7,8,9 ans

L’âge de sept, huit et neuf ans est considéré comme l’enfance. Le début de cet âge est le début d’une nouvelle vie, un pas en avant dans la vie. Pour les tuteurs, cet âge de l’enfant est du plus grand intérêt.
Un homme détenu en prison proposa à l’État toutes ses richesses afin de lui permette de sortir de prison. Cela prit longtemps pour l’État de se décider. Et lorsqu’enfin la décision de le laisser sortir de prison arriva, il répondit : « Non, ça ne sert plus à rien. Il y avait un enfant entre sept et neuf ans à la maison et c’était la période la plus intéressante pour le voir grandir ». Maintenant que l’âge de neuf ans est passé, il dit : « Maintenant, je vais finir ma peine ».
L’enfance est un terrain qui vient d’être préparé pour la semence. C’est une grande opportunité dans la vie de l’enfant. Et c’est une opportunité encore plus grande pour le tuteur de semer la graine de la connaissance et de la droiture dans le cœur de l’enfant.
Il y a trois sujets d’intérêt qui ne peuvent pas être enseignés à l’enfant, mais on peut l’aider à s’intéresser à trois sujets : le dessin, la musique et la danse.
Le dessin, la musique et la danse
C’est à cet âge que les mouvements de l’enfant doivent devenir gracieux. Mais une fois que le tuteur prend l’enfant pour lui enseigner, il s’agit alors d’un entraînement. Ce n’est pas le moment de dresser l’enfant. C’est le moment de donner une libre expression à son âme ; de le laisser danser de la manière qui lui plaît, une danse naturelle ; que l’enfant puisse faire des dessins comme il le souhaite et peindre comme il le souhaite, sans qu’aucune direction ne lui soit donnée, seulement un intérêt pour son travail. De même, la musique, si l’enfant souhaite jouer d’un instrument ou chanter, qu’il chante comme il l’entend. Peut-être juste ici et là un mot pour l’aider, mais pas pour le corriger, pas pour lui donner une leçon sur ces sujets, pas pour lui laisser penser qu’il est enseigné. L’enfant doit seulement savoir qu’on l’aide.
Lorsque nous étudions attentivement la vie, nous constatons que le dessin, le chant et la danse sont des inclinations innées, des inclinations profondes. Il n’est pas nécessaire de les enseigner à un enfant ; elles viennent d’elles-mêmes. Tout enfant normal a le désir de chanter, de dessiner, de danser. La seule façon dont l’enfant commence, parfois, est qu’il dessine sur le mur des lignes et des figures, abîmant ainsi le mur. Les tuteurs peuvent contrôler ce penchant en lui donnant un crayon et du papier et en lui demandant d’y faire des dessins. L’enfant sera fier d’avoir du matériel pour dessiner. Très souvent, les tuteurs se fâchent parce que l’enfant a écrit sur le mur. Mais on ne peut rien y faire, c’est un penchant naturel. La meilleure façon de contrôler ce penchant est de donner à l’enfant le matériel pour dessiner.
Le chant
L’autre chose est le penchant pour le chant. Très souvent, un enfant énergique manifestera ce penchant en criant, en faisant du bruit, en élevant la voix. Cela peut être contrôlé. La meilleure façon de le contrôler est d’apprécier une petite chanson que l’enfant chante. Si l’enfant n’en connaît pas, qu’il l’entende quelque part. Un enfant qui a envie d’entendre sa voix sera très heureux d’imiter n’importe quelle chanson qu’il aura entendue.
La danse
Et le troisième penchant, la danse, se retrouve chez l’enfant lorsqu’il saute de la table à la chaise, de la chaise au coffre, et de là descend et remonte les escaliers, puis court d’un coin à l’autre. Cela témoigne d’une agitation, d’une inclination à bouger. Cette activité peut être contrôlée en appréciant les mouvements de danse des petits enfants.
Il fut un temps où les anciens pensaient beaucoup aux mouvements. Ils avaient raison d’y penser, car lorsqu’on voit une personne aux mouvements maladroits, on trouve toujours quelque chose de maladroit dans son caractère. Une personne déficiente sur le plan cérébral le montrera toujours par la maladresse de ses mouvements. Si les mouvements ont tant à voir avec l’évolution d’une personne, avec sa mentalité, alors des mouvements gracieux aideront toujours la mentalité d’une personne.
L’enfant qui est naturellement enclin aux mouvements s’intéressera, s’il est dirigé, à bouger avec rythme. On peut penser qu’il est difficile d’apprendre à un enfant à danser. Mais il n’est pas nécessaire de lui apprendre à danser. Il faut lui apprendre l’action. Par exemple, se tourner, prendre quelque chose par terre ou sur la cheminée, déplacer quelque chose, un éventail ou autre, et d’autres actions de la vie quotidienne, toutes ces actions se transforment naturellement en danse. En outre, les enfants sont très imitatifs, et tout ce qui leur plaît est prêt à être imité. S’ils voient des mouvements gracieux, ils sont très heureux de les imiter.
Je me souviens d’enfants qui avaient vu la danse du diable des Tibétains, très grossière et très énergique. De retour à la maison, ils l’ont exécutée sur leurs lits et ont failli casser leurs lits, leurs chaises et leurs tables.
C’est à cet âge que la faculté d’imitation commence à se développer.
La persévérance
Il y a trois choses que l’on peut enseigner à un enfant à ce moment-là : la persévérance, la patience et l’endurance.
La persévérance peut être enseignée à l’enfant dans tout ce qu’il entreprend. Peut-être est-il en train de réparer son jouet, de le remettre en état ou de faire quelque travail. Aidez-le, encouragez-le à continuer et à ne pas l’abandonner avant de l’avoir terminé. Aussi petit que cela puisse paraître, lorsque cette habitude est prise, elle se traduira plus tard par de grandes choses. Une personne qui a appris la persévérance dans son enfance montrera toute sa vie une tendance à terminer tout ce qu’elle entreprend.
Très souvent, chez les adultes, cette tendance fait défaut. Et c’est très souvent la cause de leur échec dans la vie. Parfois, si leur esprit est agité, c’est encore pire. Ils entreprennent quelque chose aujourd’hui. Puis au bout d’une semaine, leur intérêt disparaît au profit d’autre chose, et ils n’accomplissent rien dans leur vie. La vie est une grande opportunité. Et celui qui ne finit pas ce qu’il a entrepris, aussi petite soit la chose qu’il a choisie, est certainement celui qui perd le plus dans sa vie. L’accomplissement a plus de valeur que ce qui est accompli.
Par exemple, si l’on a défait le nœud d’une ficelle, extérieurement on n’a rien gagné, on a perdu du temps pour une toute petite chose. Et pourtant l’action de l’achever est si merveilleuse que l’on a construit quelque chose dans son esprit, qui lui sera utile quand il fera de grandes œuvres.
La patience
Venons-en maintenant au sujet de la patience. Comment peut-on enseigner la patience à un enfant ? En lui apprenant à attendre. Parce que l’enfant est très impatient. Et si cette tendance persiste, alors une fois que la personne est devenue adulte, elle lui donne beaucoup de malheur. Lorsqu’une personne n’a pas de patience, la vie devient une mort pour elle. Oui, la patience est comme la mort, mais ne pas avoir de patience est pire que la mort. En outre, la patience porte des fruits merveilleux. Et la patience est une qualité qui n’a rien à envier à toutes les autres qualités du monde. S’il y a quelque chose qui peut donner de la joie à l’âme, c’est bien la patience.
Les maîtres qui ont accompli de grandes choses, qui ont inspiré beaucoup de gens, qui ont aidé beaucoup d’âmes, quel était leur secret ? Leur secret était la patience.
C’est le moment de semer la graine de la patience chez l’enfant. Vous pouvez donner à l’enfant l’habitude d’être patient dans les petites choses. En demandant de la nourriture, en voulant sortir pour jouer, et dans bien d’autres choses, un enfant fait preuve d’un manque de patience. Mais si, à ce moment-là, sans le blesser, on lui donne l’habitude de la patience, l’enfant commence à montrer la noblesse d’esprit.
L’endurance
La troisième chose est l’endurance. On pourrait se demander : « Nous avons tant à endurer dans la vie quand nous sommes adultes ; pourquoi devons-nous faire endurer un enfant à cet âge ? » Mais je réponds : « Pour la bonne raison que la vie le fera endurer quand il sera grand, qu’il sache dès maintenant que l’endurance existe et que toute âme doit en passer par là. Il est sans doute douloureux pour le tuteur aimant de voir l’enfant développer cette faculté d’endurance. Mais en même temps, il sera plus douloureux si l’enfant grandit sans cette faculté.
On peut se demander : « Comment, de quelle manière peut-on enseigner à l’enfant ? » Du matin au soir, dans la vie d’un enfant, il y a mille choses – tant de fois il tombe, tant de fois il se blesse, tant de fois il doit avaler une pilule amère – chaque fois qu’il n’a pas envie de persévérer, il vaut mieux lui donner du courage et de la force, et lui donner une suggestion, un conseil, en appréciant son endurance. C’est ainsi qu’il développera la faculté d’endurance.
Pour enseigner à l’enfant, la meilleure méthode est de ne pas lui faire savoir que l’on enseigne. Enseignez-lui sans qu’il le sache. Cela peut se faire en appréciant la moindre petite chose qu’il fait et que vous souhaitez développer dans son esprit. Appréciez-le. L’ego naît avec l’orgueil, même chez l’enfant. Si vous appréciez quelque chose, il l’apprécie aussi, et même parfois plus que l’adulte, parce que les adultes ont perdu la foi dans les mots.
Les histoires
Très souvent, les gens enseignent des comptines erronées. Ce n’est pas seulement une perte de temps, mais cela a un mauvais effet sur l’enfant. Il s’agit parfois de mots inutiles, parfois de mots dépourvus de sens. Et parfois il s’agit de mots de suggestion, qu’il vaudrait mieux éloigner de l’esprit de l’enfant. La rime seule n’est pas bénéfique. Elle doit avoir un sens. C’est pourquoi le tuteur doit d’abord savoir ce qu’il enseigne avant d’enseigner à l’enfant.
Il en va de même pour les histoires. La meilleure méthode pour enseigner aux enfants est de leur raconter des histoires. Il y a des fables qui intéressent tellement les enfants, et en même temps elles contiennent un sens à comprendre. Si les tuteurs leur expliquent le sens de cette fable, les enfants s’y intéresseront et apprendront en même temps quelque chose.
Il s’agit d’apprendre en jouant, et personne ne s’intéresse autant aux histoires que les petits enfants. Si l’on utilise leur intérêt à leur profit, par le biais d’histoires, on a la possibilité de faire venir de merveilleux idéaux à leur esprit. Il n’y a pas d’autre moyen pour l’enfant d’assimiler des idéaux, des idéaux merveilleux, que de les assimiler sous la forme d’histoires. Les histoires racontées à un enfant au début de l’enfance resteront avec lui tout au long de sa vie. Il ne les oubliera jamais. Il se peut que chaque année, au fur et à mesure qu’il grandit, cette histoire prenne un autre sens et encore un autre sens. Il y aura donc un développement continu de l’idéal, qui deviendra une grande bénédiction dans la vie de l’enfant.

Le monde des humains
Question : L’éducation de l’enfant ne commence-elle pas avant la septième année ?
Réponse : Elle doit commencer dès le premier jour de l’enfant sur terre.
Question : Quelle est l’influence du monde sur l’enfant entre la septième et la neuvième année ?
Réponse : Ce n’est pas celle du monde des djinns. C’est celle du monde des humains. De sept à neuf ans, l’enfant est conscient du monde des humains.
Auparavant, l’enfant est conscient du monde supérieur. J’ai vu des enfants en savoir beaucoup plus sur ce qui se passait au front pendant la guerre que les autorités elles-mêmes. Ils savaient intuitivement, parfois dans leurs rêves, parfois dans une sorte d’imagination profonde. Lorsqu’ils disaient quelque chose, la même chose se produisait. Cela montre qu’entre quatre, cinq et six ans, l’enfant est extrêmement intuitif, parce qu’il est alors sous l’influence de la sphère du génie.
Question : Chaque pays a son système éducatif. A l’école, un enfant apprend la musique, le dessin et la gymnastique. Faut-il éviter cela en retirant l’enfant de l’école ?
Réponse : Si l’enfant a été envoyé à l’école, il ne faut pas le retirer de l’école. Mais en même temps, comme je l’ai dit, il est plus sage dès le début de garder l’enfant à la maison, hors de l’école. Il est préférable de donner à l’enfant une éducation à domicile jusqu’à ce qu’il ait neuf ans.
Question : Dans certains pays, les enfants doivent aller à l’école à partir de la sixième année. Comment peut-on l’éviter ?
Réponse : Je ne dis pas qu’il faut l’éviter. Je dis seulement qu’il serait très bon de les garder à la maison jusqu’à la neuvième année.
L’éducation à domicile
Question : Pensez-vous que l’apprentissage de la danse rythmique ou d’un instrument est une erreur absolue pour les enfants doués avant l’âge de neuf ans ?
Réponse : Oui, j’ai déjà dit que dans la mesure du possible, une formation quelconque n’est pas souhaitable avant l’âge de neuf ans. Seules sont souhaitables l’éducation à la maison et l’éducation naturelle, ainsi qu’une petite orientation ici et là.
Question : Les leçons de danse, de peinture et de dessin relèvent-elles uniquement de l’éducation à domicile ou également de l’éducation scolaire ?
Réponse : Ils relèvent de l’éducation scolaire et de l’éducation à domicile. Mais je n’ai parlé que de l’éducation à domicile.
Question : Est-il bon pour les enfants de cet âge de les emmener à des spectacles de danse, à des expositions de peinture ou à des concerts ?
Réponse : Oui, parfois c’est bien, à condition de savoir où on les emmène et de quel genre de spectacle il s’agit.
Le type d’histoires
Question : Pourriez-vous donner quelques exemples du meilleur type d’histoire ?
Réponse : Je dois dire que, parfois, une histoire ne doit pas toujours être très instructive. Les enfants mis à part, même les adultes n’aiment pas cela. L’histoire la plus intéressante pour les enfants est une histoire comique. Et si l’on peut mettre un peu de sens dans une histoire comique, c’est la meilleure chose que l’on puisse faire. Ils s’en souviennent, et en même temps, le sens reste couvert par l’histoire. Au fur et à mesure qu’ils grandissent, le sens commence à se manifester et, un jour, ils comprennent ce qu’il signifie.
L’âne et le chameau
Je vais vous donner un exemple. Une fable raconte l’histoire d’un âne et d’un chameau : un jour, l’âne est allé voir un chameau et lui a dit : « Mon oncle le chameau, j’aimerais beaucoup aller brouter avec toi ». Le chameau répondit : « D’accord, je viendrai avec toi demain ». Ils allèrent donc dans le champ. Le chameau mit longtemps à se nourrir et l’âne mangea très vite.
Et quand l’âne eut fini son repas, il dit : « Mon oncle le chameau, je suis si heureux, d’abord d’avoir ton amitié et ensuite d’être ici dans le champ, j’ai envie de chanter, et j’aimerais beaucoup que tu danses ». Le chameau répondit : « Je n’ai pas encore fini mon repas, et tu sembles être prêt » – « Eh bien » dit l’âne, « si tu n’es pas prêt, j’essaierai ma voix ». L’âne commença à essayer sa voix. Le fermier arriva avec un bâton à la main, l’âne se sauva et le chameau fut battu. Le lendemain, l’âne retourna inviter le chameau : « Mon oncle le chameau, viendras-tu ? », mais le chameau répondit : « Je suis trop malade. Et ton chemin est différent, mon chemin est différent. À partir d’aujourd’hui, nous nous séparons ». Cela montre le sens de l’amitié, la différence entre celui qui a du sens et celui qui n’en a pas.
Les histoires de la Bible
Question : Les histoires de la Bible ou d’autres Ecritures Saintes ne sont-elles pas bonnes à donner aux enfants ?
Réponse : Oui, il est toujours bon de donner des histoires tirées des Saintes Écritures. Mais la personne qui les met en forme pour que l’enfant les comprenne doit être très sage. Si ce n’est pas le cas, les histoires ne sont pas toujours appropriées pour enseigner aux enfants. En outre, l’époque à laquelle l’Ancien Testament a été transmis était différente. Et certaines histoires ne conviennent pas à notre époque. Je pense que c’est toujours une bonne chose pour le gardien de créer ses propres histoires, de s’inspirer de différents livres, mais de mettre cette idée dans ses propres histoires et de les donner ensuite aux enfants. Un jour, un enfant m’a demandé : « Mais est-ce une vraie histoire ? » Je lui ai répondu : « En tant qu’histoire, elle est réelle ».
La patience et la mort
Question : Pourquoi la patience est-elle analogue à la mort ? Si l’on considère l’extrême lenteur du travail créatif de la nature, je dirais que la patience, c’est la vie.
Réponse : Oui, si vous voulez savoir ce qu’est la mort, vous n’avez qu’à attendre quelqu’un qui doit venir, qui vient d’un autre pays, ou qui doit peut-être vous rejoindre quelque part et qui ne vient pas au moment où vous l’attendez. Vous déciderez vous-même alors si c’est la vie ou si c’est la mort.
Qu’est-ce que l’attente ? L’attente signifie le vide, l’attente signifie la vacuité, l’attente signifie le néant. Pour une personne vivante qui veut toujours que quelque chose bouge devant elle, regarder cela, regarder la vacuité, c’est trop terrible pour être décrit avec des mots. Si vous ne l’appelez pas la mort, comment l’appellerez-vous ?
Suresnes, 11 août 1926
Publié dans La reconstruction du monde – L’éducation – cahier n°3 – chapitre 8
