
L’Esprit de Guidance est la lampe qui a montré clairement le chemin pour éclairer ceux qui marchent dans l’obscurité de la nuit. Quiconque a possédé cette lampe, en a été le porteur, et quiconque fut la lampe, son cœur a été le serviteur de l’humanité, montrant aux âmes perdues leur chemin dans les temps de besoin, pour ceux qui cherchaient la lumière dans ces temps de ténèbres.
D’après l’idée des mystiques, cette création entière est une sorte de voyage de l’Etre Infini, depuis les plans les plus intérieurs jusqu’à cette terre. Et dans ce voyage, Dieu Lui-Même voyage, pour ainsi dire, à travers divers plans d’existence. Après des années sans nombre, Il arrive à l’existence en tant qu’êtres humains. Dieu, qui est Un dans son stade originel d’être, devient multiple, manifesté sous des noms et des formes variés.
Mais la nature de cette création de variété est enivrante, et cette ivresse maintient les créatures dans une sorte de brouillard, où elles n’arrivent pas à voir clairement, où elles ne savent pas que faire, où elles ne se savent pas quel est leur devoir, quel est leur besoin réel, quel est leur but. Et il n’en est pas seulement ainsi des créatures inférieures. Mais l’humanité a aussi le même sentiment de se trouver dans un brouillard.
Le but de la vie
L’homme est surtout perplexe quant à la question de savoir pourquoi il est ici. Pourquoi a-t-il été envoyé sur la terre ? Quelle est sa mission dans la vie ? Comment peut-il la remplir ? Quel est son devoir ? Quel est le secret de la nature ? Quelle est la meilleure chose à faire dans la vie ? Outre ces perplexités, l’homme a ses ambitions, il est soumis aux nécessités de sa vie. Son existence physique, son existence mentale ont leurs besoins. Son cœur sent qu’il a besoin de quelque chose, et ce besoin se trouve dans l’âme.
Chaque homme, du matin au soir, a ses occupations dans la vie, différentes l’une de l’autre, l’absorbant toute la journée. Pris par la nécessité de gagner sa vie, s’efforçant vers les choses du monde, il n’a pas le temps de penser, de comprendre et de savoir comment accomplir le but de sa vie.
Mais il y a des moments, des heures ou des jours où viennent une souffrance, une grande épreuve, un coup très dur. A de tels moments, l’homme s’éveille et pense à ces choses. Alors il demande pourquoi il est ici et qu’est-ce qu’il doit faire, il réfléchit à l’inconstance de la vie, et il se rend compte de la moindre importance de ce à quoi il en attachait tant. De tels instants viennent rarement, souvent ces instants sont comme des vagues qui passent et déferlent, et sont vite oubliées. Tel est l’homme. Ayant bu un verre de vin, aussitôt après il n’est plus sobre, et ainsi en est-il de lui dans tous les aspects de la vie.
L’obscurité
Dieu représente Son propre Être au-dedans d’un arbre, d’une plante, dans le roc, la montagne, le germe, le ver, en toutes choses qui ont nom et forme. Tous, ils représentent Dieu, qui est parfait en sagesse. Dans son voyage à travers cette variété de la création, Dieu trouve l’obscurité. Mais le plan du Créateur est merveilleux.
Quand un fermier doit aller dans la nuit, dans l’obscurité, il prend une lampe, car il a besoin de lumière pour se déplacer. Il allume sa lampe et la prend dans ses déplacements, sachant qu’il doit marcher dans la nuit. Cette lampe se nomme l’Esprit de Guidance. A toutes les époques, cette lampe qui a montré clairement le chemin pour éclairer ceux qui marchent dans l’obscurité de la nuit, cette lampe fut portée par quelqu’un. Quiconque a possédé cette lampe, en a été le porteur, et quiconque fut la lampe, son cœur a été le serviteur de l’humanité, montrant aux âmes perdues leur chemin dans les ténèbres.
Comme vous pourrez lire dans la Bible :
« Frappez à la porte, et on vous répondra. »
Ainsi cette lampe, qui est l’Esprit de Guidance – quel qu’en fut le porteur – fut la réponse aux individus et aux multitudes dans les temps de besoin, pour ceux qui cherchaient la lumière dans ces temps d’obscurité.
Mais il ne fait pas toujours nuit. Il y a une période où le jour est là, et à cette période de jour, la lampe n’est pas nécessaire. Cette période appartient à la lumière, mais ensuite vient la période d’obscurité, et alors on recherche la lampe.
Le porteur de lampe
La lampe a montré la voie. Que le porteur de lampe ait été appelé Abraham ou Salomon ou David, qu’il fût Moïse, Jésus ou, Mohammed ou qu’on l’ait nommé Bouddha, Krishna, Shiva ou Rama, ce fut le porteur de lampe dans les temps où celle-ci était le besoin du monde. Le cœur de la personne qui la portait, les gens ne le virent pas. Ils virent le visage et ils virent le nom et la forme. Ils ne virent pas la flamme, mais la lampe.
Il s’en suivit que, après que la personne eut montré la voie et que la lampe eut disparu, les gens oublièrent la lampe et sa lumière. Mais ils se souvinrent du nom. Ils se fixèrent au nom, imaginant que c’était la lumière, croyant en lui et lui étant fidèles. Et ils se battirent période après période, parce que certains avaient vu la forme particulière et entendu un nom particulier, et que d’autres s’étaient attachés à une autre forme et à un autre nom, alors qu’il s’agissait de la même lampe. Ils ne se souvinrent que des noms et des formes différentes.
La même lumière
Après que Moïse eut été le porteur de la lampe qui devait guider l’humanité en temps de besoin, quand il eut disparu et qu’arrivèrent à nouveau la nuit et l’obscurité et qu’il fut nécessaire de montrer à nouveau la voie et d’allumer la lampe, Jésus l’apporta. Quand il vint, les gens dirent : « C’est un nom différent et l’image n’est pas la même ». Ceux parmi lesquels il apporta la lampe dirent : « Ce n’est pas le même, ce n’est pas Moïse. Ce n’est pas celui que nous attendons ; ce n’est pas celui qui a reçu l’autorisation. Il ne vient pas de notre synagogue à nous. Ce n’est pas celui que proclame notre peuple ».
Pourtant, il y en eut certains qui virent la lumière. Certains seulement la suivirent, et certains parmi ceux qui suivirent la lumière, suivirent une fois de plus le nom et la forme au lieu de se souvenir de la lumière. De la lumière, qui fut revêtue de tant de globes de couleur différente, ils ne perçurent que la couleur du dehors. Seuls certains suivirent cette lumière : les mystiques qui à toutes les époques virent qu’il s’agissait de la même lumière, et l’appelèrent la lumière spirituelle. Pour eux, c’était elle qui importait, et moins importante était la personne qui apportait la lumière, tant que la lumière était vue.
Le refus de la lumière
C’est la lumière qui importe, non pas la lampe, non pas la personne. Il en fut ainsi au temps de Zoroastre et il en est ainsi aujourd’hui. Plus de gens il y aura qui pourront voir cette lumière, plus de force, plus de lumière pourront être données, qui maintenant sont perdues. Mais il en a toujours été ainsi. Quand on a apporté la lumière, elle fut toujours refusée, et la lumière divine est perdue pour ceux qui la refusent.
L’humanité a toujours montré, quelle que soit la période de civilisation envisagée, que les travailleurs, aussi fidèles soient-ils envers la Cause, travaillent souvent au désavantage de la lumière divine. Quand elle arrive, quand le besoin en est ressenti, on la refuse. A chaque période cela arriva : la lumière vint, et cette lumière fut refusée.
Par qui fut-elle refusée ? Toujours par ceux qui, à cause de leur organisation, leurs institutions, étaient plus intéressés par celles-ci que la multitude, par ceux qui travaillaient pour le peuple, occupés à bien la recevoir quand elle viendrait sur la terre. Ils s’attendaient à la voir venir du Ciel, peut-être avec processions d’anges, tambours et démonstrations. Mais chaque fois qu’elle vint, elle ne vint pas avec des flots de publicité, avec du bruit et des honneurs. Elle vint seulement comme vient sur la terre tout être mortel, comme la seule lumière qui est en chaque homme mortel, sujet aux folies, aux erreurs.
La lumière répond au besoin du temps.
Pour apprendre, pour comprendre tout ce que la terre a à enseigner, ainsi vint le porteur de la lampe. Son but était d’apporter la lumière, de donner la lumière au temps où l’on en avait besoin.
Imaginez, des Israélites même aujourd’hui – moins en Occident qu’en Orient – attendent la venue du porteur de la lumière. Combien vinrent et s’en allèrent ! Pourtant, ils attendent, les yeux fixés sur certains religieux, que ceux-ci recommandent un homme comme l’authentique porteur de lampe. Et ainsi en a-t-il été de nombreuses fois.
Après que cette lumière eut été montrée en temps de besoin, son effet n’a pas été petit. Des millions d’êtres ont été guidés. Pensez au nombre de ceux qui ont été éclairés par l’Islam, combien par Krishna, par Moïse et par Jésus et par Zoroastre, et gardent encore leur amour et leur estime pour leur prophète. Mais ils ont toujours dit : « Seul existe celui que je connais. Si vous en adorez un autre, vous insultez celui que j’honore ». Tous dirent la même chose, et en conséquence, d’époque en époque, il se produisit des luttes entre les adhérents de races et de religions différentes.
Le but pour lequel vinrent la lampe et sa lumière ne fut donc pas pleinement accompli. Le but n’était pas de suivre le nom. Ainsi vinrent des guerres et des sacrilèges encore pires. Même à présent le sentiment de haine existe et il attire l’obscurité et crée l’ignorance.
Si quelqu’un pouvait sonder la profondeur de sa propre religion, s’il y réfléchissait, il trouverait la vérité en chaque religion existante, et il comprendrait. La vérité n’appartient pas à un credo particulier. Dieu Lui-Même est la Vérité. Dieu n’est pas pour une section de l’humanité. La vérité est en toutes les créatures, elle est créée en toutes.
L’Esprit de Guidance
Pour le porteur de lampe, il était de son devoir de donner la lumière aux êtres humains. Cette lumière se trouve-t-elle dans une lampe spéciale ? Non, mais dans les périodes d’obscurité, la lampe en est la source, la source de la lumière est dans la lampe.
La lumière n’est pas seulement dans la lampe, car la lumière se répand largement partout. Par conséquent, la personnalité est la lampe, la lumière est en elle, et si vous l’appelez Christ, Jésus doit être pris comme étant la lampe. Mais la lumière apparue s’est répandue, et c’est ce qu’il voulut exprimer en disant :
« Je suis l’Alpha et l’Omega. »
Il qualifia ainsi la lumière qu’il apportait : Alpha et Omega. Et c’est cette lumière que dans la terminologie des mystiques, ceux-ci appellent l’Esprit de Guidance. En réalité, c’est la Lumière même de Dieu, ou encore l’on peut dire que c’est l’œil de Dieu qui voit, la vue de Dieu.
La vérité, même dans la perplexité, est en chaque âme. Nulle n’est dépourvue de cette lumière à un plus petit ou plus grand degré. De même par exemple, que certains objets dans la pièce reflètent davantage la lumière et d’autres moins, ainsi en est-il des différents cœurs.
Le côté le plus difficile de l’humanité a toujours été que l’homme est de nature orgueilleuse, prêt à reconnaître Dieu plutôt dans un objet que dans une personne, que dans son frère. Il dit d’une idole de pierre ou d’un rocher : « Là est Dieu, prosternez-vous devant lui ». Et ne pensez pas que cela n’existait que dans les anciens jours. C’est aujourd’hui exactement la même chose. Certains ont un objet particulier et disent qu’il est magnétique, que c’est une chose à mettre dans une châsse.
La personnalité du porteur de lampe
La beauté de Dieu et de Sa nature, si on peut la voir quelque part, c’est dans la belle personnalité de l’homme. Ce que les porteurs de lampe ont enseigné, ce qu’ils ont apporté par leur personnalité est tellement plus grand ! C’est le Dieu vivant qu’ils ont ainsi apporté. Il est plus difficile d’imaginer l’invisible, que d’imaginer ce qui se manifeste dans la personnalité de l’homme. Qu’est-ce qui se trouve dans le sacrement du vin comme sang et du pain comme chair ? Ce n’est pas la cérémonie, c’est le sentiment de la personnalité qui reflète Dieu comme un parfait miroir.
Si quelque chose peut donner un enseignement, c’est cette réflexion de Dieu dans la race humaine, et chaque fois qu’elle est visible, on la voit toujours dans la personnalité de l’homme. Des centaines d’années après le passage de Bouddha sur la terre, le parfum qu’il a laissé ici-bas est gardé en mémoire. Les légendes concernant Jésus-Christ forment un livre, mais ce qui reste est l’impression de sa personnalité. L’atmosphère en représente la lumière, qui nous reste à présent. Mais ce que les gens demandaient c’était des prodiges, et, chaque fois que la lampe fut apportée et éprouvée, on demanda des miracles, et les légendes remplacèrent la lumière. Tout le monde était intéressé par les miracles. Mais le miracle naturel, logique, était la présence des porteurs de lampe.
Ce n’était pas seulement une question de croyance, mais le Dieu vivant était devant celui-là qui parlait de Dieu. Il ne s’agissait pas d’une œuvre littéraire, car cela devint une lumière vivante, la vie elle-même. La merveille fut que leur simple présence rendait les choses claires, même des problèmes difficiles. Ils parlaient en paroles simples et leur présence faisait que les gens comprenaient la vérité.
Une lumière vivante
Mais il n’y a pas de preuve de cette vérité. Elle appartient à toute âme. Ceux qui ne peuvent pas la voir clairement ne voient pas que dans la lampe, il y a la même lumière qui est dans le monde entier. Ce n’est pas une chose nouvelle, elle est toujours là. C’est une grande merveille. Les mots ne sont rien, ils sont le manteau extérieur de l’Esprit qui apporte la lumière et la vie, au moment où l’humanité s’égare. Réaliser ce qu’est cette lumière, quand elle est apportée, répond au besoin du temps où elle apparaît. Le travail du Soufi est principalement de faire comprendre cela, afin qu’un meilleur temps puisse arriver. Tous peuvent s’unir dans cette cause commune.
Nimègue, Pays-Bas, 16 janvier 1923
Publié dans le cahier n°3 de L’unité des idéaux spirituels deuxième partie – chapitre 8
