
À notre époque, la science de l’instinct est un fait admis. Le matérialiste admet aujourd’hui que les animaux choisissent leur nourriture et laissent ce qu’ils ne doivent pas manger. Il admet aussi que les oiseaux volent, sans l’avoir appris, les poissons nagent sans l’avoir appris et sans l’avoir appris, les moineaux construisent leurs nids. Malgré cela, il est prêt à nier la source de cet instinct. Cette source d’où provient l’instinct est la même source que celle de l’intuition, l’inspiration et la révélation de toutes sortes de choses. Et elle s’exprime à l’aide de la voix intérieure.
Cela montre au mystique que Dieu est le Maître de toute la création, même de la création inférieure. Mais, à l’homme, Dieu enseigne davantage, l’homme étant l’achèvement de toute la création. En outre, l’homme est davantage capable d’apprendre et, par conséquent, on lui enseigne davantage.
En orient, la religion enseigne que Dieu a fait de l’homme son représentant dans toute la création. Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela ne signifie pas que l’homme représente le Ciel ou quelque chose de divin. Mais cela signifie que l’homme est la miniature de Dieu. Cet homme capable de montrer la perfection de Sa sagesse peut être vu dans l’exemple du Christ. Si cette perfection n’était pas possible pour l’homme, il n’y aurait pas écrit dans la Bible :
« Soyez parfaits, comme votre père au ciel est parfait. »
Une existence artificielle
Certains peuvent demander : « Pour quelle raison les chevaux, les chiens ou les chats de la maison avertissent de certains événements alors que l’homme reste ignorant ? ». Beaucoup de ceux qui ont une expérience avec les animaux, qui comprennent les expressions des animaux, admettront sans peine le fait, et en particulier que des événements tels qu’une grave maladie ou la mort sont connus de l’animal de la maison. Ils avertissent l’homme. Il y a aussi plusieurs oiseaux qui avertissent de grands événements. Nul doute que l’expérience de ces choses est devenue plus rare, parce que l’homme vit dans une ville surpeuplée. Il est moins en contact avec le Divin et sa vie est artificielle. Il ne connait pas, ne remarque pas ces choses.
La raison pour laquelle l’homme ne les connait pas n’est pas qu’il est incapable de savoir. C’est seulement qu’il a tant de choses dans son mental. Il a perdu son réel pouvoir de concentration, son pouvoir de calmer le mental. Et à cet égard il devient inférieur aux chevaux, aux chiens et aux chats. Sans doute, en tant qu’homme, sa nature est la plus active parmi toutes les créatures. Et cette activité est bonne pour lui, s’il peut la garder sous contrôle. Au lieu de cela, la vie devient artificielle, chaque jour de plus en plus artificielle. L’homme n’est pas resté homme, il est devenu une machine ; sa pensée, son mental travaillent constamment. Et pourquoi ? Pour rien.
Un matérialisme devenu commun
Pensez au sentiment que l’on ressent dans les grandes villes aujourd’hui. Les tramways et les autobus, les automobiles qui se croisent. Sous le sol, il y a des vibrations, et sur la terre les automobiles filent. Et maintenant, depuis que la guerre a eu lieu, maintenant même le ciel ne nous permet pas de respirer l’air pur. Tous les jours, vous voyez des avions. Si vous vous approchez de l’eau, des navires à vapeur font du bruit. Si vous allez à la campagne, vous avez le bruit des usines du matin au soir, et il y a des machines dans les villes.
Impressionné par toutes ces choses, si vous interrogez un homme, si vous lui parlez de la voix intérieure, des idées spirituelles, il répondra : « Qu’est-ce que c’est ? Je ne comprends pas ».
Il suffit d’entendre la voix qui est à l’intérieur, il n’est pas nécessaire d’étudier quoi que ce soit. Ce qui est nécessaire c’est de devenir comme la nature. Mais l’homme est devenu artificiel et il doit redevenir naturel afin d’entendre la voix à l’intérieur. Mais ce qui est malheureux, c’est que cette vie artificielle est devenue nécessaire à l’homme. Et quand on lui parle de la vie naturelle, de la vie spirituelle, de l’idéal de Dieu, de la pensée naturelle, il pense que cela va à l’encontre de sa nature, qu’il ne peut pas le supporter. Quand une maladie se répand partout, elle devient commune, elle devient le standard ordinaire de la santé. Ainsi, la maladie de l’humanité aujourd’hui est le matérialisme, et ce matérialisme est devenu naturel.
Percevoir les impressions
Pour illustrer cet argument, vous n’avez pas besoin de chercher un saint. Vous pouvez le voir dans la vie d’une personne assez bonne, une personne juste, à l’esprit tranquille et aux bonnes intentions, qui est sympathique. La première chose que perçoit un cœur compatissant, avec une conscience claire, est une impression. Pour chaque personne qu’il rencontre au cours de la journée, il n’est pas seulement sensible à ce qu’elle dit, mais à ce qu’il y a derrière. Plus encore, lorsqu’une personne entre dans une certaine pièce, elle ressent une sorte d’atmosphère. Elle va rendre visite à quelqu’un, elle ressent l’atmosphère dans la maison des gens, de la famille. Elle sent dans son cœur si l’entreprise de son ami sera un succès ou un échec.
Distinctement ou indistinctement, elle ressent ce qui se passe. Cette personne ressent le plaisir ou le déplaisir de son prochain sans qu’il ait parlé. Cette personne peut comprendre s’il y a un sourire extérieur ou un cri à l’intérieur ; elle l’entend. Et cette personne comprend s’il y a des larmes à l’extérieur et rien à l’intérieur.
Vous pouvez demander : « Est-ce que cette faculté doit être cultivée et, si elle doit l’être, de quelle manière ? » Je répondrai qu’une personne compatissante qui a emprunté un chemin spirituel progressera naturellement et cette faculté se développera. Mais avant de vouloir développer cette faculté, le plus nécessaire est que sa propre vie soit devenue juste. C’est la sincérité, l’honnêteté, le bien vivre, une pensée plus calme qui préparent l’homme à la voix qui vient du dedans. Mais avec toute sa bonté, chaque personne n’est pas encline à la spiritualité. Chaque personne ne concentre pas son esprit vers cet idéal nécessaire. Elle restera immobile, pour ainsi dire, bloquée, non ouverte pour recevoir et entendre la voix.
L’intuition
L’étape suivant l’impression est l’intuition. L’intuition est un sentiment distinct. Ce n’est pas seulement le sentiment que quelque chose va se passer ainsi. Mais c’est le net sentiment que les choses doivent se produire de cette manière. Une personne intuitive ressent à distance si quelqu’un lui écrit une lettre, une personne intuitive pense à quelqu’un et le rencontre dans la rue ; elle avait pensé à lui. La personne intuitive pense que, peut-être, quand elle se mettra à table, on lui apportera du poisson, parce que l’intuition germait dans l’esprit du cuisinier et elle l’avait prévu.
Une personne intuitive devient capable de lire dans les pensées, ce qu’on appelle un clairvoyant. Mais de nos jours, il y a tant de clairvoyance. C’est devenu un commerce, il y a tellement de clairvoyants ! La chose la plus amusante est qu’il est devenu si banal de posséder la clairvoyance, que très souvent des amis vous demandent si vous avez un pouvoir de clairvoyance, si vous êtes un médium. C’est juste comme demander à une personne : « Avez-vous un stylo et du papier ? » Ni celui qui demande, ni celui qui répond ne prennent conscience à quel point le sujet est sacré et comment il devrait être traité. Il est amusant de voir combien de personnes de nos jours parlent si librement de ce pouvoir. S’ils savaient seulement que, quand il y a un tel pouvoir, il faut être modeste, se taire et baisser les yeux.
L’inspiration
Quand une personne se développe, elle fait l’expérience de ce qu’on appelle l’inspiration. Cela peut venir comme une inspiration pour peindre, comme une inspiration pour la musique, la poésie La différence entre l’inspiration et le travail de toute une vie réside dans le fait que, dans ce dernier cas, on a effectué le travail en réfléchissant beaucoup et que dans le cas de l’inspiration, cela vient facilement, il suffit de l’écrire et c’est là.
Ce qui vient par l’inspiration ne peut pas être corrigé. En voulant le parfaire ou le corriger, vous le corrompez au lieu de l’améliorer, car ce n’est pas une personne qui l’a fait. Cela lui a été donné, bien qu’une personne aux idées matérialistes ne soit pas prête à l’admettre. Mais demandez à n’importe quel musicien avec une certaine profondeur ou à un poète qui a vraiment écrit quelque chose et il vous dira que quand il a l’intention d’écrire, il ne le peut pas, mais vient un moment où c’est là, comme la pluie tombe d’en haut.
La révélation
Quand une âme se développe davantage, elle ne reçoit pas seulement l’inspiration, mais elle a ce qu’on appelle des visions. Tout ce qu’elle doit créer, tout ce qu’elle produit sous forme de musique ou de poésie lui est donné clairement. Il y a des visions que l’on a pendant que, endormi, on se trouve dans une sorte de demi-sommeil. Et il y a des visions que l’on a même quand on est bien éveillé.
Quand cette faculté intuitive se développe pleinement, elle devient comme le faisceau lumineux d’un projecteur. Ce faisceau est dirigé vers un corps et non seulement le montre à l’homme, mais a le pouvoir d’ouvrir ce corps afin que l’homme en voie le secret. C’est ce qu’on appelle la révélation.
L’intuition, l’inspiration et la révélation sont des degrés de développement de tout ce pouvoir.
Vous pouvez demander d’où vient ce pouvoir. La réponse est que l’esprit divin est caché dans le cœur de l’homme et que plus le cœur est ouvert, plus l’esprit divin trouve la possibilité de s’élever jusqu’à sa plénitude. Les grands prophètes, les saints et les sages, qui ont apporté la sagesse au monde, ne l’ont pas obtenue grâce aux ressources intellectuelles, mais par la voix intérieure.
La voix qui vient constamment du dedans
Toute la tragédie de l’humanité d’aujourd’hui est due à l’absence de voix intérieure, et la cause en est que l’âme semble être ensevelie sous la matière. Une personne au cœur vivant va chercher à la lumière d’une torche quelqu’un qui puisse comprendre ce qu’elle dit. Quand une personne parmi des milliers parvient à une certaine compréhension, à une meilleure conception de la vie, la première chose dont elle a envie, c’est de s’enfuir de la foule et de ne plus jamais y revenir. Pour les ignorants, peut-être que la vie ici est une joie, mais pour une personne qui comprend, une personne qui a de la sagesse, c’est la plus grande tragédie à vivre.
Au moment où les conditions sont les pires, le message Soufi vient aux êtres humains comme une réponse au cri de l’humanité. Son thème principal est d’éveiller dans l’humanité l’idée du Divin de l’âme humaine. La religion que ce message apporte est de tolérer les croyances des autres, et la morale ou la règle ou la doctrine que le mouvement Soufi a apporté au monde, consiste à considérer que l’ensemble des voix intérieures est Une. Comme le bonheur du corps dépend de la santé des organes, le bonheur du monde dépend du bonheur de toutes les nations.
Montreux, le 23 novembre 1922
Publié dans Psychologie – L’aire du mental – L’aire du mental de l’homme – cahier n°4 – chapitre 8 – 4
