Une question sur le jeûne

Question : Recommandez-vous un long jeune de 30 à 90 jours pour purifier le corps en vue de la réalisation spirituelle ?

Réponse : Je ne suis pas un propagandiste de l’ascétisme, mais en même temps j’ai conscience du bon travail que bien des ascètes ont accompli et je ne souhaite pas le déprécier.

Pour en revenir à la question du jeûne, je pense que le jeûne est un des moyens grâce auxquels on peut diminuer la densité du corps. Et quand on connaît la bonne manière de jeûner, quand on est sous la direction de quelqu’un qui sait réellement quand une personne devrait jeûner et pourquoi et comment elle devrait le faire et de quelle manière elle pourrait bénéficier de son jeûne, alors on peut en obtenir un grand bienfait.

Des chirurgiens prescrivent la diète à telle personne pour tant d’heures ou tant de jours, parce qu’ils savent que cela l’aidera à guérir plus vite. De la même manière des instructeurs spirituels peuvent prescrire un jeûne à leurs élèves, parfois en s’abstenant de céréales, parfois de viande, parfois de pain, parfois ils les font vivre de lait, de fruits et parfois, pour un temps limité, sans rien du tout. Ils voient la capacité de l’élève, ce qu’il peut supporter et de quelle façon il pourra tirer bénéfice d’un jeûne particulier.

Le maître et le poulet

Mais à vrai dire, je suis la dernière personne qui prescrirait le jeûne. Je donne seulement un avis si les personnes elles-mêmes désirent jeûner. Car je connais l’histoire d’un disciple qui s’adressant à un instructeur, reçut l’injonction suivante : « Pour commencer, vous débuterez par un jeûne de trois jours. » Il eût bientôt tellement faim qu’il s’enfuit de la ville pour ne plus jamais avoir à y rencontrer l’instructeur. Il y a toujours une signification lorsqu’un instructeur prescrit un jeûne, il a pour cela ses raisons.

Une histoire amusante au sujet d’un grand Soufi, qui vivait à Bagdad, raconte qu’il était arrivé à un état de réalisation extraordinaire. Il avait ainsi recommandé à un jeune élève de s’en tenir à un régime végétarien. La mère de ce jeune homme ayant entendu dire que depuis que son garçon était venu trouver le maître il était devenu pâle et maigre, se présenta chez ce maître pour lui exprimer sa manière de voir. Quand elle arriva celui-ci était attablé devant un plat de poulet. « Comment – dit la mère – vous enseignez à vos élèves à vivre de légumes et vous-même vous vous gobergez de poulet ! ». Le maître découvrit la marmite et le poulet s’envola. « Le jour où votre fils pourra en faire autant – dit-il – il pourra aussi manger du poulet.


Chicago, 3 mai 1926

L’Art d’être – La santé – recueil posthume de conférences – fin du chapitre 9

Sera publié dans Psychologie – Santé – Guérison – cahier n°1