
Le pouvoir des prières s’est toujours montré grand dans tous les pays et chez tous les fidèles de diverses religions. J’ai moi-même constaté, chez des personnes qui ont l’habitude de la prière, qu’aussitôt après avoir prié, leur expression, leur atmosphère changeait. La prière a le pouvoir d’élever un être au-dessus de lui-même. Un être est ainsi élevé, quand la prière est bien dite.
De nos jours, il y a de tous côtés un grand intérêt pour l’occultisme, pour le mysticisme, pour la psychologie. Et les gens semblent penser que la prière est une chose trop simple : n’importe quel retardé mental peut la dire ! Mais ce n’est pas seulement le retardé mental qui peut prier, l’être le plus sage peut prier. Et plus un être priera, plus sage il deviendra.
Le moment
Les anciennes Ecritures, les quatre grands Védas, ne sont que prières du commencement à la fin ; les écritures laissées par Zarathoustra sont toutes des prières, le Coran contient des prières. Le Prophète a donné cette clé à ceux qui le suivaient : prier cinq fois pendant les vingt-quatre heures du jour. Et chacun de ces cinq moments a une grande importance psychologique, occulte et mystique : la prière avant le coucher du soleil, la prière après que le soleil a atteint le zénith, la prière quand le soleil décline, la prière au coucher du soleil, et au commencement de la nuit.
En outre, le Prophète a dit que si quelqu’un prie au milieu de la nuit et vers la fin de la nuit, cette prière touchera directement l’Esprit de Dieu .Cela a été l’expérience de milliers de personnes, qui ont développé une inspiration, un pouvoir et une sagesse remarquables et se sont senties élevées au-dessus d’elles-mêmes à ces instants. Hafiz, le grand poète de la Perse, dit qu’il a dû beaucoup à ses prières d’après minuit, car toute l’inspiration qui lui vint et fit que ses poèmes furent reconnus dans le monde entier, vint de la prière avant le lever du soleil.
L’action de grâce
Les prières sont de différentes sortes. Une sorte de prière est celle d’action de grâce. Plus un être est reconnaissant, plus cet être mérite le bonheur et toute récompense des Cieux. En exprimant sa reconnaissance, l’on ne donne rien à Dieu, l’on développe seulement en soi une nature reconnaissante.
L’être qui n’est pas reconnaissant et qui n’a pas développé une nature reconnaissante, trouvera toujours des empêchements dans sa vie dans un domaine ou dans un autre, dans les affaires, dans l’industrie, dans la vie sociale, dans toutes les directions. Cette nature ingrate et cette tendance de l’esprit ont pour effet de clore les portes du cœur. Et quand les portes du cœur sont closes, où que la personne aille, elle trouvera des portes closes devant elle, car cela possède un effet automatique. Même les cœurs qui sont ouverts se ferment dès que cette personne arrive, car elle vient avec le cœur fermé.
La louange
Une autre sorte de prière est la louange de Dieu. Les yeux ne voient jamais Dieu, et les sens ne Le touchent jamais. Ce que nous connaissons de Dieu est notre conception de Dieu, notre idéal de Dieu. Et si nous ne développons pas notre faculté de louange – en d’autres termes d’apprécier et d’élever haut l’idéal – nous ne serons jamais capables de former une quelconque conception de Dieu.
Il est facile pour un intellectuel, de dire qu’après tout ce qu’il a étudié de la philosophie védantique, il a trouvé que Dieu était dans l’abstrait. Mais demandez-lui où Dieu est dans l’abstrait. Si Dieu est abstrait pour lui, alors son mental aussi est abstrait. Il n’est rien, et Dieu non plus n’est rien. Rien n’existe. Vous n’appelez pas l’espace « lui » ou « elle », et le temps non plus n’est pas considéré comme un être. Ainsi en est-il de l’abstrait. Seulement, si un être peut plonger profondément dans la conscience cosmique et devenir abstrait, alors c’est différent. Mais à ce moment-là, il ne dira pas que Dieu est abstrait ; il se taira, il deviendra silencieux.
Une conception propre
Comment faire un Dieu ? Avec son idéal, en développant son idéal. Comment le développer ? En essayant d’élever son idéal aussi haut qu’on le peut. Les prophètes ont donné des prières au monde, pour qu’à l’aide de la prière on puisse élever l’idéal de Dieu et former une conception concrète de Dieu.
Certains sont capables de faire un idéal de Dieu très élevé, d’autres ne peuvent pas élever l’idéal de Dieu aussi haut. Par conséquent, nous devons être tolérants les uns envers les autres. Nous ne devons pas forcer notre conception de Dieu sur un autre, mais laisser chacun avoir sa propre conception. Les Grecs de l’antiquité et les Egyptiens et les Hindous croyaient en des dieux et déesses multiples. Ceux-ci ne sont que des conceptions différentes de Dieu. S’ils disaient qu’il y a des centaines et des milliers ou peut-être des millions de dieux, je dirais : « Autant d’individus il y a, autant il y a de dieux, car chacun a sa propre conception de Dieu, qui est Un et le même ». La différence est dans les conceptions, et nous devons permettre à tout le monde d’avoir sa propre conception.
La demande
La troisième sorte de prière est de présenter ses demandes à Dieu, ses difficultés, ses misères. Certains diront : « Quelle est l’utilité d’amener à Dieu ses misères ? ». Je pense que l’idée est également bonne, et que la discrétion pourrait peut-être amener aussi un bon résultat. Mais le fait de pleurer est une tendance naturelle ; l’homme est né avec cette tendance. Quand il est malheureux, quand il est désemparé, quand son cœur pleure, quand dans sa petite enfance il pleurait et appelait sa mère pour qu’elle le console, ces pleurs eux-mêmes sont jusqu’à un certain point une réponse à son besoin. Aussitôt qu’un petit enfant commence à crier, même avant que la mère ne l’entende, il lui vient un réconfort, une consolation. Le fait de pleurer est en lui-même une consolation. Il doit y avoir un exutoire quand le cœur étouffe de souffrance, de difficultés, de misère.
Quand quelqu’un pense : « Maintenant je dois l’étouffer, l’étrangler en moi » c’est se crucifier sans raison. Un auteur hindoustani a dit que l’homme fut créé pour offrir la sympathie et demander la sympathie ; pour adorer Dieu il y a assez des anges. La beauté de la nature humaine est dans la sympathie. Quand l’homme demande de la sympathie, quand il donne sa sympathie, dans les deux cas il montre qu’il est humain. Demander sa sympathie à Dieu, prier pour Sa miséricorde dans ses difficultés, dans ses misères, demander Son aide pour quelque chose que l’on souhaite faire, ou demander quelque chose dont on manque, est la meilleure chose que l’on puisse faire. Car, Dieu entend par les oreilles de l’homme, et Dieu voit par ses yeux.
Les oreilles de Dieu
Quand quelqu’un prie, il doit savoir que ses mots, qui entrent par ses propres oreilles, sont le moyen par laquelle Dieu entend ; que les oreilles de Dieu sont reliées avec ses oreilles. Quand ses lèvres répètent une prière, cette prière entre par ses propres oreilles et en même temps par les oreilles de Dieu, parce que ses oreilles sont réunies aux oreilles de Dieu.
Il y a une autre croyance un peu naïve. Une personne dira : « Je suis tellement insignifiante, je suis si pauvre, que peut-être Dieu ne fera jamais attention à moi. Il doit s’occuper de toutes les affaires de l’humanité. Que suis-je ? Je suis un petit être insignifiant, comme une goutte dans l’océan ».
Là encore, elle oublie, elle ne sait pas que la conscience de Dieu est plus vaste que son cerveau ; que la Personnalité de Dieu est plus grande que son individualité ; que Dieu embrasse Sa manifestation entière. De l’être le plus petit qui se meut sous le soleil, les sensations, les pensées, les désirs, les besoins sont connus de Dieu, aussi bien qu’il les connaît lui-même. Le petit ver, la larve qui n’attire l’attention de personne, tout ce qui se passe dans son mental, la peur, la passion, la colère, la douleur ou la joie, est ressenti par Dieu, au même degré qu’il le ressent lui-même. Par conséquent, il n’y a aucune raison pour quelque être humain que ce soit de penser : « Je suis trop insignifiant pour que Dieu pense à moi ».
Exprimer son amour
Il y a une quatrième manière de prier qui est comme un poème d’un amant à sa bien-aimée. Elle n’a rien de commun avec l’expression de la gratitude. Et elle n’a rien de commun non plus avec nos besoins ou nos désirs, ni avec la demande d’aide. C’est seulement l’expression d’un amour profond pour Dieu. Ceux qui deviennent amants de Dieu, viennent naturellement plus près de Dieu, parce qu’ils sont élevés au-dessus de ce monde.
Krishna dit :
« Je vis dans le cœur de mes dévots ».
Il ne dit pas qu’il vit dans le cerveau de ses dévots. Il ne dit pas de ceux qui ont lu ses livres et les ont étudiés et avalés, qu’il vit dans leur cerveau, dans leurs pensées. Non, ce n’est pas la place où Dieu doit vivre. Dieu est amour, et Sa demeure est le cœur de l’homme. Les Soufis ont par conséquent toujours appelé Dieu Amour, Amant et Bien-Aimé.
L’éveil de l’âme
Il y a une cinquième sorte de prière, et c’est éveiller l’âme pour trouver en elle-même, l’Être de Dieu. C’est la prière des mystiques, de ceux qui savent et des sages. Cette prière est accomplie de deux manières. Avant tout, le moi est effacé de la conscience de soi. Ce que la Bible appelle le déni de soi, quand on l’interprète correctement signifie nier la partie limitée de notre être, ou la part de notre être connue de nous par ses limitations. En niant cette part de notre être, on arrive à la réalisation de l’être réel qui est en soi. Alors on ne peut pas se séparer de Dieu.
Suresnes, 29 août 1926
Publié dans L’unité des idéaux spirituels deuxième partie – La Religion Unique – cahier n°1 – chapitre 14
