L’ivresse de la vie – 2

La condition de vie de l’homme, l’environnement et la condition de vie de chaque individu créent devant lui une illusion et lui procurent une ivresse de sorte qu’il ne connaît pas la condition des gens qui l’entourent, des gens de la ville et du pays dans lesquels il vit. Et l’ivresse ne persiste pas seulement avec lui à l’état de veille, mais elle continue dans ses rêves, comme l’homme ivre rêvera aussi des choses qui ont un rapport avec son enivrement. S’il est joyeux, s’il a de la peine, s’il a un souci ou s’il a un plaisir, il en sera de même dans son rêve. Et jour et nuit, le rêve continue et la poursuite du rêve chez certains dure toute la vie, chez d’autres elle ne dure qu’un certain temps.

L’homme aime cette ivresse autant que l’ivrogne aime l’enivrement du vin. Lorsqu’une personne voit quelque chose d’intéressant dans son rêve et que quelqu’un essaie de la réveiller, même en se réveillant, elle a un instant l’impression qu’elle devrait se rendormir et terminer ce rêve intéressant. Sachant qu’il s’agit d’un rêve et que quelqu’un la réveille, elle souhaite dormir et terminer ce rêve intéressant.

L’ivresse dans tous les aspects de la vie

On peut voir cette ivresse dans tous les aspects de la vie. Elle se manifeste même dans les aspects religieux, philosophiques et mystiques. L’homme recherche la subtilité. L’homme souhaite connaitre quelque chose qu’il ne peut pas comprendre. Il est très satisfait quand on lui raconte quelque chose que sa raison ne peut pas comprendre. Donnez-lui la vérité simple, elle ne lui plaira pas. Il veut se trouver devant quelque chose qu’il ne peut pas comprendre. Lorsque des maîtres comme Jésus-Christ sont venus sur terre et ont transmis le message de la vérité avec des mots simples, les gens de l’époque ont dit : « C’est dans notre livre, connaissons déjà cela. » Mais chaque fois que l’on tente de mystifier les gens. Quand on leur parle des fées, des fantômes et des esprits, ils sont très satisfait. Ils désirent comprendre ce qu’ils ne peuvent pas comprendre.

Ce que l’homme a appelé la vérité spirituelle ou religieuse a toujours été la clé de cette vérité ultime. Vérité que l’homme ne peut pas voir à cause de son intoxication. Cette vérité, personne ne peut la donner à une autre personne. Elle est en chaque âme, car l’âme humaine elle-même est cette vérité. Et si l’on peut donner quelque chose, ce n’est que le moyen de connaître la vérité. Les religions, sous différentes formes, ont été des méthodes. Par ces méthodes, les âmes inspirées ont enseigné à l’homme à connaître cette vérité et à bénéficier de cette vérité qui est dans l’âme de l’homme. Mais au lieu de bénéficier d’une religion de cette manière, l’homme n’en a pris que la partie extérieure pour en faire sa religion. Et il s’est battu avec les autres en disant : « Ma religion est la seule vraie, ta religion est fausse ».

Certains sont sages par leur sobriété

Cependant, il a toujours existé quelques êtres sages. Il est dit dans la Bible que les sages de l’Orient sont venus à la naissance de Jésus-Christ, pour voir l’enfant. Qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie que les sages ont existé à différentes époques. Et que la mission de leur vie a été de rester sobres malgré la griserie ambiante et d’aider leurs frères et sœurs à acquérir cette sobriété.

Parmi ceux qui étaient sages par leur sobriété, il y en a eu qui étaient d’une grande inspiration. Ils possédaient un grand pouvoir . Ils avaient un grand contrôle sur eux-mêmes et sur la vie intérieure et sur la vie extérieure. Ces sages ont été appelés saints, sages, prophètes ou maîtres.

L’homme, dans le monde, par sa griserie, même lorsqu’il a suivi et accepté ces sages, a monopolisé l’un d’entre eux comme étant « son » prophète ou « son » maître. Il s’est battu avec les autres, en disant : « Mon maître est le seul vrai ». Et de cette façon il a montré son intoxication et son ivresse. Et comme un homme ivre frappera ou blessera sans réfléchir une personne différente de lui, qui pense, ressent ou agit différemment. Ainsi de nombreux grands êtres du monde, venus aider l’humanité, ont été tués, crucifiés, blessés ou torturés. Mais ils ne s’en sont pas plaints, ils l’ont pris comme une conséquence naturelle. Ils ont compris qu’ils étaient dans un monde d’intoxication ou d’ivresse et qu’il est naturel qu’un homme ivre blesse ou fasse du mal. Telle a été l’histoire du monde, quelle que soit la partie du monde où le message de Dieu a été transmis.

Le message de la sagesse

En réalité, le Message provient d’une seule source. Et c’est Dieu. Et quel que soit le nom que le sage a donné à ce message, ce n’était pas son message. C’était le Message de Dieu. Ceux dont le cœur avait des yeux pour voir et des oreilles pour entendre ont connu et ont vu le même Messager. En effet, ils ont reçu le Message. Quant à ceux dont le cœur n’avait ni yeux ni oreilles, ils ont considéré que c’était le messager qui était important et non le message. Pourtant, quelle que soit l’époque à laquelle le Message vint et quelle que soit la forme sous laquelle il a été présenté, il ne s’agissait que d’un seul et unique message, le message de la sagesse.

Et il semble que l’ivresse du monde ait augmenté. Elle a augmenté à un point tel que les grandes effusions de sang et les désastres que le monde a connus récemment sont sans précédent dans l’histoire du monde. Cela montre que l’ivresse du monde a atteint son apogée. Et personne ne peut nier que même à présent, le monde n’est pas dans un état de sobriété. Mais même aujourd’hui, les traces de cette intoxication peuvent être trouvées dans l’agitation de l’époque, même si la grande effusion de sang, pour l’instant, est terminée.

Une meilleure compréhension

Le mouvement soufi tire son origine dans sophia, la sagesse, le message de la sagesse. Son but est le même que fut à toutes les époques de l’histoire du monde celui du Message : d’amener la sobriété dans l’humanité, faire naître l’amour pour son prochain. Sans aucun doute, la politique, l’éducation ou les affaires sont des moyens de mettre en contact des personnes de races ou de nations différentes. Mais la vérité spirituelle et la compréhension de la vie sont les seuls moyens de faire naître dans le monde ce sentiment fraternel que rien d’autre ne peut amener.

Ce message ne travaille pas à former une communauté exclusive. En effet, il y a déjà tant de communautés qui luttent les unes contre les autres. Mais l’objet du Message est d’amener une meilleure compréhension entre les différentes communautés dans la connaissance de la vérité. Il ne s’agit pas d’une nouvelle religion. Et comment pourrait-il s’agir d’une nouvelle religion puisque Jésus-Christ a dit :

« Je ne suis pas venu pour donner une nouvelle loi, je suis venu pour accomplir la religion ».

C’est la combinaison des religions.

Une seule et même fraternité dans la paternité de Dieu.

L’objet principal de ce mouvement est de revivifier les religions du monde. Le but est de réunir ainsi les fidèles des différentes religions dans une compréhension amicale et dans la tolérance. Tous sont accueillis à bras ouverts dans l’Ordre des Soufis. Quelle que soit leur religion, quelle que soit l’église à laquelle ils appartiennent, quelle que soit leur foi, il n’y a aucune ingérence. Les méthodes de méditation font l’objet d’une aide et d’un accompagnement personnels. Il existe un programme d’études qui considère les problèmes de la vie. L’objectif principal de chaque membre de l’Ordre est de faire tout ce qui est en son pouvoir pour amener cette compréhension, afin que l’humanité entière devienne une seule et même fraternité dans la paternité de Dieu.


L’Alchimie du Bonheur – chapitre 17-2
Recueil de conférences – première édition en anglais 1923.