Le contrôle du mental

Pour parler du mental et de la manière de le protéger des pensées gênantes grâce au pouvoir de la concentration et du sentiment, j’aimerais d’abord expliquer ce que je veux dire par le mental. Il y a une grande confusion à ce sujet. Un esprit matérialiste dira que le mental est le cerveau et que le cerveau est le mental et ceux qui se réclament de la spiritualité ont leurs idées diverses concernant le mental. En réalité, le mental est à part du cerveau ; le mental est séparé et indépendant du cerveau.
La pensée est enregistrée par le mental dans le cerveau. L’action du mental est rendue claire par le cerveau. Néanmoins, le mental n’est pas limité ou restreint par le cerveau, bien que nous ayons l’habitude d’agir avec notre mental par l’intermédiaire du cerveau.
Le mental est la surface du cœur et le cœur est la profondeur du mental. Ainsi le mental et le cœur sont les deux noms d’une même chose. Si vous l’appelez mental sa profondeur est le cœur ; si vous l’appelez cœur, sa surface est le mental. Maintenant j’expliquerai les cinq qualités différentes du mental.
L’imagination et la pensée
La qualité première et principale du mental est la faculté de penser, et la pensée est de deux sortes : l’imagination et la pensée. Les gens souvent confondent ces deux mots quand ils disent : « J’imagine que…, je pense que… ». Ces deux choses sont distinctes et différentes. Une action automatique de la pensée est créatrice d’imagination, et quand le mental est dirigé par la volonté, il pense. L’imagination, donc, est un produit de l’action automatique du mental ; la pensée est un résultat de l’action intentionnelle de penser. Par conséquent, un penseur n’est pas imaginatif, et un imaginatif n’est pas penseur ; les deux ont leur place.
Quelqu’un qui est habitué à penser et qui n’est pas capable d’imagination est très loin de cette beauté qui est exprimée dans la poésie et dans la musique, lesquelles viennent de l’imagination. Quand on donne au mental libre cours pour faire ce qu’il souhaite, il danse pour ainsi dire, et de ses gestes il crée une image que l’on peut appeler art, poésie, musique. Sous quelque forme qu’il s’exprime il est beau. Par conséquent, derrière l’art, la musique et la poésie il y a l’imagination comme source et pouvoir qui les a créés.
L’équilibre nécessaire
Quand quelqu’un pense, c’est une autre action. A ce moment il contrôle son mental ou consciemment ou inconsciemment, et il le dirige selon sa propre volonté. Il devient raisonnable, exact et réfléchi. L’imaginatif et le penseur peuvent tous deux aller à l’extrême et peuvent échouer. Garder l’équilibre amène le résultat désiré. Un imaginatif peut devenir un rêveur et peut ne pas utiliser sa volonté pour penser. Et ainsi arrive-t-il bien souvent que des artistes, des poètes et des musiciens perdent leur équilibre. Ils n’ont plus d’esprit pratique, ils perdent leur bon sens. Cependant dans leur travail personnel ils se montrent merveilleux. On ne devrait pas être étonné si un merveilleux artiste, un grand poète ou un musicien splendide n’a aucun sens commun. Il n’a pas de sens commun parce qu’il n’a pas appris à penser. Il a pratiqué l’imagination, et il a ce que procure l’imagination.
Un penseur peut penser sans cesse et être rendu confus par ses propres pensées. L’autre jour cela m’amusa de voir dans un parc de San Francisco une copie du « Penseur » de Rodin. Dans son attitude et ses traits il y avait n’importe quoi sauf la pensée. Après mûre réflexion, on peut quand même l’appeler « penseur » parce qu’il pense très dur. Il y a beaucoup de penseurs qui pensent dur, grâce à quoi ils deviennent irréfléchis.
La mémoire
Une seconde qualité du mental est la mémoire. Le travail de la mémoire n’est pas créatif mais réceptif. Son travail est de prendre des impressions et de les rassembler.
Jusqu’au point où la science est arrivée, les scientifiques disent que les petits éléments du cerveau sont impressionnés par chaque impression qui parvient par les sens, et c’est cela qui est gardé dans le cerveau. Il n’en est pas ainsi, mais en même temps ce peut être une explication symbolique. Les scientifiques l’ont figuré tel que c’est dans le plan intérieur. Mais parce qu’ils n’admettent pas un plan intérieur ils veulent l’expliquer en termes physiques et font appel aux cellules du cerveau. C’est vrai en essence, mais ce n’est pas dans le cerveau, c’est dans le mental. Tout ce qui entre dans le cerveau a son effet sur chaque atome du corps. En ce sens il n’est pas faux de dire que le cerveau est impressionné par une certaine impression. Mais l’impression réelle se fait dans le mental.
Le mental est un magasin. Dans ce magasin la mémoire est un département d’où sort tout ce qui y est une fois entré : chaque expérience au cours de la vie, tout ce que les yeux ont vu, tout ce qu’on a perçu par l’odorat, tout ce qu’on a entendu ou goûté ou touché. Si nous allons un peu plus loin il y a même dans la mémoire des impressions qui n’appartiennent pas à la terre. Mais c’est un autre sujet.
Le contrôle du mental
Le troisième aspect du travail du mental est le contrôle du mental, le pouvoir de penser et de se concentrer. Cela se fait de deux manières, à l’aide de la mémoire et à l’aide du pouvoir d’engendrer la pensée. La concentration qui est faite grâce à la mémoire est une concentration négative ou passive. Cela demande peu d’effort de se concentrer grâce à la mémoire. Les Hindous enseignèrent cette concentration en plaçant l’image d’un certain dieu ou déesse devant l’homme et en lui disant de la regarder et puis de fermer les yeux et d’y penser. En regardant un certain objet il était reflété dans la mémoire. La mémoire le reflétait et cette réflexion était la concentration. C’est une sorte de concentration : prendre un objet du dehors et garder sa réflexion dans sa mémoire. C’est la concentration négative.
Et puis il y a la concentration positive. Cette concentration vient par l’action de penser, ce qui est créatif. Quand on pense à un arbre, à une plante ou à une fleur, le mental doit créer des atomes pour faire cette forme. C’est pourquoi elle est positive ; elle demande de la volonté, elle demande une plus grande action du mental pour qu’il se concentre sur un objet qu’il doit construire.
Le pouvoir de concentration
Quelques-uns ont un pouvoir de concentration naturel, et d’autres en sont dépourvus. Mais le mystère du succès dans toutes les directions de la vie et le secret du progrès doivent être cherchés dans le pouvoir de concentration. Ce n’est pas seulement le progrès et le succès qu’il permet de gagner, la réalisation spirituelle est aussi le résultat de la concentration. L’on voit très souvent que quelques-uns font des efforts pour se concentrer, et ne peuvent pas bien y arriver, et que d’autres ne savent pas qu’ils se concentrent, mais le font, que ce soit même dans les affaires. Ils le font bien mieux que ceux qui ferment les yeux à l’église ou dans leur chambre pour faire une concentration. La prière, la méditation, et divers autres exercices religieux ou exercices spirituels sont censés développer le pouvoir de la concentration.
L’esprit qui vivifie
Je me souviens d’une histoire très amusante. En Orient c’est la coutume qu’un homme conduise les prières à la mosquée et que des centaines d’hommes se tiennent derrière lui. Avant de prier, ils prennent la résolution de se joindre à la pensée du conducteur. Il y avait un grand mystique qui n’avait pas l’habitude d’aller prier à la mosquée. Il était toujours en prière, il n’avait pas besoin d’aller à la mosquée. Mais il régnait en ce temps-là un roi très orthodoxe qui avait décrété que tout le monde devait assister aux prières. De sorte que ce mystique fut forcé par la police de s’y joindre ; mais au milieu de la prière il s’en alla.
C’était un grand crime. Il fut amené au tribunal pour être jugé. Il dit : « Je n’ai pas pu m’en empêcher. Le conducteur pensait à sa maison parce qu’il avait oublié les clés. Pendant la prière je n’avais pas de conducteur dans la mosquée, voilà pourquoi je suis parti ». Cela montre ce qu’est la forme extérieure et ce qu’est l’esprit du dedans. S’il n’y a pas de vie, le corps est un cadavre. La forme est là pour que l’esprit s’en serve, et aussi longtemps qu’il y a l’esprit dans une forme religieuse, c’est une forme pleine de beauté et cette forme religieuse a la vie en elle. C’est ce qui est indiqué par le dicton de la Bible :
« C’est l’esprit qui vivifie, la chair ne profite en rien ».
Le raisonnement
Le quatrième aspect du mental est le raisonnement. C’est une faculté mathématique qui pèse et mesure et voit si les angles sont droits ou non. C’est cette faculté qui rend l’homme responsable de ses actions. S’il n’est pas un individu, il n’est rien qu’un atome mû par des influences. Le temps qu’il fait, les influences climatiques ou personnelles le meuvent ; il n’est qu’un instrument. S’il est tenu pour responsable de ses actes, c’est à cause de cette unique faculté du mental qui pèse, mesure et raisonne les choses.
Néanmoins, les raisonnements d’une personne ne sont pas les mêmes que les raisonnements d’une autre personne, et la raison d’un moment n’est pas la même que la raison d’un autre moment. Parfois ce qui est juste aujourd’hui, demain peut ne pas être juste, parce que le raisonnement aura changé. Ceux qui se disputent sur des raisons le font en vain, parce que le raisonnement de chaque personne est différent et que le raisonnement de chaque personne est bon pour elle au moment où elle raisonne. Faire pression et forcer son propre raisonnement sur l’esprit d’un autre n’est pas nécessaire. La meilleure manière d’éduquer quelqu’un est de développer son raisonnement au lieu de faire pression sur lui avec nos propres raisons. Et c’est ce que font beaucoup de gens.
La valeur de la raison
Pour en venir à la valeur de la raison, la raison est la chose la plus valable et en même temps la chose la plus dépourvue de valeur. Elle est dépourvue de valeur parce qu’elle est l’esclave du mental. Aussitôt que le mental dit : « Ai-je bien fait ? », la raison se présente devant ce mental et dit : « Oui, tu as bien fait ; c’est cela que tu devais faire ». Telle est la raison ; elle donne au mental une raison pour faire ou bien ou mal. Si on allait demander aux criminels en prison leur raison pour avoir mal agi, chacun aurait une raison.
Si nous considérons plus avant la raison, nous verrons que la raison n’est qu’un voile, une série de voiles, voile sur voile, et même quand les voiles sont enlevés, à la fin il y a tout de même la raison. Mais à mesure que vous allez plus loin dans la raison, la raison devient plus parfaite et substantielle. C’est la surface de la raison qui est peu fiable, mais la profondeur de la raison est très intéressante, parce que la profondeur de la raison est l’essence de la sagesse. Plus vous comprendrez la raison, moins vous chercherez la raison, parce qu’il n’y a plus rien à raisonner : vous la connaissez déjà.
C’est l’homme déraisonnable qui met toujours en accusation la raison de chaque autre personne. Plus une personne est raisonnable, plus elle comprend les raisons de tout un chacun. C’est pourquoi, le sage peut s’entendre à la fois avec le sage et avec le sot, mais le sot ne peut s’entendre ni avec le sot, ni avec le sage.
L’essence de la raison
L’essence de la raison est la connaissance de Dieu. Par conséquent, si l’on peut trouver quelque connaissance divine, c’est dans l’essence de la raison qu’on peut la trouver.
Le sentiment
Le cinquième aspect du mental est le sentiment. Si cette faculté n’est pas ouverte, alors, aussi brillante et instruite que puisse être une personne, elle est incomplète, elle n’est pas vivante. Le mental commence à vivre à partir du moment où ce sentiment y est éveillé. Beaucoup emploient le mot sentiment, mais peu savent ce que c’est. Et plus on le connaît, moins l’on en parle. Il est si vaste que s’il y a quelque signe de Dieu c’est dans le sentiment.
Un jour une personne vint me voir et dit : « J’ai été un jour portée à la sympathie, mais d’une manière ou d’une autre, je me suis endurcie. Pour quelle raison en est-il ainsi ? » J’ai répondu : « Vous avez essayé de tirer de l’eau des profondeurs de la terre, mais au lieu de creuser assez profond, vous avez trouvé de la boue et vous êtes déçue. Si vous avez assez de patience pour creuser jusqu’à trouver l’eau, vous ne serez pas déçue ».
La croyance
Très souvent quelqu’un s’imagine qu’il a du sentiment, qu’il a de la sympathie, mais s’il l’avait, il serait le maître de la vie. Alors il ne demanderait rien. Une fois que cette fontaine qui est dans le cœur de l’homme est ouverte, elle le rend indépendant et elle enlève la tragédie perpétuelle que les âmes ont à rencontrer dans la vie. Cette tragédie est la limitation. Bien souvent c’est le manque du sentiment qui paralyse les quatre autres aspects du mental. C’est la personne dénuée de sentiment qui est incapable de penser librement. Ce qui rend quelqu’un réfléchi est le sentiment. Un homme peut avoir un mental puissant, mais s’il ne peut avoir de sentiment, le pouvoir de son mental est limité, car le pouvoir est dans le sentiment, non pas dans la pensée.
Souvent des gens viennent à moi pour dire : « J’ai pensé à une chose et j’ai voulu l’avoir, mais je ne l’ai jamais eue ». J’ai répondu : « Vous ne l’avez jamais voulue. Si vous aviez voulu, vous l’auriez eue ». Ils ne le croient pas, ils disent : « Mais je pense que je la voulais ». Oui, mais la vouloir assez est une autre affaire. Si quelqu’un allait s’asseoir devant une banque en disant : « Argent, viens à moi tout entier », viendrait-il ? Il imagine qu’il le veut, il ne le croit pas. S’il le croyait, il viendrait. Celui qui veut y croit, et c’est le fait de croire qui l’amène.
L’histoire de Shirîn et Farhad
Il y a l’histoire de Shirîn et Farhad, une histoire très connue en Perse. Un tailleur de pierre qui travaillait à faire un monument pour quelqu’un vit passer une dame qui devait être la future reine du Shah. Il dit à cette dame : « Je vous aime ». Un tailleur de pierre, un travailleur dans la rue demandant la main d’une dame qui devait être la future reine ! Il semblait que ce fût un homme ayant perdu la raison, mais non pas un homme dépourvu de sentiment. Le sentiment était là et la déclaration vint avec le sentiment. La dame dit : « Bien j’attendrai de voir si ta déclaration est vraie et je dirai au Shah d’attendre ». Elle lui dit de tailler un chemin dans les montagnes.
Il y alla, cet homme tout seul avec son marteau et son ciseau. Il ne demanda pas s’il était capable ou non de le faire. Et il n’y avait pas en cela de raison, il y avait du sentiment, et il fit le chemin que des centaines de gens n’auraient pas pu faire en une année ; car à chaque fois qu’il martelait la roche il disait le nom de Shirîn, celle qu’il aimait. Et ainsi fit-il le chemin.
Le pouvoir du sentiment
Et quand le Shah demanda si ce chemin était fait, et qu’on lui répondit que oui, il dit : « Hélas, j’ai perdu ma chance. Que dois-je faire ? » Quelqu’un dans l’entourage du Shah dit : « Je vais voir ce qu’on peut faire ». Il dit à Farhad, à ce tailleur de pierre : « Comme ton amour est merveilleux ! Ta dévotion est un phénomène ! Mais as-tu appris la nouvelle ? Shirîn est morte » – « Elle est morte ? Alors je ne peux pas vivre ». Il tomba mort en entendant cette nouvelle.
L’intérêt de cette histoire réside seulement dans le pouvoir du sentiment. En ce temps, ce qui fait défaut aux gens est la qualité de sentiment. Tous voudraient penser avec leur cerveau, travailler avec leur tête, non pas avec leur cœur. On ne peut ni imaginer et créer un art qui soit beau, ni penser et faire de belles choses, ni conserver quelque chose de beau dans la mémoire, ni retenir pensées et concentration s’il n’y a pas le sentiment à l’arrière-plan. Par ailleurs, tous les mots comme gratitude, remerciement, appréciation, s’il n’y a pas de sentiment derrière eux, deviennent de pure politesse. Combien de politesses s’échangent dans ce monde sans qu’ils aient l’esprit derrière eux ! Aujourd’hui, la finesse est si incomprise ! Les gens apprennent seulement les manières superficielles. S’il y avait du sentiment derrière tout ce qu’ils disent, la vie vaudrait la peine d’être vécue.
Par la concentration, ce à quoi l’on parvient est de diriger ses pensées vers un objet spirituel, de telle sorte que les tracas et les anxiétés puissent s’évanouir et que l’on puisse devenir résolu, assuré et équilibré. C’est de cette manière que la vision deviendra aiguë et que le pouvoir deviendra grand.
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L’ombre du doute
Question : Qu’est-ce que le doute ?
Réponse : Le doute est un élément destructif. On peut le comparer à l’ombre qui produit l’humidité, qui enlève le soleil. Le soleil n’a aucune chance d’atteindre cet endroit qui est caché à la lumière. Le doute est l’obscurité qui cache le soleil.
La faculté de sympathie
Question : Les Soufis se soucient-ils du sentiment ?
Réponse : Oui, les soufis se soucient beaucoup du sentiment. Le système de Roumi est du commencement à la fin le développement de la faculté de sympathie, et pas seulement de la concentration. Nous devons pratiquer cela le jour et la nuit en chaque petite chose que nous faisons. Supposez que nous fassions chaque chose que nous avons à faire, même tout ce que nous n’aimons pas, volontiers, avec plaisir et que nous répondions ainsi à chacun, ami et ennemi : cette faculté de sympathie se développerait. Le pouvoir d’une nature sympathisante se maintient à travers toutes les épreuves et les tribulations dans la vie. Et que nous soyons évolués ou non, il n’y a pas de fin aux épreuves et aux tribulations.
La concentration
Question : Voudriez-vous, s’il vous plaît, donner une définition de la concentration ?
Réponse : Comme je l’ai dit, penser « dur », penser de façon rigide, est faux. Si quelqu’un pense à une table ou à une chaise, cela ne lui apportera rien. Pourquoi ne pas penser aux choses que l’on fait dans la vie ? C’est la meilleure manière de se concentrer. Si l’on fait du travail domestique pourquoi ne pas se concentrer sur les choses que l’on est en train de faire ? Tel est le premier pas : y mettre son esprit et son cœur. Cela rendra plus léger le poids de la vie et cela vous élèvera.
Mais si une personne est mécontente de tout ce qu’elle fait, c’est le commencement de la destruction, car elle est obligée de le faire. Si elle est mécontente dans une situation où elle doit faire une chose et qu’elle ne la fasse pas volontiers, c’est cela la tragédie de la vie. Si l’on est assez puissant pour l’écarter de sa vie et ne pas avoir à la faire, cela vaut bien mieux. Mais si l’on n’est pas assez fort pour la rejeter, alors il faut la prendre avec patience.
Telle est la différence entre le maître et le saint. Le caractère du saint est de prendre la croix et de la porter. Et le travail du maître est de la rejeter, de la repousser et de passer outre. Il ne se soucie pas des sacrifices qu’il fait et de ce qu’il doit rencontrer. Les deux manières sont belles.
Penser à ce qu’on aime
Question : Quel est le meilleur remède pour un mental qui vagabonde ?
Réponse : La concentration naturelle implique de ne pas forcer le mental, de laisser le mental travailler d’abord naturellement, de laisser le mental penser à des choses auxquelles il est incliné à penser. Pourquoi est-ce que le mental penserait-il à ce à quoi il n’est pas enclin ? Ce n’est pas naturel. C’est comme manger des choses que l’on n’aime pas manger. Cela ne sera pas assimilé, cela ne donnera pas de bons résultats. Tout ce qu’on aime, telles sont les choses auxquelles on doit penser. Alors on peut se concentrer.
San Francisco, 19 février 1926
Publié dans Psychologie – l’aire du mental – L’expansion de conscience – cahier n°3 – chapitre 6
