Le rôle que l’homme est appelé à jouer sur terre

C’est un sujet sur lequel on s’est souvent penché.  Quelle est la place de l’homme sur terre ?  Existe-t-il d’autres êtres plus parfaits et plus évolués que l’homme ?  Quelle est la relation de l’homme avec la terre et tout ce qui y vit ?  L’homme a toujours tendance à dire qu’il est le plus important, l’être qui recèle le plus de possibilités.  Dans les Écritures, il est dit que Dieu, lorsqu’il eut créé l’homme, lui dit :

« Tu es Notre Khalif.  Nous avons fait de toi Notre représentant ». 

De tous les êtres, l’homme est le plus complet.  Il porte en lui l’essence de tout : la nature angélique, la nature du génie, ainsi que ce qui représente les règnes minéral, végétal et animal.  L’homme seul a la possibilité de s’élever d’une vie limitée à une vie illimitée.

Un univers dans l’homme

En quoi l’homme est-il le représentant de Dieu ?  Il est dit dans les Écritures que Dieu appela les anges et leur demanda quels étaient les noms de tous les êtres.  Les anges répondirent : « Nous chantons Tes louanges, mais nous ne connaissons pas les noms ».  Alors Dieu appela Adam, et Adam connaissait les noms de toutes les  créatures, ce qui signifie qu’il connaissait la propriété et la qualité essentielles de chaque être.  Il est donc apte à utiliser chaque objet comme aucun autre être ne saurait le faire.  L’homme est l’être devant lequel s’ouvrent toutes les possibilités.

Hazrat Inayat Khan a souvent parlé de « l’Homme, graine de Dieu », et de « l’Univers en l’Homme ».  En l’Homme se trouve contenu l’univers tout entier ;  il est comme la manifestation totale de Dieu : la graine fait naître l’arbre dont provient le fruit, dans lequel se trouve la graine : l’Homme.

Quelle que soit la manière dont l’homme imagine Dieu, il doit être ainsi lui-même.  Tout ce qui lui semble bon, élevé, sublime, il dit que Dieu est ainsi.  Il doit alors incarner lui-même ce caractère.  Il imagine Dieu comme le Père, il doit alors développer en lui-même cet esprit de père.  Il imagine Dieu comme la Mère, et il doit développer en lui-même cet esprit de mère.  Il imagine Dieu comme le Roi, et il doit développer en lui-même cette royauté de la nature humaine.  Il imagine Dieu comme le Juge, alors il doit devenir lui-même le juge juste. 

Le marché de la vie

Ce qui empêche l’homme de jouer son rôle de représentant de Dieu, c’est son sentiment : « Je suis un être distinct, je dois voir comment cet être distinct peut exister dans le monde ».  Ce qui se passe, c’est que chaque homme cherche d’abord son propre profit, en arrachant sa part aux autres ;  puis il cherche le profit de ses proches, de sa nation, de sa race.  De là proviennent tous les conflits de la vie.  L’homme doit d’abord voir comment subvenir à ses propres besoins, mais lorsqu’il imagine Dieu, il n’imagine pas un Dieu qui tire profit, mais un Dieu qui donne.

Certains poètes soufis ont comparé la vie à un marché :

« Tu as créé tout cela et Tu viens l’admirer.  Tu as créé ce bazar et Tu viens Toi-même dans cette foire, sur cette place du marché ». 

Chaque pas que l’homme fait dans le partage est un pas vers le fait de devenir le représentant de Dieu.  L’homme devrait comprendre la nature de ce marché afin de tirer le meilleur parti de toutes choses pour le bien de la vie ;  non pas pour son propre bénéfice, mais pour le bénéfice de la vie. 

Mais comme il est dit dans le Gayan [1] :

« Voir la vie dans son ensemble est au-delà du pouvoir de la généralité »

260ème boula du Gayan                 

L’homme est prêt à travailler, à se sacrifier, mais pour son propre bénéfice ou pour celui de sa nation ou de sa race.

La joie dans le bonheur de l’autre

Dans les temps les plus anciens, on enseignait la loi de la non-agressivité, et quand on écoute les récits de ceux qui se sont rendus dans les régions inhabitées du monde, on constate à quel point les animaux étaient amicaux !  Ce n’est qu’après que l’homme leur a fait du mal qu’ils s’enfuient et se cachent.  Dans les mers du Sud, ils ont trouvé facile de s’approcher des manchots.  Aux îles Galápagos, aucun animal n’avait peur de l’homme.  Remarquez que la peur de l’homme est héréditaire ;  elle est innée chez les animaux à travers l’expérience de leurs ancêtres.  L’homme peut attirer et repousser comme aucun autre être ne le peut.

On raconte un merveilleux exemple, datant de l’époque d’Alexandre de Macédoine, d’un roi d’un État indien avec lequel Alexandre était en guerre, qui envoya un message : « Si vous voulez prendre notre or, notre argent et nos fruits, nous pouvons vous les donner.  Mais notre eau, nous ne pouvons vous la donner ».  Quelle nation ferait cela aujourd’hui ?  Agir pour le bien de la vie, ne pas défendre son propre intérêt, mais défendre ce qui est juste pour sa propre communauté ;  laisser les autres vivre tout autant que l’on vit soi-même.

Dieu, le Jardinier, ne veut même pas cueillir les fleurs et les fruits.  Il se réjouit de voir les plantes s’épanouir et grandir.  Lorsque l’homme éprouve le même sentiment de joie dans le bonheur d’autrui, il développe en lui-même le représentant de Dieu, une étincelle de la nature divine.  Alors, la pensée de l’homme s’étend à toute vie, à toute l’humanité.

Une vision globale

Trop souvent, l’homme est aveuglé par ses propres désirs ou par ceux de sa nation.  Un homme moderne qui souhaite convaincre les autres de se lancer dans une entreprise utilise comme dernier argument : « Chacun d’entre vous gagnera beaucoup d’argent ».  L’homme moderne, lorsqu’il pense à la maladie, se dit : « Quelle perte de production ».  L’homme a tendance à devenir un objet de production matérielle.  Lorsqu’il prend conscience de sa part divine, il relègue le gain matériel au second plan.  C’est ainsi que l’homme prend conscience du but de sa vie, à savoir qu’il est ici pour incarner la vie divine sur terre, sachant que ce qui nuit à une partie nuit à l’ensemble et que ce qui profite à une partie profite à l’ensemble. 

~o~

Question : Ne sommes-nous pas parfois contraints, par les exigences de notre propre subsistance, d’agir contre les autres ?  Par exemple, devrions-nous laisser tous les animaux vivre ?

Réponse : Cela n’est pas possible.  Nous devons considérer ce qui est pour le bien de tous.  Il ne s’agit pas de sacrifier ce qui est supérieur pour ce qui est inférieur.  Ce n’est pas dans l’esprit juste que de garder pour soi ce que l’on a acquis.  Et lorsqu’on le garde trop longtemps, il y a une révolution, et ceux d’en bas prennent ce que ceux d’en haut n’ont pas partagé mais ont gardé pour eux.  Si l’homme avait conscience qu’il a pour mission d’agir en tant que représentant de Dieu envers ceux qui sont au-dessus de lui, ceux qui sont à son niveau et ceux qui sont plus jeunes en âge ou en évolution, il n’aurait pas tendance à prendre aux autres, mais à veiller à leur bien-être autant qu’au sien ;  son bonheur résiderait autant dans le bien-être des autres que dans le sien.

De la limitation à la perfection

Question : Est-il juste de dire que les planètes sont une préparation à la création de l’homme ?

Réponse : Dans la montagne, dans la pierre, vous verrez les contours d’un visage humain, une tendance indiquant la direction de l’évolution vers la formation de l’homme.

Hazrat Inayat Khan a dit qu’il y a des êtres humains sur d’autres planètes, et que sur certaines planètes, il y a des hommes plus évolués que l’homme ne l’est aujourd’hui.  L’évolution s’est poursuivie sur Terre comme sur chaque planète, chacune devenant de plus en plus évoluée.

Question: L’homme n’est-il pas trop limité pour être le représentant de Dieu ?

Réponse: Le fait d’être un individu signifie qu’une personne  a une existence qui est limitée.  Ceux qui touchent à la perfection  touchent à la vie illimitée qui est la vie parfaite.  Lorsque Jésus-Christ a dit : « Soyez parfaits », il voulait dire : réalisez cette vie qui est sans limitation.  Alors, lorsque cela est atteint, le reflet de cette vie se projette également sur l’être limité.


[1] Le Vadan, comme le Gayan et le Nirtan, est un recueil de pensées, d’aphorismes, d’invocations et de prières composés par Inayat Khan.