La dualité dans la nature

Toutes les philosophies ont reconnu la dualité dans la nature. Bien que nous puissions avoir des opinions très différentes en surface sur les principes, ceux qui approfondissent, les plongeurs qui cherchent la vérité, ont toujours trouvé les mêmes choses.

Le Vedanta appelle les deux forces de la nature Purusha et Prakriti – le Créateur et le créé, les forces créatrices et réceptives par lesquelles et desquelles la manifestation entière a été faite. Ainsi, dans les inscriptions et les livres Hindous vous pourrez voir des images de Shiva avec deux visages, un visage d’homme et un visage de femme, montrant la force créatrice et la force réceptive que Shiva possédait.

Laissant de côté l’aspect religieux et venant à la partie scientifique, j’expliquerai comment deux sont venus de un. Tout est venu non pas du carré, non pas du triangle, mais du point. En effet, vous ne pouvez pas mesurer le point. La ligne est venue du point. La ligne a deux pôles, on peut la mesurer. Quand le point bouge, il devient une ligne, il devient deux. C’est ainsi que tout est venu de l’un. D’abord il y avait un seul œil, les deux yeux sont venus d’un seul œil. D’abord il y eut une seule oreille, les deux oreilles sont venues d’une seule oreille. De même les deux narines sont venues d’une seule et les deux lèvres d’une seule.

Des formes complémentaires

Si vous regardez attentivement une étincelle de feu, vous verrez que quand il projette un rayon d’un côté, aussitôt un rayon s’en va de l’autre côté. Les deux autres rayons sont projetés entre ces deux et cela forme une croix. Et puis il en vient deux autres, et cela forme l’étoile dont toute la création est venue. Les deux pôles forment la lune. Ainsi, l’étoile et la lune sont ensemble les deux forces qui ont fait l’univers entier. C’est cela que montre notre emblème Soufi, l’étoile avec la lune. Dans notre visage les yeux et le nez sont l’étoile, les lèvres, la lune.

Aussitôt qu’il y a manifestation il y a ces deux formes. Le balancement en avant du pendule a son balancement en arrière. Le balancement avant vient avec plus de force, le balancement arrière est plus doux. Ces deux forces sont partout et en toute chose il y a les deux forces. Bien que l’homme et la femme soient typiques de ces deux forces, pourtant en chaque homme il y a un élément femelle, en chaque femme il y a un élément mâle. Sur les arbres il y a des fleurs mâles et des fleurs femelles, des feuilles mâles et des feuilles femelles, des fruits mâles et des fruits femelles. S’il y a deux amandes dans le noyau d’une amande, nous voyons que l’une a formé l’autre d’elle-même.

Le secret de l’harmonie dans la vie

Ceci est le secret de toute harmonie dans la vie, l’harmonie du créatif et du réceptif. Dans la vie nous rencontrons certaines personnes qui sont créatives. Dans ce cas, si nous ne répondons pas, nous aurons échoué. Nous rencontrons certaines personnes qui sont réceptives. Dans ce cas, si nous ne créons pas, nous n’avons pas rempli notre rôle. Deux personnes réceptives ensemble ce n’est pas bon, mais deux personnes créatrices, c’est pire.

La manifestation est formée par la dualité, et Dieu a Son aspect double. Dans un aspect, Il est intouché par l’expérience, inconscient de Sa création, Conscience seule. C’est pourquoi Il est appelé Allah : « sans ». Dans l’autre aspect Il est tout : le Créateur, la manifestation. Sa création est de très peu d’importance pour Lui.

Dans le Christianisme on lit :

« Moi et mon Père sommes Un ».

Ceci est la dualité. D’abord le Père, le Créateur, ensuite le créé qui répond. La trinité vint ensuite. Le trois est caché sous le deux. Ceux qui comprennent la musique comprendront que si je bats quatre temps et ensuite trois temps, le second et le troisième battement du trois temps sont cachés sous le second et le quatrième du quatre temps : le deux se change en trois.

En Islam, bien que le Message soit spécialement celui de l’unité de Dieu, on reconnaît les deux forces comme Dhât et Sifat. Dhât, la force créatrice ; Sifat, la création. A cela est aussi donné le nom Mohammed – mah ayant le sens de grand, hamad le connaissant, le mental – Mohammed le grand connaissant. Le mot mahatma veut dire la même chose.

La bonté

Si Dieu est appelé le Bon, c’est un très beau nom. Il est bon là, au-dessus de la terre. Ici sur terre, à l’autre pôle, le bon devient mauvais. Ce qui était bon quand cela partait de là-haut, ici-bas devient mauvais. Un voleur, par exemple, est mû par l’amour pour lui-même ou par l’amour pour ses enfants, sa femme, par le désir d’assurer leur subsistance. L’amour vient du ciel. L’impression de la terre dit : « Le meilleur moyen est de prendre le porte-monnaie de quelqu’un » ; et un peu plus d’ombres de la terre disent : « A Piccadilly Circus ou près du Ritz, il a beaucoup de gens qui ont les poches pleines ». Tout le mal vient des ombres de la terre. Ce qui vient de l’autre pôle est seulement la bonté.

Le sage va de la dualité à l’unité

En nous retirant des impressions du monde, par la méditation et la concentration alliées à l’honnêteté, à la pureté de la vie, nous pouvons atteindre l’autre pôle.

Mais ce nom Bonté n’est pas suffisant. Dieu inclut tout, les deux pôles, et embrasse tout dans cette Unité dans laquelle nous sommes tous unis. Nous devons nous élever au-dessus du bien et du mal. Nous sommes toujours en dispute concernant ce qui est vertu et ce qui est péché.

Pourquoi est-ce que Bouddha est toujours représenté assis les jambes croisées ? Cela montre l’unité, le fait d’aller de la dualité à l’unité. Le Musulman dans sa prière ferme une main sur l’autre. Puis il dit : « De deux je deviens un ». Le sage va de la dualité à l’unité. Il s’élève, au-dessus du bien et du mal, à l’Un.

Grande Bretagne – 12 décembre 1916

Documents préservés par Murshida Sharifa Goodenough

Publié dans Philosophie – La perfection de Dieu manifestée dans sa création – cahier n°3 – chapitre 8