Pourquoi un « Message d’Amour, d’Harmonie et de Beauté » ?

Pourquoi un message d’amour, d’harmonie et de beauté, qu’est-ce que signifie ce message, et qu’est-ce qu’on peut en attendre ?

Eh bien, ce titre de causerie, que j’ai lancé un peu à l’aveuglette parce qu’il me semblait intéressant, m’a rapidement terrifié. Je me suis aperçu, en y réfléchissant, que parler du Message de Dieu de cette façon était une entreprise aussi folle que de vouloir faire entrer les cinq océans dans un dé à coudre.

Mais enfin – me suis-je dit – puisque ce titre a été annoncé, il faut l’honorer. De sorte que, chers amis, ne voyez dans ce qui va suivre qu’une simple approche intellectuelle de quelque chose qui dépasse complètement notre petite compréhension. En effet, c’est trop sacré et trop élevé, et trop profond, et trop vaste.

Le docteur exaspéré

Comme introduction à cette causerie, je vous lirai une petite anecdote. Celle-ci est tirée du recueil de souvenirs sur Murshid Inayat Khan écrit par sa secrétaire, Miss Kismet Stam :

« Devant la Salle Orientale, un homme attendait son tour pour une entrevue avec Murshid. C’était un homme instruit, un docteur, qui avait compris prématurément la futilité de toutes choses. Et en conséquence il entrait dans des humeurs irritables au sujet de n’importe quoi : ‘L’amour, l’harmonie et la beauté ! – ricanait-il – il fait des conférences sur l’amour, l’harmonie et la beauté ! Et alors si je me faisais sauter la cervelle en plein milieu de sa conférence et que je …’ et là il utilisa des termes très crus et réalistes pour expliquer ce qui en résulterait. Et il continua :… ‘est-ce qu’il parlerait encore d’amour, d’harmonie et de beauté ? Et est-ce que tous ces gens moutonniers continueraient à y croire ? ! 

A ce point culminant de son exaspération vint le moment de son entrevue. Et il entra ainsi, avec son air furieux, dans la pièce où était Murshid.

A l’expiration des sept minutes, il sortit rayonnant. La porte d’entrée lui fut ouverte, et un souffle de brise de l’été qui commençait emplit le corridor. Alors il utilisa une expression de sa propre langue et dit : « Quelle bénédiction qu’il fasse aujourd’hui un temps aussi divin ! »

L’impact de ce Message

Cette anecdote me paraît une excellente introduction. En effet, la question qui s’est posée au personnage ici mis en scène (qui s’appelait, ajoute Kismet Stam en note, le dr. Vigée) est une question qui se pose, je crois, à beaucoup d’entre nous. Que peut faire, quels remèdes peut apporter, et surtout quel impact peut avoir un message d’amour, d’harmonie et de beauté dans un monde en proie à l’avidité de l’argent et du pouvoir, à un matérialisme aveugle de l’esprit et du sentiment et par suite à la violence, aux déséquilibres écologiques les plus graves, aux dangers les plus urgents et les plus massifs que l’humanité ait, semble-t-il, jamais eu à affronter ?

Dans cette espèce de cacophonie planétaire quel peut être l’impact réel de ce Message ? Est-il capable de contribuer à sauver le monde, ou alors seulement de nous sauver, nous, du monde, ou peut-être, par chance, de contribuer à sauver les deux ? Je pense que c’est une question qu’il est légitime de se poser.

C’est pourquoi cet après-midi est une occasion de réfléchir ensemble sur le sens et surtout sur la portée de ce « Message d’Amour, d’Harmonie et de Beauté », dont nous essayons individuellement de tirer bénéfice. Et que certains d’entre nous, trop rares, essayent de faire connaître.

Le sens et la portée.

Interrogeons-nous d’abord sur le sens de ce Message. Cependant, voyez-vous, je suis persuadé que la meilleure façon de comprendre le sens de ce Message est non seulement de l’étudier mais aussi de le vivre et d’en faire son profit. Alors le sens s’en éclaire mieux, et il s’éclaire de plus en plus. C’est pourquoi les réflexions que je vais vous proposer seront provisoires? Je n’ai évidemment pas la prétention d’être « complètement éclairé » au sujet du Message. Ces réflexions donneront peut-être quelques pistes à explorer pour vos propres réflexions.

Il faut d’abord comprendre. Et il est capital de le comprendre, qu’il y a deux aspects à ce Message. Il y a un aspect caché et un aspect apparent. Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’aspect caché est le plus puissant, et l’aspect apparent l’est le moins. L’aspect caché se situe, vit, agit sur le plan le plus élevé, sur le plan de l’Esprit. Car dans notre univers, tout se prépare sur le plan spirituel avant d’aboutir au plan concret.

C’est pourquoi cet aspect du message n’est pas immédiatement perceptible à tous ceux qui prennent contact avec ses aspects extérieurs. Ces aspects extérieurs, ouverts, vous les connaissez. Ce sont ceux qui sont donnés dans l’Adoration Universelle, la Guérison, la Confraternité et l’enseignement oral et écrit. Et ils ont été placés sous l’égide, sous l’influence, de l’Amour, de l’Harmonie et de la Beauté. J’expliquerai plus loin pourquoi et ce que cela implique.

Essayons maintenant d’avancer un peu plus dans notre réflexion.

Il s’agit d’un message.

Mais destiné à qui et en vue de quoi ? Car un message est évidemment destiné à quelqu’un. A qui est-il apporté ? A des élites enfermées dans des ashram ? De petites sociétés soufies se réclamant de Hazrat Inayat et disséminées dans le monde ? Le Message a été apporté à la généralité des hommes et des femmes de ce temps, de ce temps difficile, de ce temps de grande violence et de grand danger, un temps où l’humanité semble avoir perdu sa direction, où tout devient de plus en plus compliqué, artificiel, et où cette humanité déboussolée, de plus en plus mécontente et inquiète parce que malheureuse, n’arrive pas à se remettre sur ses pieds.

Certes, beaucoup de gens voudraient la remettre sur ses pieds. Aujourd’hui, lorsqu’on cherche des remèdes, on se dirige soit du côté des idéologies politiques, soit vers un retour aux religions constituées. Mais ces idéologies montrent vite leur impuissance dès qu’il s’agit de nos souffrances individuelles, intimes, et de nos aspirations les plus profondes. Et d’autre part les religions sont trop essoufflées, ou trop sclérosées. Elles ont perdu le dynamisme, l’enthousiasme, la vie nécessaires pour susciter un assez vaste consensus et avoir un impact assez profond et assez universel pour changer profondément les choses. Nous y reviendrons un peu plus loin en cherchant pourquoi il en est ainsi.

Nous venons de voir quel est le sens du Message. Maintenant arrivons au deuxième point :

Que prétend faire ce Message ?

Veut-il rassembler un maximum de gens dans une sorte de nouvelle religion ? Ou susciter une idéologie radicalement neuve qu’on puisse appliquer en politique ? Car en somme, tout doit nécessairement aboutir au politique. Aboutir à un consensus collectif pour aider la société à aller dans tel ou tel sens favorable à son bon état matériel, moral, psychologique, mais aussi spirituel.

Le marxisme a essayé. Il avait en vue l’émergence de l’Homme Communiste, un homme nouveau dans un monde renouvelé. Il s’appuyait pourtant sur des racines et une réflexion philosophique. Mais on sait à quoi le grand espoir messianique du communisme a abouti là où il s’est établi. A peu près au contraire de ce qu’avait espéré et voulu prévoir Marx et Engels, et même pas jusqu’à une vraie dictature du prolétariat, dictature régulièrement confisquée au profit des quelques-uns. Quant aux autres idéologies politiques, elles ne s’intéressent qu’à l’aspect matériel de l’homme : la santé de son corps ou son bien-être extérieur, sans se préoccuper du fait « que l’homme ne vit pas que de pain » selon la parole évangélique. Et en fait les unes et les autres de ces idéologies abandonnent l’homme seul en face de ses interrogations profondes, de sa souffrance et de sa mort.

Ces idéologies, à tendance socialiste ou libérale, laissent, dira-t-on, le champ libre au monde religieux pour s’occuper de ces autres besoins de l’être. Mais tout esprit non prévenu peut faire la constatation que le monde religieux s’essouffle. Il accroît peu-à-peu son inadaptation par rapport à la phase actuelle de notre humanité. Hakima Staphorst m’écrivait il y a quelques semaines que les églises se vidaient au profit des stades. C’est exprimer la même chose dans une formule plus claire.

Les rendez-vous manqués du christianisme

Je viens de parler d’inadaptation. Ici en Occident, le Christianisme a historiquement manqué au moins trois rendez-vous qui lui aurait permis une telle adaptation. Le premier se situe pour les chrétiens vers le XVIème siècle. Là, c’est une réforme religieuse qui a été manquée. La Réforme elle-même, le Protestantisme, a été rejeté par l’orthodoxie et renvoyée à ses propres forces. S’il y a gagné le libre examen et une pureté morale indéniable, il a perdu le côté magique de la liturgie et le côté mystique de sa tradition. Autrement dit il a perdu un contact plus vivant avec le monde spirituel. L’orthodoxie, elle, s’est contractée sur elle-même dans un immobilisme dogmatique, et un autoritarisme auto-proclamé accepté de plus en plus du bout des lèvres par la masse des croyants.

Le second rendez-vous manqué a été celui de la remise en question et se situe au XVIIIème siècle, au Siècle des Lumières. A ce moment-là, les intellectuels, les « philosophes », comme on disait, ont demandé des comptes à la religion. Et la religion a refusé toute confrontation, toute mise en question d’elle-même. Ce refus lui a été funeste. Ne pas oser se remettre en question quand le temps en est venu, quand les gens vous critiquent et vous demandent des comptes, ne pas se demander si on est vraiment légitime, si on est vraiment là pour servir les buts qu’on prétend servir, si l’on n’a pas trahi l’esprit qui a présidé à l’élan du début, est un signe de sénilité certain. Et la religion n’a pas eu cette force, ni cette jeunesse qui aurait pu lui donner un nouvel élan.

La distance entre l’homme et Dieu 

Le troisième et dernier rendez-vous manqué a été celui du XXème siècle. A mon sens, ce n’est pas le rendez-vous social, comme on a pu l’écrire. Le monde religieux n’a pas tourné le dos à la confrontation avec les idéologies politiques. Il est seulement totalement passé à côté du grand besoin de profondeur de l’homme, du besoin qu’à l’homme de croire à nouveau à sa dimension, à sa valeur, à sa destinée et à ses racines divines. Le monde religieux a continué à montrer une image incomplète et souvent archaïque de la divinité, et de l’homme lui-même. Il a continué, comme l’a reproché un jour Frédéric Joliot-Curie au Pasteur Georges Marchal :

« A supposer que Dieu est un Monsieur, ou plutôt une sorte de Super-Monsieur, avec ses colères, ses grâces, ses faveurs, ses élections ».

Autrement dit, on a continué à maintenir la distance entre l’homme et Dieu. Dieu qui est en haut, abstrait, pratiquement inaccessible, sinon grâce à l’intercession d’un Christ qui n’a pas vraiment quelque chose en commun avec nous, puisqu’Il est divin et nous pas. Et l’homme qui reste en bas, les pieds dans la glaise.

J’ai parlé surtout des problèmes du Christianisme. Mais au fond l’Islam a les mêmes problèmes. L’Islam s’est fermé sur lui-même dès que les Oulémas ont décidé, il y a quelques siècles, que tous les commentaires, toutes les exégèses du Coran et des Hadith avaient été faits, qu’on en avait tiré tous les enseignements possibles et que l’Islam avait désormais atteint son aspect définitif et immuable. Le ver de l’immobilisme était donc injecté dans le fruit. Et toutes les convulsions actuelles qui agitent le monde musulman, toutes les luttes fratricides et toutes des déviances terroristes y trouvent leur source.

Le mal de vivre

Qui plus est, les religions, pas seulement les religions occidentales, Islam compris, mais aussi les religions orientales ont continué à prôner pour l’homme la même unique raison d’être sur la terre, le même idéal, celui du salut. Et tout s’articule dans ce sens. Pour les trois religions occidentales, il s’agit d’être admis au paradis après la mort. Pour les religions orientales, le salut est dans le nirvâna, la libération. Le Védanta proclame :

« Le monde est faux, Brahman est vrai »

Malheureusement, nous qui faisons partie de l’immense majorité, nous sommes bel et bien dans le monde, confrontés à des obligations immédiates, multiples. Nous ne pouvons pas nous en échapper, et nous sommes bien obligés d’y faire notre vie. En outre – demande l’homme moderne – quel sens cela aurait-il d’être nés dans ce monde uniquement pour le fuir dans un nirvâna, ou pour y souffrir à seule fin de gagner un hypothétique paradis ? La vie doit avoir un autre sens.

Ainsi, du côté des idéologies politiques aussi bien que du côté religieux, la généralité des hommes reste en bas, avec son mal de vivre, ses interrogations et sa solitude. Et avec des solutions que l’on me permettra de qualifier de boiteuses.

Chers Amis, cette analyse vous semblera peut-être à la fois un peu longue et manquer de charité, ou de nuances, ou « d’harmonie soufie ». Mais l’harmonie véritable, soufie ou non, ne peut pas être une harmonie molle. L’harmonie ici-bas, sur le plan terrestre, est bien plutôt l’adaptation juste aux circonstances et aux demandes de la vie. En outre cette analyse, aussi longue, sèche et tranchée qu’elle soit, était nécessaire pour mieux comprendre la vocation du Message dans notre monde moderne, et la manière dont il s’y adapte.

Un aboutissement collectif

Car le Message ne vient pas se substituer à une ou des religions existantes, il ne vient pas non plus proposer une énième doctrine à visée proprement politique, bien que tout doive en définitive aboutir au politique au sens large du terme, c’est-à-dire au plan collectif. La vocation du Message est certes destinée à un aboutissement collectif ; mais tout aboutissement suppose d’abord un commencement.

Aujourd’hui, le Message est un commencement. Je dirai qu’il est comme ces premières lueurs qui se lèvent à l’Orient et annoncent le jour. Et ce jour ne peut être qu’un changement d’état d’esprit, un renouvellement du sens des valeurs. Nos valeurs actuelles – rappelons-le encore – sont basées sur l’argent, la réussite sociale, la puissance de lobbies de plus en plus étendus, mais aussi sur les découvertes scientifiques amenant une frénésie d’applications immédiates sans qu’on se préoccupe des retombées et des conséquences, à moyen ou long terme.

Un changement de point de vue

Beaucoup de scientifiques et beaucoup de gens qui pensent, commencent à s’alarmer sérieusement de cet état d’esprit délétère, funeste. La masse des gens s’inquiète aussi, plus obscurément peut-être, et sent que cela ne va plus pouvoir durer très longtemps. Sans en être toujours pleinement conscient, on attend, on espère, ce changement d’état d’esprit, ce nouveau point de vue, ce renouvellement des valeurs. Voilà pourquoi je vous ai raconté en commençant l’anecdote significative de ce docteur Vigée. Lui aussi était arrivé à une position négative, de pessimisme impuissant, comme beaucoup de gens aujourd’hui. Il était en proie à une vision d’un monde voué à la fatalité et à ses démons. Il a rencontré Murshid, autrement dit, sous forme humaine, le Message. Et sa vision a été changée, son point de vue a été changé, parce qu’il avait pris contact avec une réalité nouvelle pour lui.

Chers Amis, c’est bien là le point capital. Une nouvelle réalité. Nouvelle et sans doute à moitié consciemment reçue par ce bon Docteur. Cependant cette réalité n’est pas exactement nouvelle, on en a seulement perdu la trace. Le premier but du Message est donc de nous reconduire à la conscience de la réalité du monde spirituel, qui commande, de proche en proche, tout le reste. Et le second but du Message est de montrer, de prouver par l’exemple, comment l’homme actuel peut s’épanouir dans le monde tel qu’il est.

Donc, le côté spirituel est prédominant.

Le Message n’est pas seulement un mouvement d’idées, une sorte de doctrine philosophico-religioso-mystique, c’est beaucoup plus : c’est aussi une interface entre le monde spirituel et le monde matériel. Et je vais essayer d’expliquer, pour ceux à qui ce mot n’est pas familier, ce qu’on appelle une interface.

Une interface est une surface de contact entre deux milieux différents, par exemple deux liquides qui se mélangent difficilement, ou, en informatique, une jonction entre deux éléments d’un système. Retenons l’image des deux milieux. Le milieu spirituel, qui est le milieu des formes et des courants divins, subtils mais puissants, invisibles mais agissants. Et le milieu terrestre, épais, concret, où il est si difficile de faire bouger les choses et si laborieux de modifier les orientations. Le Message est cette liaison, cette interface grâce à laquelle l’influence des forces cosmiques subtiles et des orientations spirituelles est destinée à agir sur nos destinées terrestres.

Tous les grands êtres, ceux qu’on appelle des maîtres et qui constituent ce que Murshid appelle la hiérarchie spirituelle sont les instruments, les organes de cette interface, parce qu’ils sont à la charnière des deux mondes. Mais toutes les activités des groupes soufis font également partie de cette interface et sont des intermédiaires et des instruments du Message. Et donc nous aussi, dans la mesure de notre intérêt et de notre engagement, nous y participons à notre niveau.

Un antidote au poison du matérialisme

Maintenant pourquoi est-ce que Murshid a donné à ce Message le label si l’on peut dire, de l’amour, de l’harmonie et de la beauté ? Est-ce parce qu’il avait délibérément réfléchi et jugé qu’il était adéquat de donner cet idéal au monde ? Ou qu’il y avait dans ces trois mots une sorte de vertu dynamique, ou encore une sorte d’antidote au poison du matérialisme, et à son homologue mental, le formalisme stérilisant ? C’est probable, et pourtant pas uniquement. Je crois qu’il faut regarder les choses d’encore plus haut.

La nature cosmique du Message

La science spirituelle nous apprend qu’il y a, très haut dans la hiérarchie invisible, deux sortes de mondes. Les mondes qui reflètent surtout la puissance du Créateur, et les mondes qui reflètent surtout Sa beauté. Il est remarquable de constater qu’au cours de l’Histoire, l’expansion de chacun des Messages qui sont apparus tour-à-tour, s’est faite parfois grâce à la puissance et à la force, et parfois grâce à des moyens pacifiques, à l’harmonie et à la beauté morale.

Par exemple le Message de Krishna a débuté sur un champ de bataille et s’est propagé parce que le Prince Arjuna, disciple de Krishna, a été victorieux. Zarathoustra a dû combattre jusqu’au bout et il est mort les armes à la main. Moïse et ses successeurs n’ont imposé l’idéal du Dieu Unique que par des combats sans fin contre des peuples idolâtres : et l’Islam s’est propagé par le jihad, la guerre sainte. De l’autre côté l’amour, la compassion et la paix ont été dès le départ les moyens de propagation par exemple du Bouddhisme et du Christianisme, et de bien des mouvements religieux ou spirituels en Inde et en Extrême Orient.

J’ai essayé de situer le Message dans sa dimension vraie, pour mieux comprendre et faire comprendre ce qu’il est en réalité : non pas quelque chose de contingent, un essai de réaction religieuse et philosophique à la misère spirituelle ambiante, mais un mouvement cosmique, un déversement de lumière spirituelle dont nous ne voyons en général la nature que fort tard, après une longue familiarité dans l’étude et l’exercice du Soufisme. Car telle est bien la nature cosmique du Message, issu des mondes de beauté.

L’inspiration et l’expression du Message d’aujourd’hui

L’expression du Message d’aujourd’hui est donc l’amour, l’harmonie et la beauté. Nous lisons dans le premier chapitre de « La Roseraie d’Orient » :

« C’est l’amour, c’est la beauté qui touchent le plus profondément notre âme. Et si vous demandez : ‘qu’y a-t-il de plus’ ? On vous répondra : ‘sauf cela, il n’y a rien de plus émouvant’. Pourquoi ? Parce que l’amour est la nature de la vie, la beauté en est le résultat et l’harmonie est le moyen par lequel la vie atteint son but. Sans cela, la vie se désagrège et se détruit ».

C’est ainsi, c’est par l’amour, l’harmonie et la beauté que le Message peut accomplir le service qu’il est destiné à rendre à l’humanité dont nous faisons partie, et donc à nous-mêmes. L’amour sous ses formes les plus désintéressées ; c’est ce que nous dit la 7ème Pensée Soufie :

« Il y a une seule morale, l’Amour, qui naît de l’abnégation et qui fleurit en actes de bonté ».

Quant à la beauté, dans la 8ème Pensée Soufie, le Message nous exhorte à ouvrir nos yeux et notre cœur pour l’accueillir :

« Il y a un seul objet de louange, la beauté, qui élève le cœur de celui qui l’adore à travers tous les aspects du visible, jusqu’à l’invisible ».

Les objectifs

Il nous reste encore à parler de points très importants. Car si l’amour, l’harmonie et la beauté sont à la fois l’inspiration et le mode d’expression du Message, il comporte aussi des enseignements, ou plutôt des idées-forces qui sont capitales pour l’impact qu’elles peuvent avoir sur l’esprit des gens. On peut les ranger sous trois chefs :

  • La réconciliation de l’homme moderne avec l’idéal de Dieu, idéal qui s’est dévalorisé avec le temps dans la conscience de la collectivité,
  • La réconciliation de l’homme avec sa propre image, qui s’est banalisée, laïcisée, matérialisée, rapetissée, durant les derniers siècles,
  • La réconciliation des religions les unes avec les autres.

Remarquons qu’il s’agit toujours bien d’harmonie, la réconciliation visant à l’évidence à restaurer une harmonie perdue.

Maintenant nous allons développer ces trois points.

La réconciliation de l’homme moderne avec l’idéal de Dieu.

Hazrat Inayat a montré par l’exemple et affirmé par la parole que Dieu pouvait être approché et connu, et sans intermédiaire, à condition que notre cœur soit ouvert et vivant. On rend le cœur vivant par l’amour et l’amour s’exerce, s’approfondit, s’élève et se fortifie par l’amour du prochain, et aussi par l’amour de la beauté, ainsi que nous le dit la Pensée Soufie, citée plus haut. Hazrat Inayat a aussi beaucoup parlé de la connaissance de Dieu, qui a été le sujet de la causerie d’Elise. Je ne ferai donc qu’un bref commentaire sur cet enseignement particulier du Maître.

Le terme de « dépoussiérage », visant les idées qui se sont peu-à-peu imposées au sujet de Dieu, est un peu trivial, mais convient assez bien. Car les théologies diverses, variant selon les religions ou les sectes, ont au fil des siècles, entouré ce sujet sacré de toiles d’araignées dogmatiques inextricables et contradictoires. Que l’on songe par exemple à l’abondance des controverses sur l’idée de la Trinité dans le Christianisme : des bibliothèques ! Ainsi l’approche qu’en fait le Message est plus large, plus compréhensive. Car elle ne nie rien, mais aide à mettre les choses « en perspective » afin d’en éclaircir les apparentes contradictions. Cette approche, même sur le plan intellectuel, est aussi plus accessible à tout esprit qui veut bien réfléchir.

La réconciliation de l’homme avec sa propre image.

Nous avons aujourd’hui une image tronquée, incomplète, rapetissée de l’être humain, dont les limitations et les faiblesses nous cachent la stature et la valeur réelles. L’idée presque centrale de Hazrat Inayat au sujet de l’être humain, c’est qu’il est destiné à devenir le roi de sa vie au lieu d’en être la victime. Il a certes un aspect machine, impuissant devant les déterminismes que lui imposent la nature. Mais il a aussi son côté ingénieur, et le grand but de la vie est de développer ce côté-là :

« Homme ! Tu es le maître de la vie, ici-bas et dans l’au-delà »

14ème Alapa duGayan

Et une grande partie de l’enseignement psychologique, au sens général et complet du terme, que nous nous efforçons de comprendre et de suivre, se fait en vue de cette maîtrise.

La réconciliation des religions les unes avec les autres.

L’Adoration Universelle en est une parfaite illustration. Elle est basée sur le fait que l’essence, le principe, l’objet central de toutes les religions est unique : élever l’homme jusqu’à Dieu, en d’autres termes jusqu’à la Vérité, et lui fournir les aliments qui conviennent pour l’aider à grandir intérieurement. Ainsi les combats, les contestations, les frictions entre religions n’ont pas de raisons d’être. C’est pour que le monde arrive à une telle compréhension que le Message est descendu jusqu’à nous. Non seulement qu’il est descendu, mais qu’il continue à se déverser « comme une pluie d’en-haut », nous dit notre Maître.

Il est frappant par exemple de constater, coïncidant avec la période de la vie terrestre du Maître, les efforts progressifs vers l’œcuménisme qui se produisent, encore de manière sporadique, certes, mais incontestables : la marée monte de ce côté-là. En témoignent aussi la curiosité et même l’attirance de l’Occident pour les manifestations religieuses de l’Orient.

Tout cela est l’effet du Message qui se manifeste là dans le changement et l’élargissement d’état d’esprit que nous évoquions plus haut.

La confiance ouvre le cœur

Comme je l’ai dit en commençant, parler du Message est comme vouloir faire entrer l’océan dans une bouteille. Ce n’est pas seulement une comparaison. Le Message de Dieu a de nos jours commencé sa montée, depuis la venue de notre Maître. Et comme la marée à son début se voit à peine, et comme il faut l’observer avec soin pour s’en apercevoir, de même en est-il du Message. Nous, chers Amis, sommes à même de l’observer, et en l’observant d’avoir confiance et foi en lui. Car la confiance ouvre le cœur pour en recevoir davantage.

J’ajouterai, mes chers Amis, que ce n’est pas une raison pour rester passifs. Le Message d’amour, d’harmonie et de beauté ne se résume pas à cet œcuménisme évoqué plus haut et qui semble se répandre tout seul. Hazrat Inayat a aussi nommé le message soufi : le message de la liberté spirituelle. C’est à nous qu’il incombe d’en explorer toute la richesse et de nous l’incorporer. Et dans la mesure où nous bénéficierons de ces enseignements de notre Maître, nous en serons les ambassadeurs. Non pas de manière volontariste, vaniteuse et délibérée, non pas en nous nous imaginant l’être, mais beaucoup plus modestement parce que nous serons exposés à la vue des autres, et que l’exemple est contagieux, et se transmet. Mais ce n’est pas encore suffisant.

La lumière de la Vérité

Si vous avez bénéficié de nos réunions et de ce qui s’y passe, si votre vie en a été rendue pour vous plus satisfaisante, songez, s’il vous plaît, à ce que pourrait faire ce message soufi que vous avez connu et partagé s’il pouvait être aussi plus universellement connu et partagé. Car il y a aujourd’hui dans le monde beaucoup d’âmes qui cherchent sans la trouver cette voie que nous trouvons dans le Message.

« Mes murîds ne sont pas seulement des étudiants, ils sont une armée pour la bataille mondiale que le Message doit mener contre les forces qui s’opposent à la lumière de la Vérité. Oui nous sommes très peu. Mais cela ne fait rien, parce qu’en réalité nous sommes nombreux si nous reconnaissons le but de nos vies. Une seule âme éclairée prouve qu’elle est plus grande en pouvoir que dix mille âmes qui errent dans l’obscurité. »

Murshid a dit, en partant de ce monde :

« Mon travail, je l’ai laissé entre vos mains. »

Puissions-nous comprendre ce que cela signifie, et en réaliser ce que nous pouvons, suivant nos aptitudes. Et qu’à cela, la bénédiction de Dieu et de notre Murshid daigne nous aider.