Etapes dans le chemin de la réalisation du soi

Nous constatons que dans les paroles des philosophes, des sages, des penseurs et des prophètes, une grande importance est donnée à la réalisation de soi. Si je devais expliquer ce qu’est la réalisation du soi, je dirais que le premier pas sur le chemin vers la réalisation du soi est la réalisation de Dieu. Celui qui réalise Dieu, à la fin réalise le soi, mais celui qui réalise le moi ne réalise jamais Dieu.
Et c’est la difficulté aujourd’hui pour ceux qui cherchent intellectuellement la vérité spirituelle. Ils lisent beaucoup de livres sur l’occultisme, l’ésotérisme et le mysticisme, et ce qu’ils y trouvent met principalement l’accent sur la réalisation du soi. De sorte qu’ils pensent que ce qu’ils doivent faire est d’arriver à cette réalisation du soi, et ils imaginent qu’il est tout aussi bien d’omettre Dieu. En réalité, Dieu est la clé de la perfection spirituelle. Dieu est le marchepied vers la réalisation spirituelle. Dieu est la voie qui cache la connaissance de l’être entier, et si Dieu est omis, alors rien n’est atteint.
La mauvaise méthode, qui a cours aujourd’hui dans bien des soi-disant cultes, amène souvent un échec, lorsqu’on apprend au débutant dans le chemin spirituel à dire : « Je suis Dieu » – une phrase irréfléchie, des paroles d’insolence, une idée sans fondement, qui ne le mènent nulle part sinon à l’ignorance. Les prophètes et les penseurs, les sages, ont enseigné à ceux qui les suivaient l’idéal de Dieu. Cela avait un sens, un but. Aujourd’hui, les gens ne le comprennent pas et, anxieux de trouver un raccourci pour parvenir à cette réalisation, ils veulent omettre la chose principale.
L’idéal de Dieu
Un homme vint un jour voir un sage chinois et lui dit : « Je voudrais connaître un peu des lois occultes. Voudriez-vous m’enseigner ? » Le sage répondit : « Vous venez me demander de vous enseigner quelque chose ? Nous avons tellement de vos missionnaires en Chine qui viennent nous enseigner ». L’homme dit : « Nous connaissons Dieu, mais je suis venu vous interroger sur les lois occultes ». Le sage répondit : « Si vous connaissez quelque chose de Dieu, vous n’avez pas besoin de savoir quelque chose de plus. Dieu est tout ce qui est à connaître. Si vous Le connaissez, vous connaissez tout ».
Dans ce monde de mercantilisme il y a une tendance, une tendance inconsciente, même chez des gens qui se font les promoteurs de la vérité spirituelle, à flatter le goût des gens. Peut-être à cause d’un instinct commercial, ou bien par désir de succès, ils ont tendance à céder à ce que les gens veulent. Si les gens paraissent fatigués de l’idéal de Dieu, ils voudront leur donner l’occultisme, ils voudront appeler cela mysticisme, et feront un faux semblant de n’importe quoi, peut-être parce que l’idéal de Dieu semble trop simple.
Et comme aujourd’hui il y a une mode, et que l’idéal de Dieu est passé de mode, il appartient au passé. Pour établir une nouvelle mode, ils ruinent la méthode qui était la route royale construite par tous les sages et les penseurs de tous les âges, la route qui guidera sûrement un être jusqu’à la perfection. Il y a sécurité et succès sur ce chemin ; sur ce chemin il est en sûreté.
La conception de Dieu
Je veux maintenant discuter un point essentiel au sujet de Dieu. Il y a un homme de dévotion et de simple foi, de croyance religieuse, qui croit en Dieu qu’il appelle Juge, Créateur, Soutien, Protecteur, Maître du Jugement, Seigneur, Celui qui pardonne, et ainsi de suite. Et il y en a un autre, un intellectuel ayant étudié la philosophie, qui dit : « Dieu est tout et tout est Dieu. Dieu est abstrait et c’est l’abstrait qui est Dieu ». Or il est de fait que l’un a un Dieu, même si ce Dieu est celui de son imagination, et l’autre n’en a aucun. Il a l’abstrait, il l’appelle Dieu, parce que d’autres disent « Dieu », mais mentalement il n’a que l’abstrait.
Par exemple quand vous dites « l’espace », il n’y a aucune personnalité qui lui soit attachée, aucune intelligence qui lui soit reconnue, aucune forme, aucune individualité ou personnalité distincte. C’est la même chose en ce qui concerne le temps. Quand vous parlez du temps, vous n’imaginez pas le temps comme étant un homme ou le Seigneur. Vous dites que c’est le temps, ce qui veut dire une conception que vous avez faite pour votre convenance. Un homme qui dit que l’abstrait est Dieu n’a aucun Dieu, il a l’abstrait. Qu’est-ce ? C’est la même chose que l’espace ou le temps.
La voie de Dieu
Je ne veux pas dire par là que l’un ou l’autre soit dans le vrai. Je vous explique que d’un point de vue mental l’un possède un Dieu, même si c’est dans son imagination. Mais que l’autre n’en a pas. Il peut l’admettre ou non, mais aussitôt qu’il identifie Dieu avec l’abstrait il a l’abstrait. Si nous en venons à la question de savoir qui a raison, je répondrai : « Tous deux ont raison et tous deux ont tort ». L’un est au commencement et l’autre est à la fin. Celui qui commence par la fin finira au commencement, et celui qui commence par le commencement finira par la fin.
Nous pourrions penser : « Pourquoi dans cette courte vie devrions-nous créer une sorte d’illusion ? Pourquoi devrions-nous arriver à la vérité à la fin, pourquoi ne pas commencer par elle, alors que chacun est pressé de trouver la vérité absolue dès maintenant ? » Mais si la vérité était telle qu’on puisse l’exprimer en paroles, j’aurais été la première personne à vous la donner maintenant. Mais la vérité est quelque chose que l’on doit découvrir. Vous devez vous préparer vous-mêmes à la réaliser, et c’est cette préparation qu’on appelle religion ou occultisme ou mysticisme. Quel que soit le nom que vous lui donniez, c’est cette préparation : vous vous préparez par une voie ou par une autre pour réaliser la vérité à la fin. Et la meilleure voie que tous les penseurs et les sages aient adoptée, est la voie de Dieu.
La croyance en Dieu
La question suivante est la croyance en Dieu. Il y a quatre stades dans la croyance en Dieu. Chaque stade est aussi important et essentiel que l’autre, et si l’on ne procède pas stade après stade, évoluant graduellement vers la réalisation de Dieu, on n’arrivera à rien.
On doit se souvenir que la croyance est un barreau sur une échelle. La croyance est le moyen et non pas la fin ; ce n’est pas à une croyance que nous arrivons. Si le pied d’un homme est cloué à l’échelle, cela ne répond pas au but. Le but est qu’il doit mettre le pied sur l’échelle et grimper. S’il reste sur l’échelle il fait échouer la tentative pour laquelle il voyage sur le chemin spirituel. Par conséquent, ceux qui croient en un credo particulier, en une religion, en Dieu, en l’au-delà, en l’âme, en un certain dogme, sont sans aucun doute bénis par leur croyance et pensent qu’ils possèdent quelque chose, mais s’ils en restent là, il n’y a pas de progrès.
Si une croyance religieuse était la seule chose nécessaire, alors des milliers et des millions de gens aujourd’hui dans le monde qui ont une certaine croyance religieuse pourraient être des gens extrêmement avancés. Mais ils ne le sont pas. Ils vont année après année, croyant quelque chose que les gens ont peut-être cru depuis de nombreuses générations, et ils la perpétuent et en restent là comme l’homme qui reste sur un barreau d’échelle, un endroit qui n’est pas fait pour y rester, mais pour avancer. Cet homme est resté là et n’est arrivé à rien.
La croyance des masses
La première des croyances est la croyance des masses. Si une personne dit : « Il y a un Dieu », alors tout le monde répète : « Oui, il y a un Dieu », parce que les autres le disent. Si une personne est religieuse, alors chacun dit : « Oui, nous aussi nous allons avec lui ». Vous pourriez penser qu’aujourd’hui, au stade de civilisation où nous sommes, les gens sont trop avancés par avoir une croyance de masse, mais ce serait une grave erreur.
Les gens sont les mêmes aujourd’hui qu’ils étaient mille ans auparavant, ou peut-être pires lorsqu’on en vient aux questions spirituelles. Quand on appelle quelqu’un : « L’homme du jour » dans une nation, un jour la nation entière a une opinion favorable de lui et est pour lui. Des milliers et des millions l’élèvent, le portent aux nues ; et pour combien de temps ? Jusqu’à ce qu’une personne puissante dise : « Non, ce n’est pas ainsi ». Alors le pays entier le jette à bas.
La force de l’impulsion
Juste avant la guerre j’ai visité la Russie. Dans chaque boutique il y avait un portrait du Tzar et de la Tsarine. On les avait en grande estime ; ils étaient sacrés pour le peuple. L’empereur était le chef de l’Eglise et il y avait un idéal religieux qui lui était attaché. Les gens étaient remplis de joie quand ils voyaient passer le Tzar et la Tzarine dans la rue. C’était un sentiment d’élévation religieuse pour eux.
Mais peu de temps après j’entendis qu’ils faisaient des processions où, à chaque pas, ils tapaient sur la couronne à coups de marteau. Cela n’avait pas pris un moment pour changer leur croyance. Pourquoi ? Parce que c’était une croyance de masse. C’est une croyance très puissante. Elle change les nations ; elle les jette à bas et elle les élève ; elle amène les guerres. Mais qu’est-elle après tout ? Une croyance folle. Et pourtant personne ne l’admettra. Si vous demandez à un individu, il répondra : « Je ne suis pas l’un d’entre eux ». Pourtant tous bougent ensemble quand vient une impulsion pour le bien ou pour le mal.
La croyance en une autorité
Et puis il y a un second pas vers la croyance, et c’est la croyance en une autorité. Les gens croient en un chef. Ils disent : « Je ne croirai pas en un homme ordinaire, en mon voisin ou en mon collègue, je crois en cet homme en qui j’ai confiance ». Cette croyance est un pas plus loin, parce que c’est une croyance en quelqu’un en qui l’on a confiance. Quand une personne dit : « Je suis chrétienne » elle a une croyance en Jésus-Christ et en ses enseignements. C’est une croyance en quelqu’un, non pas en n’importe qui, mais en celui auquel elle croit. La croyance en l’autorité est le second pas vers la croyance.
On pourrait dire : « Nous ne nous soucions même pas de l’autorité aujourd’hui », mais ce n’est pas vrai. Chacun accepte une découverte faite par un savant avant même de se renseigner sur elle. Quand quelqu’un s’avance et dit : « J’ai découvert quelque chose » tout le monde l’accepte. Peut-être qu’un autre scientifique montrera quelque chose d’autre à quoi croire, mais celui qui parle avec autorité est cru par la multitude.
La croyance de la raison
Puis vient un troisième stade de la croyance, un stade plus avancé, et cette croyance rend un homme plus grand. C’est la croyance de la raison. On ne croit pas en l’autorité ni en ce que tous les autres croient, mais on y a appliqué la raison, on voit sa raison. Cette croyance est encore plus puissante, car pour les croyances que j’ai déjà expliquées, on ne peut pas donner de preuve : il y a seulement un savant qui dit : « C’est comme ceci et comme cela », ou beaucoup de gens qui disent la même chose. Mais dans ce cas on peut se lever et dire : « Oui, j’ai appliqué le raisonnement à ce sujet ».
Pourtant cela a tout de même ses limites, puisque la raison est l’esclave du mental et que la raison est changeante comme le temps qu’il fait. Cette raison obéit à vos impulsions. Si vous avez une impulsion à insulter une personne ou à vous battre à coups de poings avec elle, vous pourrez avancer diverses raisons pour cela. Peut-être qu’ensuite il y aura des raisons contraires, mais au moment où vous avez l’impulsion, bonne ou mauvaise, il y a toujours une raison pour cela.
Pensez-vous que des criminels aient commis des délits sans avoir une raison ? Non, ils ont une raison. Elle ne s’accorde peut-être pas avec la loi, elle ne satisfait pas la société, mais si vous la leur demandez, ils ont une raison. Ainsi, la raison que vous avez aujourd’hui, vous pourrez peut-être en changer la semaine prochaine. Néanmoins cette troisième sorte de raison permet à quelqu’un de se tenir sur ses pieds, pour le moment sinon pour toujours, et donne un plus grand pouvoir pour défendre la croyance qu’on a.
La croyance de conviction
Et puis il y a une quatrième croyance. Cette croyance est une croyance de conviction qui est au-dessus de la raison.
Il y a un sens de conviction chez l’homme qui n’est pas découvert pendant quelque temps dans la vie. Mais il vient un moment où on le découvre et c’est un moment béni. Alors il vient une idée qu’aucune raison ne peut vaincre, un sentiment qui n’est pas un sentiment passager mais une conviction. Aussi élevée que soit l’idée, il semble que vous en soyez le témoin oculaire. Vous êtes aussi fort, aussi puissant qu’une personne qui l’aurait vue de ses propres yeux. Quelque chose en vous dit : « Oui, je l’ai vue ». Vous pouvez être convaincu d’idées si subtiles qu’elles ne peuvent même pas être exprimées en paroles, et vous en êtes davantage convaincu que si vous les aviez vues de vos propres yeux. C’est cette croyance qui est appelée par les Soufis et les mystiques persans iman, qui veut dire conviction.
Iman
Je me souviens de l’exemple de mon maître spirituel, mon Murshid, qui me donnait une bénédiction chaque fois que je me séparais de lui. Cette bénédiction était : « Que ton iman s’affermisse ». A cette époque je n’avais pas pensé à ce terme iman qui en Orient signifie croyance ou foi. Au contraire je pensais comme un jeune homme : « Est-ce que ma foi est si faible que mon maître veuille qu’elle soit forte ? » J’aurais préféré qu’il ait dit : « Puisse-tu être illuminé », ou : « Puisse-tu avoir de grands pouvoirs », ou : « Que ton influence s’étende », ou : « Puisse-tu t’élever de plus en plus haut ». Alors qu’est-ce que cela signifiait ? Je ne critiquais pas, mais je réfléchissais encore et encore sur le sujet.
A la fin, je me rendis compte qu’aucune bénédiction n’a plus de valeur ni plus d’importance que celle-ci, car toute bénédiction est attachée à la conviction. Là où la conviction est absente il n’y a rien. Le secret de la guérison, le mystère de l’évolution, le pouvoir de toute entreprise et la voie de la réalisation spirituelle, tout vient du renforcement de cette croyance qui est conviction, que rien ne peut jamais changer.
La question de Dieu
Nous en revenons maintenant à la question de Dieu. C’est la première et la plus importante question que nous devons clarifier dans notre esprit avant d’avancer d’un pas plus loin dans le progrès spirituel. Cependant, je doit dire qu’analyser Dieu est détrôner Dieu. Moins on en dit sur ce sujet mieux cela vaut, mais en même temps les chercheurs de vérité qui désirent fouler le sentier spirituel les yeux ouverts et dont l’intellect a faim de connaissance, doivent tout de même en connaître quelque chose.
Moïse et le berger
Il y a une histoire des Hébreux selon laquelle Moïse marchait sur le bord d’une rivière lorsqu’il vit un jeune berger qui se parlait à lui-même. Moïse en fut intéressé et s’arrêta pour entendre. Le garçon disait : « O Dieu, j’ai tant entendu parler de Toi. Tu es si beau, Tu es si attirant, Tu es si adorable ! Si seulement Tu venais à moi je T’habillerais avec mon manteau, je Te garderais nuit et jour, je Te protégerais des bêtes féroces de la forêt et je Te baignerais dans la rivière, et je T’apporterais toutes les bonnes choses, du lait et du petit-lait, je T’apporterais un pain spécial et je T’aimerais tant. Je ne laisserais personne jeter un regard sur Toi. Et je serais tout le temps près de Toi. Je T’aime tant. Si seulement je pouvais Te voir une fois, Dieu, je donnerais tout ce que j’ai ».
Moïse cria : « Qu’est-ce que tu dis ? » Le garçon regarda Moïse, il trembla et eut peur : « Est-ce que j’ai dit quelque chose de mal ? » – demanda-t-il. Moïse dit : « Dieu, le Protecteur de tous les êtres, tu penses à Le protéger, à lui donner du pain ? Il donne du pain à l’univers entier. Tu dis que tu voudrais Le baigner dans la rivière ? Il est plus pur que toutes les choses pures. Et comment peux-tu dire que tu Le garderais, Lui qui garde tous les êtres ? » Le garçon trembla. Il pensa : « Quelle chose terrible j’ai faite – quels péchés ! » Il sembla perdu.
Une conception individuelle
Comme Moïse avançait de quelques pas, il vint une voix : « Moïse, qu’est-ce que tu as fait ? Nous t’avons envoyé pour ramener Nos amis à Nous et maintenant tu en as séparé un de Nous. Peu importe la manière dont il pensait à Nous, c’est tout de même à Nous qu’il pensait. Tu aurais dû le laisser penser à Nous de la manière qui était la sienne, tu n’aurais pas dû intervenir ».
Chacun a sa propre imagination en ce qui concerne Dieu. Il vaut mieux laisser chacun à sa propre imagination. Dans notre vie courante nous détestons quelqu’un et ce même quelqu’un est aimé par un autre. Nous critiquons quelqu’un et il a la louange d’un autre. S’il en est ainsi, la conception de chacun au sujet de chacun est différente. La même personne est considérée comme une sainte par l’un et comme Satan par une autre. Si cela est vrai alors le Dieu que nous connaissons ou pouvons connaître n’est rien que notre conception, une image que nous avons faite de Dieu pour nous-mêmes, pour notre convenance.
C’est la plus grande faute pour quiconque de s’ingérer dans la conception qu’un autre a de Dieu ou de penser qu’un autre devrait avoir la même conception de Dieu qu’il a lui-même. C’est impossible. Il y a tant d’artistes différents qui ont peint l’image du Christ, et chacune est différente. Et puisque nous permettons à chaque artiste d’avoir sa propre conception du Christ, nous devrions permettre à chaque personne d’avoir sa propre conception de Dieu.
Suivre le sentier
Par conséquent, nous n’avons aucune raison de blâmer les anciens Chinois, Grecs ou Hindous qui croyaient en de nombreux dieux. Des Dieux nombreux sont encore un nombre insuffisant. En réalité chacun a son propre Dieu. En outre, toutes ces conceptions différentes ne sont que des écrans sur un seul Dieu. Laissez-les appeler ce Dieu de n’importe quel nom, penser à Lui avec quelque imagination qu’ils aient. C’est après tout l’idéal le plus élevé, et l’idéal de chacun est aussi élevé que son imagination peut le faire.
Forcer quelqu’un à croire que Dieu est abstrait et sans forme et pur et que Dieu est sans nom, tout cela n’aide pas une personne à évoluer, parce que le premier pas sur le sentier de Dieu est de faire une conception de Dieu. C’est seulement pour aider ceux qui cherchent Dieu que les sages de toutes les époques ont parfois fait une statuette et l’ont appelée Dieu ou Déesse et ont dit : « Voici Dieu. Voici le sanctuaire, venez-y ». Et à celui pour qui ce n’était pas suffisant, ils ont dit : « Marche deux cents fois autour du sanctuaire avant d’y entrer, alors tu seras béni ». Quand il l’avait essayé, il ressentait naturellement une élévation parce qu’il avait marché dans le sentier de Dieu.
La réalisation de soi
Maintenant j’en arrive à l’idée de la réalisation de soi. Concernant la croyance en Dieu, vous pourriez demander si laisser chacun avoir son imagination ou son idéal particulier de Dieu lui permettra de progresser et d’arriver un jour à la réalisation du soi qui est la réalisation la plus élevée enseignée par tous les grands maîtres de l’humanité ? Je répondrai : oui.
Il y a trois degrés vers la perfection spirituelle. Ceux qui ignorent la possibilité de la perfection spirituelle se trompent grandement quand ils disent : « L’homme est imparfait, l’homme ne peut pas être parfait ». Ils se trompent pour la raison que dans l’homme, ils ont seulement vu l’homme. Ils n’ont pas vu Dieu dans l’homme. Le Christ a dit :
« Soyez parfaits, comme votre Père au Ciel est parfait ».
Cela montre que la perfection est possible. Il est aussi vrai que l’homme ne peut pas être parfait. Mais l’homme n’est pas seul en tant qu’homme ; en l’homme il y a aussi Dieu. Ainsi l’homme demeure imparfait, mais la partie qui est Dieu en lui, cherche la perfection. C’est pour cela que le monde a été créé. L’homme est ici sur la terre pour ce but unique : amener en lui cet esprit de Dieu afin de découvrir sa propre perfection.
Les étapes de la découverte
Maintenant j’expliquerai les trois degrés vers cette perfection. Le premier degré est de faire Dieu aussi grand et aussi parfait que votre imagination le peut. C’est afin d’aider l’homme à parfaire Dieu en lui-même que les maîtres ont donné diverses prières, des prières de Dieu, le nommant le Juge, Celui qui pardonne, le Seigneur de Compassion, Le Digne de Confiance, le Plus Beau, le Plus Aimant.
Le travail de l’imagination
Tous ces attributs sont nos conceptions limitées. Dieu est plus grand que quoi que nous puissions dire de Lui. Si nous formons toutes ces conceptions et si par nos imaginations nous rendons Dieu aussi grand que nous pouvons Le rendre, on doit comprendre qu’en rendant Dieu grand, Il ne peut pas devenir plus grand qu’Il n’est. Nous ne pouvons pas faire plaisir à Dieu en Le faisant grand. La seule chose que nous fassions est qu’en rendant Dieu grand, nous arrivons à une certaine grandeur. Notre vision s’élargit, notre esprit s’approfondit, notre idéal atteint plus haut, nous créons devant nous une plus grande vision, un plus vaste horizon pour notre propre expansion. C’est par conséquent par le moyen de la prière, de la louange, par la contemplation que nous essayons de rendre Dieu aussi grand que possible dans notre idée.
La vérité en cela est qu’une personne qui voit les bons aspects des autres et désire leur ajouter ce qui manque devient plus noble chaque jour. Imaginez cela : en faisant les autres nobles, en pensant du bien des autres, elle devient plus noble et meilleure que ceux dont elle pense du bien. Et celle qui pense du mal des autres, avec le temps devient méchante, parce qu’elle recouvre le bien en elle et que la vision du mal se produit. Par conséquent, le premier stade et le premier devoir de tout chercheur de la vérité est de rendre Dieu aussi grand que possible pour son propre bien, parce qu’il fait un idéal au-dedans de lui, il le construit au-dedans de lui, ce qui le rendra grand.
Le travail du cœur
Le second degré est le travail du cœur ; le premier était celui de la tête. Rendre Dieu grand intellectuellement grâce à la pensée et à l’imagination est un travail de peintre. Dans le travail du cœur c’est notre amour qui forme cet idéal. Dans notre vie de tous les jours nous voyons le phénomène de l’amour. La première leçon que l’amour nous apprend est : « Je ne suis pas ».
La première chose à laquelle penser est de vous effacer vous-même de votre mental et de penser à celui que vous aimez. Aussi longtemps que vous n’arriverez pas à cette idée, l’amour sera un mot qui restera dans le dictionnaire. Il y a beaucoup de gens qui parlent de l’amour, mais peu le connaissent. L’amour est-il un passe-temps, un amusement, un drame, une pièce de théâtre ? La première leçon de l’amour est le sacrifice, le service, l’effacement de soi.
La jeune fille et le mollah
Il y a une petite histoire d’une fille de la campagne qui était passée par un champ où un musulman faisait ses prières. La loi voulait que personne ne doive passer par un tel endroit. Après quelque temps la jeune fille revint par le même chemin, et l’homme dit : « Jeune fille, quelle chose terrible tu as faite aujourd’hui ! ». Elle fut stupéfaite et demanda : « Qu’est-ce que j’ai fait ? » – « Tu es passée par ici – dit-il – C’est un grand péché : j’étais en train de prier ». Elle demanda : »Je voudrais savoir ce que vous faisiez ? » Il répondit : « Je priais, je pensais à Dieu » – « Pensiez-vous à Dieu ? J’allais voir mon amoureux, et je ne vous ai pas vu. Comment avez-vous pu me voir alors que vous pensiez à Dieu ? »
Fermer les yeux pour prier est une chose, et créer l’amour de Dieu est une autre chose. C’est le second degré dans la réalisation spirituelle, où dans la pensée de Dieu vous commencez à vous perdre vous-même, de la même manière que l’amoureux perd l’idée du moi dans la pensée de sa bien-aimée.
L’aimé devient le moi
Et le troisième degré est encore différent. Dans le troisième degré l’aimé devient le moi, et le moi n’est plus là, parce que le moi tel que nous pensons qu’il est ne reste pas plus avant. Le moi devient ce qu’il est réellement. C’est cette réalisation qu’on appelle réalisation du soi.
Chicago, 29 avril 1926
L’Alchimie du Bonheur – chapitre 25
Recueil de conférences – première édition en anglais 1923.
