Un univers dans l’homme

Nous pouvons mieux comprendre « un univers dans l’homme » en comparant une goutte d’eau avec la mer. L’eau possède une même tendance à être influencée par l’air, que ce soit dans l’océan, dans un lac, dans une rivière ou dans un verre d’eau. Ainsi, même dans un verre d’eau, elle subit l’influence de l’air, et s’il y avait assez de place, il y aurait des vagues. Et c’est pourquoi dans la rivière il y a des vagues, dans le lac elles sont plus grosses et dans l’océan elles s’élèvent encore plus haut.

Les mêmes propriétés toniques que les médecins trouvent dans l’eau de la mer, nous pouvons les trouver dans la goutte. Les microbes, les germes qui existent dans l’océan, vivent aussi dans une goutte d’eau. Ainsi nous voyons que l’eau dans l’océan, dans le lac, dans la rivière est la même que dans une goutte.

La meilleure manière d’expliquer ce qu’est l’océan à un enfant qui ne l’a jamais vu serait de lui montrer un étang et de lui dire : « La mer est comme ça, mais il n’y a rien que de l’eau partout ». En effet, l’enfant peut imaginer aussitôt à quoi cela ressemble ; de la partie il imagine le tout.

Tout ce qui est en Dieu, l’Être Total, est en l’homme. Ainsi, parce qu’on le voit dans l’homme, nous comprenons que c’est en Dieu. Si l’homme n’avait pas de miséricorde nous ne saurions pas que Dieu est miséricordieux. Si l’homme n’avait aucune sagesse, nous n’aurions jamais rien su de la sagesse de Dieu. Par conséquent, il n’y a aucune exagération à dire que l’homme est fait à l’image de Dieu.

L’homme est fait à l’image de Dieu

C’est seulement l’homme qui est fait à l’image de Dieu. Ce ne sont pas le lion, l’éléphant – aussi grandes et puissantes créatures qu’ils soient – qui sont faits à l’image de Dieu. Quelqu’un pourrait dire : « Pourquoi est-ce que c’est l’homme qui est fait à l’image de Dieu ? Pourquoi le lion, l’éléphant, le chien ne sont pas faits à l’image de Dieu ? » Si vous prenez le modèle d’une tourelle, ou d’un toit du temple de Bénarès, cela ne peut pas vous donner l’idée du temple entier.

Dans la constitution physique de l’homme, on peut trouver les éléments dont est fait l’univers entier. Par exemple, dans les os l’élément de la Terre, le roc ; la chair est faite de l’élément de l’Eau légèrement solidifié ; l’élément du Feu est la chaleur dans le corps de l’homme, son éclat, l’expression de son visage. Quand le Feu est moindre l’expression du visage s’affaiblit. La peau montre l’effet de l’élément de l’Air ; elle change selon l’effet de l’Air sur elle. Alors que l’Éther se montre dans les cheveux, qui sont bien moins sensibles que toute autre partie du corps. En effet, si on coupe la peau ou la chair nous ressentons de la douleur ; quand on coupe les cheveux nous ne sentons rien.

C’est une grande erreur que font souvent les gens – les sciences comme la phrénologie, la physiognomonie et autres les encouragent – quand ils disent : « Je n’ai pas cet attribut, il ne m’appartient pas. Je n’ai pas de patience, elle n’est pas en moi. Je ne suis pas musicien, je n’ai aucun don musical », ne pensant pas que tout est en eux, s’ils pouvaient le faire sortir. Et en pensant qu’ils n’ont pas telle faculté, ils ne cessent de la faire diminuer.

Tous les attributs sont en nous

Il y en a quelques-uns dont les pensées sont des joyaux. Celles-ci sont rassemblées et gardées et regardées plus haut que des diamants. Parfois une idée nous vient qui nous apporte la paix, une joie, en quelque difficulté ou tristesse que nous puissions nous trouver. Et il y en a un autre dont les pensées sont comme des cailloux. Quand il parle, sa femme est irritée, ses amis se battraient avec lui.

Il y a des sentiments d’amour et de sympathie ; ceux-ci appartiennent à l’âme. C’est le monde angélique dans l’homme. Mohammed a dit qu’à chaque instant l’homme crée un ange. On peut se demander : « Comment l’homme peut-il par sa pensée créer un ange ? » Mais pour moi les pensées sont plus vivantes que les êtres vivants.

Nous pouvons demander : « Si l’univers entier est dans l’homme, alors Satan doit être aussi en nous ? » Il y est. L’idée que nous sommes quelqu’un de différent des autres, meilleur que les autres, et méritant tout ce qu’il y a de mieux, regardant les autres de haut et pensant : « ils sont bêtes », ou : « c’est un voleur », n’imaginant pas que ces mêmes attributs sont en nous, tout cela est Satan. Si ces attributs n’étaient pas en nous, nous ne saurions pas ce qu’ils sont. Si vous demandez à un petit enfant ce qu’est un voleur, il ne saura pas, parce que cette qualité n’est pas encore développée en lui. Il n’y a pas de fierté à dire : ce mauvais attribut n’est pas en moi. Il n’y a aucune sagesse à prétendre : je n’ai pas cette faculté. C’est cela qui nous empêche d’être sociables, d’être bons. C’est cela qui nous rend malheureux.

La paix

Avez-vous connu ce que c’est que de donner votre repas à un autre et de vous en aller sans ? Cela donne un bonheur qu’aucun déjeuner que vous mangez vous-même ne peut donner. Avez-vous connu ce que c’est que de donner votre manteau à un autre et de vous en passer ? Cela donne une joie, que la satisfaction de vos propres désirs ne peut pas vous donner.

Même cette paix et ce calme parfaits qui sont la vie éternelle, sont dans l’homme et peuvent être atteints par l’homme.

Le but de la création est d’aboutir à l’homme

Le désir de Dieu, de se réaliser complètement Lui-même, évolua et produisit l’homme. Les rochers, les plantes, les animaux furent tous créés pour que l’homme soit fait. Si nous regardons le motif qu’un décorateur dessine pour un papier mural, dans les fleurs qu’il a dessinées, nous voyons une ébauche du visage de l’homme. Si nous regardons les veines d’un marbre, nous voyons le visage de l’homme. Et si vous regardez attentivement le soleil, vous verrez en lui, de façon indistincte, le visage de l’homme. Il y a même des rochers qui montrent la face de l’homme. Tout ceci nous indique que c’était le but de la création d’aboutir à l’homme.

A travers le minéral, la plante, l’animal, l’âme devint homme. En l’homme, elle atteignit son expression finale, idéale. Le Q’ran dit que l’homme est fait à l’image de Dieu. En l’homme, le désir de Dieu de se connaître Lui-même est accompli, et en l’homme l’univers entier est uni. Il est minéral dans ses os, végétal dans ses cheveux, animal dans ses passions, homme par sa compréhension. Être homme est le plus grand privilège.

Dans le Sermon sur la Montagne il est dit :

« Vous êtes le sel de la terre. »

Ce qui veut dire : vous êtes le plus grand de la création.

Les deux natures de l’homme

Un poète Hindoustani a écrit :

L’homme fut créé pour la sympathie.
Pour l’adoration, c’était assez des anges dans les Cieux
Et pour la cruauté, il y avait les animaux sur la terre.

Les anges sont toujours prêts à adorer Dieu, et les animaux à se battre et à tuer. L’homme est fait pour la sympathie, pour le sentiment. Le cœur de l’homme est le plus sensible. Quel est l’homme dont Dieu est fier ? En Persan, il y a deux mots pour l’homme : insân et adami. Insân est l’homme qui est homme en esprit et homme dans sa forme. Adami est l’homme qui est homme seulement dans sa forme – mais son esprit n’est pas homme.

L’homme a deux natures, l’angélique et l’animale. La nature angélique est seulement sa bonté, son amour, sa sympathie et son désir de connaître. Son désir de manger, de boire, de dormir, ses passions, sa colère viennent des animaux, de même que sa peur de celui qui est plus fort que lui, son envie envers ceux qui sont meilleurs que lui.

La nature du chien est telle que quand il voit de la nourriture, un os, il y court, et si un autre chien s’approche, il cherche à le mordre. Il ne veut pas que l’autre chien partage son os. Si vous donnez de la nourriture à un chien, il veut vous l’arracher de la main avant que vous ne la lui donniez. Nous sommes comme cela. Là où nous voyons quelque profit, nous y courons. Nous ne marchons pas parce que nous pourrions perdre du temps, et nous ne voulons pas qu’un autre ait part à notre profit.

Il est difficile pour un homme d’être humain

Deux voies sont ouvertes devant l’homme. Il peut développer ses qualités angéliques – alors il devient ange, il devient Dieu – ou il peut développer ses qualités animales. Alors il devient d’abord animal : il veut satisfaire ses désirs animaux, qui réjouissent les qualités animales. Bientôt il veut les satisfaire par n’importe quel moyen, à n’importe quel prix, aux dépens des autres. Alors il est pire qu’un animal, il devient démon. Il devient tel que le vrai Satan s’enfuit de lui, parce que Satan appartient aux anges ; il n’a pas les qualités animales.

C’est pourquoi le Coran dit :

« Guide nous dans la voie droite,
et ne nous guide pas dans la voie de ceux qui s’égarent ».

La préférence de l’âme est toujours pour la voie droite.

Bien-aimés de Dieu, devenir un ange n’est pas très grand ; être un animal est encore plus facile ; être humain est très difficile.

Un grand poète Hindoustani a dit :

Que vous dirai-je des tracas de la vie, puisqu’il est difficile pour un homme d’être humain.
Nous sommes humains et pourtant ne pouvons pas être correctement ce que nous sommes.

Pourquoi est-ce un si grand privilège d’être homme ? Il y a une légende qui l’explique très clairement. Les anges se révoltèrent un jour contre Dieu, disant : « Pourquoi l’homme doit-il être plus élevé que toutes les autres créatures ? L’homme possède les attributs animaux. L’homme doit manger, pas nous ; l’homme doit boire, pas nous ; l’homme doit dormir, pas nous. » Dieu dit : « Nous déciderons de cette question après une épreuve » ; et il dit à l’un de ses anges : « Va sur la terre et vois ce qu’est la vie de l’homme ».

Le privilège d’être un homme

L’ange vola jusqu’à la terre. Il vit un arbre et en fut si ravi qu’il s’y posa et commença à manger de ses fruits. Il fut si enchanté qu’il pensa : « Cet endroit est le meilleur pour y vivre. J’étais une créature misérable quand je n’avais pas cela ». Puis il vit une jeune fille qui passait sous l’arbre en vendant des fruits. Ils devinrent amis, ils devinrent amoureux, ils se marièrent et eurent des enfants.

Au début, l’ange fut très, très heureux. Mais quand la vigueur, la nouveauté s’en allèrent, le charme et le bonheur disparurent. Il commença à se rendre compte que ceux qui hier avaient été ses amis, n’étaient plus ses amis aujourd’hui, que ceux qui avaient été bons, ne l’étaient plus. La vie devint très difficile. Tous les fardeaux et les soucis de la vie tombèrent sur lui. Il se sentit oppressé, suffoqué ; il devint très malheureux et se plaignit de sa vie sur la terre.

Alors Dieu dit à un autre ange : « Va voir ce que fait ton frère ». L’ange descendit sur la terre. Lui aussi fut ravi de la terre, de ses arbres et de ses fruits. Mais quand l’autre ange lui parla de sa vie et de toutes ses difficultés et ses troubles, il revint en volant vers le Cieux, et ainsi fut sauvé de ces tribulations. Quand les anges apparurent à nouveau devant Dieu, Dieu dit : « Alors que même les anges sont tentés par la terre et M’oublient, ne serai-Je pas fier de l’homme quand lui, malgré tous ses ennuis, les difficultés et les fardeaux de la vie sur la terre, se souvient quelquefois de Moi, pense à Moi ? »

Devenir humain

Cela montre que notre désir de devenir Farishta, ange, de devenir divin, est un faux désir. Notre désir de devenir animal est folie. Ce que nous devons souhaiter est de devenir humain. C’est le plus difficile. Tout le reste est plus facile.

Diverses notes non datées, préservées par Murshida Sharifa Goodenough

Publié dans Philosophie – La perfection de Dieu manifestée dans sa création – cahier n°3 – chapitre 6