
C’est très souvent l’attitude mentale qui produit le bien et le mal ; de même, c’est l’attitude mentale qui attire des amis ou donne une l’influence répulsive ; c’est aussi l’attitude mentale qui amène le bonheur ou le malheur.
Il est vrai qu’il y a l’influence du moment. Il y a une certaine phase dans notre vie qui influe pour le bon ou le mauvais, pour l’élévation ou l’abaissement, pour le bonheur ou le malheur. Pourtant c’est notre attitude qui ou bien contrôle, ou bien est contrôlée par cette influence. Si notre attitude est contrôlée par elle, alors la situation à ce moment-là nous domine. Mais si notre attitude est sous contrôle, alors il y a des chances de dominer la situation.
Il y a une phrase en Hindi :
« Quand ton attitude est bonne, la vie devient facile ».
Bien souvent nos échecs, nos chagrins et nos désaccords avec des amis proviennent d’une mauvaise attitude. Quand quelqu’un commence une entreprise, plein d’incertitude à son sujet. S’il ne pense pas à son succès, ou s’il se demande si son entreprise réussira ou non. S’il se demande si ses partenaires en affaires agiront bien ou non. Alors, dans cette situation son attitude créera tout ce qu’il imagine. Ses partenaires seront déloyaux, lui feront du tort, et la situation suivra l’attitude parce que l’attitude est le courant qui façonne la situation. Par conséquent, aussi prometteur que soit un commerce, un travail, si l’attitude n’est pas juste, les choses iront mal, elles ne pourront pas aller bien. C’est une influence cachée, et cependant une influence très puissante dans toutes les circonstances de la vie.
L’attitude envers des amis
Il en est de même de notre attitude envers des amis. Que vous pensiez : « Cet ami se montrera bon, aimable, fiable et constant », ou : « Cet ami changera, je doute de pouvoir le conserver, je sens que cet ami me trompera un jour, je pense qu’il me décevra un jour ». Eh bien, dans chaque cas vous créez cela, vous l’inspirez à l’ami, et l’ami, sans le savoir, agira conformément à ce qu’était votre attitude. Je dirai à nouveau le dicton hindi : « Quand ton attitude est bonne, la vie devient facile ». En chaque entreprise, en tout ce que vous souhaitez faire, le plus nécessaire est l’attitude.
L’attitude envers la vie
En plus de l’attitude envers le bien et le mal, si une personne pense : « Tout ce que je touche, tout ce que je fais où que je regarde, tout cela est faux », certainement c’est faux, il n’y a aucun doute à cela. C’est son attitude qui est fausse, et par conséquent tout ce qu’elle fait est faux. C’est comme prendre une lanterne rouge, et projeter sa lumière sur toutes choses. Chaque objet venant dans cette lumière apparaîtra rouge. On sera effrayé et on verra le danger partout. Mais le danger est dans la main de la personne : c’est la lanterne rouge.
Il arrive qu’une personne se mette dans une attitude fausse par humilité. En se corrigeant soi-même on arrive à se corriger trop, et ensuite on se considère comme mauvais. Avec chaque mouvement qu’elle fait une telle personne pense : « J’ai fait quelque chose de mal, quelque chose de dangereux. Quelle action terrible j’ai commise ! ». Elle n’a commis qu’une petite erreur, c’est tout.
Cela résulte cependant dans un grand danger : quand les gens ne progressent pas, c’est souvent à cause de leur attitude envers la vie. Ils sont leurs propres ennemis et ils sont eux-mêmes un obstacle à leur progrès. Ils peuvent penser que c’est pour telle ou telle raison, le manque d’argent, le manque d’amitié des amis, le manque de relations, mille choses. Et ils peuvent dire : « Les planètes me sont contraires ». Mais ce qui leur est le plus contraire est eux-mêmes ; ils ne peuvent progresser. Quand on a analysé et compris sa propre attitude, et quand on s’est contrôlé de telle sorte qu’on est capable de prendre quelque attitude que l’on désire, alors l’influence latente dans l’homme commence à se manifester.
Le don d’influence
Il y a trois dons de Dieu qui sont accordés à certains en ce monde et ces dons sont plus grands que les joyaux, les pierres précieuses, la fortune, ou quoi que ce soit d’autre au monde, et rien ne peut les acheter. On peut être né avec eux et pourtant ne pas le savoir. L’un de ces dons est l’influence qui fait progresser, un autre est l’influence qui attire et le troisième de ces dons est l’influence qui rend faciles les situations difficiles.
Le progrès
Concernant le premier don, rien au monde ne peut retenir une âme qui a le don du progrès, en d’autres termes le don de croissance, de prospérer. Il y a l’histoire bien connue d’un homme pauvre qui faisait profession de vendre des bouteilles vides à Bombay. Il alla trouver un marchand et demanda un certain salaire pour faire ce travail pour lui. Et du jour où le marchand l’engagea, celui-ci prospéra régulièrement.
De sorte qu’un jour, ce marchand se dit : « Je travaille depuis vingt ans dans cette boutique et c’est seulement depuis que ce jeune homme est arrivé que la prospérité est venue ». Il n’en dit rien au jeune homme, mais il pensa : « Maintenant attendons ce qui va se passer ». Il arriva par la suite qu’il associa ce jeune homme à son affaire. Et à partir de ce moment, les choses commencèrent à prospérer cent fois plus. Six mois plus tard, il s’étendait et progressait de toutes manières. A la fin, comme il n’avait pas d’enfants, il donna son affaire au jeune homme qui, avec le temps, devint l’homme le plus riche de la contrée.
Je ne veux pas dire qu’il s’agisse là d’une influence spirituelle et pourtant c’est l’influence de l’esprit, il n’y a aucun doute à ce sujet. Ce ne peut être une influence matérielle ; une influence n’est jamais matérielle. Une influence qui travaille du dedans et qui travaille vers la perfection, quelle qu’en soit la forme, est une influence extraordinaire. Et il y en a qui sont nés avec cette influence. Qu’ils agissent seuls ou avec quelqu’un d’autre, quoi qu’ils fassent, il y aura progrès, on n’y peut rien, quoi qu’ils touchent, cela fleurira.
L’attraction
Le second don de Dieu est une influence d’attraction. Cette influence est telle, que celui qui l’a ne sera jamais dépourvu d’amis. S’il abandonnait l’humanité entière et s’en allait vivre parmi les lions, les tigres, les ours et les rhinocéros, ceux-ci deviendraient ses amis. Qu’il aille parmi les gens bien éduqués, parmi les illettrés, les sages ou les insensés, où que cet individu puisse aller, il attirera des amis. Il ne sera jamais seul dans la richesse, la pauvreté, la santé, la maladie. En tous temps, il attirera les amis de tous côtés. Cet individu est né avec ce don. D’autres personnes pourront peut-être avoir trois, ou quatre, ou cinq ou six relations ou amis, mais quand quelqu’un possède cette influence, tout homme est son ami.
Non seulement les êtres humains, mais même les animaux comme les chats, les chiens, les loups et les renards viendront tous à lui. Bien souvent, des derviches sans un sou, errant de-ci, de-là, possèdent cette influence : s’ils s’assoient à un endroit dans le désert, dans une forêt ou quelque part dans la campagne, les gens sont attirés vers eux. Peut-être au début, après six mois ou un an, ou deux ans, ce seront seulement les animaux de l’endroit qui connaîtront un tel homme, seulement les oiseaux qui le reconnaîtront. Mais ensuite viendra le temps où les êtres humains commenceront à arriver et où eux aussi seront attirés.
Les gens disent parfois qu’un certain endroit est attirant à cause de sa belle nature, de ses montagnes superbes, des rivières, des rivages marins, des forêts magnifiques. Mais l’homme possède une influence plus grande que tous ces lieux.
L’attraction du Prophète
Le Prophète Mohammed est né à La Mecque, un endroit du Hedjaz sans intérêt particulier. Il n’y avait là aucune industrie, il n’y avait pas de mines d’or, ni de charbon, ni de pétrole. Même la nature n’était pas belle. Il n’y avait rien à retirer de ce pays : ni art, ni science, ni littérature. Il n’y avait rien, il y avait seulement une âme qui était intéressante, une âme qui était un aimant et qui attira les gens du monde entier. Et une fois que le Prophète fut passé de ce monde, même le tombeau du Prophète eut cette attraction. Elle attira des millions de gens. Durant sa vie, des milliers furent attirés et après sa mort des millions, à ce même endroit tout à fait dépourvu d’intérêt.
L’homme de la situation
Et puis il y a une troisième sorte d’influence. Grâce à cette influence, aussi difficile que soit une situation, quand une certaine personne s’en occupe, elle devient facile. Par exemple, il peut y avoir une grève de milliers de mineurs et d’ouvriers et après que chacun ait essayé de parvenir à la paix sans succès, un homme survient qui a quelque peu de cette influence qui lui a été donnée par Dieu. Cela n’a rien à faire avec l’intellect, ni avec les connaissances, ni avec la psychologie, mais grâce à cette influence, il va au milieu d’eux et arrange les choses.
Quand il y a une contestation entre nations, et qu’une personne possédant cette influence survient pendant ou après la guerre, par le simple fait qu’elle est là et s’occupe de la situation, cette personne rendra les choses plus faciles. Si l’on voulait développer cette influence on ne pourrait pas. C’est le don de Dieu. On dit d’un homme qui la possède qu’il est « l’homme de la situation ». Cet homme peut être dans la politique, dans l’industrie ou dans les affaires, peu importe dans quel domaine d’activité : l’influence est là. Mais il est certain que l’un de ces grands dons peut appartenir à un individu et pourtant si son attitude n’est pas bonne ce don demeurera comme une lanterne qui ne brûle que faiblement. Elle pourrait brûler beaucoup mieux si l’attitude était bonne.
L’attitude juste
Il y a bien des exemples de gens qui sont nés avec une telle influence. Le don est là, visible pour tous, et pourtant ils ne l’utilisent jamais, ils ne savent pas qu’ils le possèdent. La raison peut en être aussi que leur attitude est mauvaise. Quelqu’un peut avoir les plus grandes possibilités de progresser dans la vie et de prospérer et pourtant, en dépit de cela, et malgré le fait qu’il y ait tout le pouvoir voulu pour rendre les choses faciles pour lui-même, il peut échouer à cause de son attitude fausse.
On pourrait s’interroger sur ce qu’on appelle la bonne attitude et comment on peut l’acquérir. On peut acquérir la bonne attitude par la pensée juste et en gardant son mental sur ce qui est juste et vrai. Le mal attire toujours le mal et le bien attire toujours le bien. Qu’est-ce qui est bien et qu’est-ce qui est mal ? Ce que vous estimez être le bien à ce moment est le bien pour vous. Et ce que vous estimez être le mal à ce moment-là est le mal pour vous. Cela ne signifie pas que ce qu’une autre personne dit être le mal soit le mal pour vous, ni que ce qu’une autre personne dit être le bien soit le bien pour vous. L’important est ce que vous pensez vous-même sur le moment.
L’impulsion divine
Ne croyez pas un seul instant que ceux qui font le mal croient que c’est bien. Ce n’est pas vrai. Ils ne le croient pas. Ils savent que c’est mal et pourtant ils le font, par faiblesse, manque de pouvoir ou manque de discernement et ils n’ont pas l’esprit clair. Il n’est pas vrai qu’il y a beaucoup de gens qui font le mal en pensant que c’est bien. Ce n’est pas le cas. Ils pensent que c’est mal. Mais celui qui pense : « ceci est bien », c’est le bien pour lui. Peut-être que demain il pensera que ce qu’il croyait être le bien, est mal. Alors demain ce sera mal, mais c’est bien aujourd’hui.
Tout ce que l’on dit, fait et pense vient d’une impulsion dont une extrémité et dans notre propre mental et l’autre extrémité est dans le mental de Dieu. Par conséquent, quoi qu’en pensent les gens, qu’ils pensent que ce soit bien ou mal, une extrémité de chaque impulsion se trouve dans le cœur de Dieu. C’est l’étincelle dans le cœur de Dieu qui se manifeste en premier, ensuite elle se manifeste en-dehors.
Le point de vue divin
On pourrait dire : « Dieu ne peut pas mal guider une personne, parce que Dieu est bon, juste et parfait ». La justice et la bonté et la perfection de Dieu ne peuvent être comparées avec ce que nous considérons comme juste, bon et bien. Il se peut que la justice de Dieu, et ce qui est considéré comme bon et parfait par Dieu soit jugé imparfait et injuste par l’homme. Parce que l’horizon de sa vision est très étroit il ne peut imaginer ce que Dieu a l’intention de faire par chaque action qui se produit. Dans le Coran il est dit qu’il n’y a pas un atome qui se meuve sans le commandement de Dieu.
On pourrait alors dire : « Qu’en est-il des choses parfaites et imparfaites, des choses mauvaises et des choses bonnes ? » Toutes choses sont mauvaises ou bonnes, parfaites ou imparfaites selon notre propre point de vue. Mais notre point de vue est un étroit et petit point de vue, un petit point de vue très limité. Nous voyons et nous entendons d’après nos yeux et nos oreilles. Nos oreilles ne peuvent entendre plus qu’elles ne le peuvent, nos yeux ne peuvent voir plus loin qu’ils ne le peuvent. Si de notre point de vue limité nous jugeons le bien et le mal de Dieu, c’est infiniment pitoyable.
Notre responsabilité
D’un autre côté nous ne pouvons prétendre que nous devrions laisser arriver toutes choses comme elles arrivent parce que tout arrive selon le juste point de vue de Dieu. En tant qu’individus, nous avons une certaine responsabilité envers nous-mêmes et envers les autres. Et puisque l’idée du juste et du bien nous est donnée, nous avons la responsabilité d’agir en accord avec cette idée. Il se peut que demain il puisse y avoir une plus grande lumière qui nous sera donnée de sorte que nous pourrons agir encore mieux. Et de cette façon, en agissant ainsi chaque jour, nous nous montrerons un meilleur instrument pour le travail de Dieu.
Suresnes, 4 juillet 1926
L’Alchimie du Bonheur – chapitre 6
Recueil de conférences – première édition en anglais 1923.
