personnel, et quand il s’agit d’intérêt personnel, il n’y a plus de fraternité. Il ne peut y avoir qu’une seule fraternité. Et c’est la fraternité spirituelle, qui fait que deux âmes se comprennent sans paroles, que deux personnes sont prêtes à se servir mutuellement en toute sympathie, sans idée de remerciements ou d’appréciation. En effet, dans la lumière de la spiritualité, l’autre n’est autre que soi-même.

Aujourd’hui, la science avance dans le monde des faits, dans le domaine des inventions mécaniques et des découvertes scientifiques, détruisant en même temps le germe de la spiritualité. L’attitude religieuse, la conception morale, le progrès spirituel, la considération, les bonnes manières, la chevalerie des chevaliers, les tendances héroïques et les nobles idéaux semblent disparaître de jour en jour. Et en dépit de tous le progrès que nous faisons dans certaines directions, l’humanité semble aller vers le bas. Il n’y a à cela aucun doute.

La femme est plus libre en cet âge qu’elle ne l’a jamais été. Oui, mais je dirai qu’elle est libre, jusqu’au point où il n’y a plus rien dont elle puisse dépendre. Les femmes et les hommes aujourd’hui partent en grand nombre à la dérive dans les chemins de la vie, pleinement occupés du matin au soir, gagnant par leur labeur, juste de quoi porter à leur bouche un morceau de pain, mais ne sachant ni d’où ils viennent, ni où ils vont.

L’amour

La manière que les nations ont adoptée pour former des alliances sur le terrain de leur propre intérêt, est adoptée par les gens. L’amitié aujourd’hui signifie qu’on peut s’en détacher, et sur le même principe, on base souvent le mariage. On dit : « Nous n’avons pas le temps de cultiver une nature aimante, nous sommes trop occupés pour aimer ». Aujourd’hui, l’amour signifie un passe-temps, un amusement, une distraction, un peu de bon temps. En réalité, l’amour est sacrifice de soi, l’amour est considération pour le plaisir et le déplaisir de la personne aimée, l’amour est respect, l’amour est service. Et par-dessus tout, l’amour est Dieu, car Dieu est amour.

Le repos

On maintient l’équilibre dans la vie par l’action et par le repos. Tout ce que les gens ont adopté comme culture, en dehors des études intellectuelles, est sous forme d’action : la gymnastique, les sports, la vie de club, les amusements, toutes choses qui vous rendent physiquement et mentalement actif. Mais on n’a pas adopté de méthodes pour amener la condition de repos si nécessaire pour les individus, occupés comme ils le sont dans les villes actives. Le repos n’est-il pas aussi important que l’action ? Peut-être est-il plus important, si seulement l’on savait ce qu’on gagne grâce à lui. Les mystiques de tous les âges ont étudié et pratiqué les divers moyens d’atteindre la paix par le repos. Et en faisant cela, ils ont découvert l’inspiration et le pouvoir latents dans l’homme.

Le côté profond de la vie

Pour un Soufi, le mysticisme ne veut pas dire un état de rêve, ou le fait d’accomplir des prodiges. Il entend seulement par mysticisme, une science qui est au-delà de la raison, une vision claire du côté profond de la vie, une perception aigüe des lois cachées de la nature, une joie qui n’est pas de ce monde et une paix innée. Le Soufisme est donc la sagesse, dépassant caste, nation, race et religion. Ceux d’entre nous qui espèrent en la reconstruction du schéma de la vie, doivent contribuer par leurs efforts à l’éveil spirituel de l’humanité.

Sans-Francisco, 27 mars 1926

Publié dans L’unité des idéaux spirituels deuxième partie – La Religion Unique – cahier n°1 – chapitre 8