
L’homme, graine de Dieu
Il y a des idées et des croyances variées en ce qui concerne la relation entre Dieu et l’homme, et il est naturel qu’il y ait des croyances diverses, car chaque homme a ses propres conceptions et donc sa propre conception de Dieu.
Il n’y a pas de comparaison entre Dieu et l’homme, pour la raison que l’homme étant limité, il peut être comparé à un autre être, Dieu, étant parfait, est au-delà des comparaisons.
Les prophètes et les maîtres de tous les temps ont fait de leur mieux pour donner à l’homme quelque idée de l’Être de Dieu. Mais cela a toujours été difficile. Car il est impossible de définir Dieu en paroles, c’est comme d’essayer de mettre l’océan dans une bouteille. Aussi vaste que soit la bouteille elle ne pourra jamais contenir l’océan. Les mots que nous utilisons dans notre langage de tous les jours sont les noms des formes limitées. Et pour notre convenance nous donnons un nom à Dieu – à Celui qui est au-dessus du nom et de la forme. S’il y a quelque possibilité de comprendre Dieu et Son Être, c’est seulement lorsque l’on trouve la relation entre l’homme et Dieu.
La graine est le secret de la plante
Pourquoi a-t-on appelé cette conférence « L’homme, graine de Dieu » ? Parce que c’est cette image qui donne de quelque façon l’idée de la relation qui existe entre l’homme et Dieu. Il y a une racine. Il y a une tige, il y a des branches et il y a des feuilles. Et puis vient une fleur. Mais dans le cœur de la fleur il y a quelque chose qui raconte l’histoire de la plante entière. On pourrait dire que c’est pour la fleur que la plante était destinée. Mais en réalité c’est pour la graine apparue dans le cœur de la fleur qui perpétue l’espèce de la plante. Et c’est cette graine qui est le secret de la plante. Elle est la source et le but de cette plante.
C’est cette graine qui était au début. C’est de cette graine que vint la racine, que la plantule sortit, et ainsi elle devint plante. Et puis cette graine disparut, mais après l’apparition des feuilles et des branches et des fleurs elle apparut à nouveau. Elle apparut à nouveau, non comme une seule graine mais comme plusieurs graines, multipliée, et pourtant identique. Et c’est cette graine qui nous raconte l’histoire selon laquelle d’abord il y eu la graine, et qu’ensuite la plante entière apparut. Dans quel but ? Pour quel résultat ? Afin de revenir comme le résultat de la plante tout entière.
L’homme de simple foi, l’homme qui croit seulement à son idée particulière, pour lui il n’y a aucune relation entre l’homme et Dieu. Mais pour l’homme qui souhaite comprendre la relation entre l’homme et Dieu, pour lui, on peut trouver la preuve de cet argument en toutes choses. C’est de cette idée dont il est parlé dans la Bible par les mots :
« A Notre image Nous avons créé l’homme ».
La culmination de la création entière
Si la graine sortie de la plante et qui en apparut comme le résultat avait dit : « De ma propre image j’ai créé la graine qui sortira du cœur de la fleur », cela aurait été la même chose. Cependant cette graine dont sortit la plante aurait pu dire : « J’apparaîtrai en pluralité, bien qu’au commencement j’ai été une seule graine ».
C’est bien cette idée qui nous donne la raison pour laquelle il est dit : « Nous avons créé l’homme à Notre Image », alors que la manifestation entière, la totalité de la création, est venue de Dieu. La feuille, la branche, la tige, sont toutes venues de la graine. Mais elles ne sont pas l’image de la graine. L’image de la graine est la graine elle-même. Et non seulement cela, mais l’essence de la graine est dans la graine. Certes il y a une certaine énergie, un certain pouvoir, une certaine couleur, un certain parfum dans la fleur, dans les feuilles et dans la tige. Mais en même temps toutes les propriétés qui sont dans la tige, la fleur, les pétales et les feuilles se trouvent dans la graine.
Cela nous montre le résultat. A savoir que l’homme est la culmination de la création entière et qu’en lui tout l’univers est manifesté. Le règne minéral, le règne végétal, le règne animal se trouvent tous dans l’être, dans l’essence de l’homme. Cela ne veut pas seulement dire que les diverses propriétés, telle que minérales ou végétales se trouvent dans le corps physique qui est fait pour l’homme. Mais que son mental et son corps aussi montrent toutes ces diverses qualités.
Le cœur de l’homme
Le cœur est tout à fait ou comme un sol fertile ou bien comme un désert stérile. Il montre l’amour ou le manque d’amour, la faculté productive ou destructive. Il y a différentes espèces de pierres, il y a des pierres précieuses et des cailloux et des roches. Et ainsi parmi les cœurs humains il y a encore une plus grande variété. Songez à ceux dont les pensées, dont les sentiments se sont montrés plus précieux que n’importe quoi d’autre que le monde puisse offrir, les poètes, les artistes, les inventeurs, les penseurs, les philosophes, et aussi les serviteurs de l’humanité, les inspirateurs de l’homme, les bienfaiteurs du genre humain. Aucune richesse, aucune pierre précieuse, fut-ce diamant ou rubis, ne peut être comparée à ceux-ci, et pourtant c’est la même qualité.
Et puis il y a des cœurs semblables au roc : on peut s’y heurter et s’y briser. Et ils ne bougeront pas. Il y a la qualité du cœur qui est comme la cire, et il y a la qualité qui est comme la pierre. Il y a des cœurs qui fondent et des cœurs qui ne s’attendriront jamais.
Y a-t-il quelque chose dans la nature qui ne se trouve pas dans l’homme ? N’a-t-il pas dans ses sentiments, dans ses pensées, dans ses qualités l’image de l’eau courante, une image d’un sol fertile et une image des arbres fructifères. N’y a-t-il pas dans le cœur de l’homme l’image des plantes, des fleurs odorantes ? Les fleurs qui proviennent du cœur humain durent plus longtemps. Leur parfum diffusera dans le monde entier et leur couleur sera vue de tout le monde. Comme les fruits délicieux que les cœurs humains peuvent porter : ils immortalisent les âmes et les élèvent.
L’héritage de la terre et du ciel
Il y a d’autres mentalités dans lesquelles rien ne pousse sinon le désir de blesser et de faire du mal à leur prochain. Elles produisent ainsi des fruits et des fleurs empoisonnés, blessant les autres en pensée, paroles ou action – et ils peuvent faire plus de mal que les épines. Il y en a dont les sentiments, dont les pensées sont comme l’or et l’argent. Et il y en a d’autres dont les sentiments sont seulement comme le fer et l’acier. La variété que l’on peut voir dans la nature humaine est si vaste que tous les objets que l’on peut tirer de cette terre sont en trop petit nombre si on les y compare.
Est-ce que l’homme ne montre dans sa nature, dans ses qualités, dans son corps, dans sa pensée et son sentiment que l’héritage de cette terre ? Non pas, il montre aussi celui du ciel. L’homme reçoit l’influence des planètes. Il a l’influence de la lune, du soleil, de la chaleur et du froid, de l’air, de l’eau et du feu. L’influence de tous ces éléments divers qui font ce système cosmique entier. On peut trouver tous ces éléments dans ses pensées, dans ses sentiments, dans son corps. On peut trouver quelqu’un de chaleureux, qui représente le feu, un autre est froid, il représente l’eau. Il y a des êtres humains qui dans leur pensée, dans leurs sentiments, représentent l’élément de l’air. Leur rapidité, leur instabilité représente l’élément de l’air en eux.
Tout ce qui existe est dans la nature humaine
L’homme ne représente-il pas le soleil et la lune dans son caractère positif et négatif. Et la dualité des sexes ne montre-elle pas cela ? Mais de plus, en chaque homme et en chaque femme il y a la qualité du soleil et la qualité de la lune. Et ce sont ces deux qualités opposées qui donnent l’équilibre au caractère de l’être humain. Quand l’une de ces qualités est très prédominante, et que l’autre manque, alors l’équilibre est quelque part absent.
Si l’on va plus loin par la pensée dans le domaine mystique, on constatera que l’on peut trouver dans l’homme non seulement toute la manifestation visible, mais aussi tout ce qui est invisible. Si les anges ou les fées ou les fantômes ou les élémentaux – tout ce que l’homme a imaginé – peuvent être trouvés quelque part, c’est dans la nature humaine. A toutes les époques on trouve des représentations des anges à l’image de l’homme.
Si tout ce qui existe dans le monde et dans les cieux peut être trouvé quelque part, c’est dans la nature humaine, alors que reste-il ? Dieu Lui-même a dit dans les écritures :
« J’ai fait l’homme à Ma propre image ».
En d’autres termes : « Si vous désirez Me voir, Je puis être trouvé dans l’homme ». Comme il est inconsidéré, celui qui, absorbé par ses idéaux élevés, commence à condamner l’homme, à regarder l’homme du haut, aussi bas et faible et pêcheur qu’il puisse être ! Parce que dans l’homme il y a cette possibilité de s’élever à cette hauteur à laquelle rien d’autre dans l’entière manifestation ne peut s’élever – que ce soit quelque chose sur la terre ou quelque être dans les cieux – aucun ne peut atteindre cette élévation à laquelle l’homme est destiné.
Reconnaître Dieu dans l’homme
Quel point de vue, par conséquent, eurent les mystiques, les penseurs de toutes les époques ? On peut voir leur point de vue dans leur manière d’être : une attitude respectueuse envers tous les êtres humains. Dans l’exemple de la vie de Jésus-Christ, le maître de l’humanité, quelle compassion on peut voir quand un pécheur était amené devant lui, quelqu’un qui avait mal agi. Quel pardon montrait le maître ! Il y avait tolérance, il y avait compréhension. On peut appeler un homme religieux ou pieux. Mais s’il a du mépris envers son prochain quelle que soit sa condition, il ne peut être vraiment sage.
L’homme qui n’a pas de respect pour l’humanité, n’a pas une attitude d’adorateur envers Dieu, même si c’est un homme très religieux. L’homme qui n’a pas reconnu l’image de Dieu dans l’homme, n’a pas vu l’Artiste qui a fait cette création. Il s’est privé de cette vision qui est sacrée et des plus sainte.
Une personne qui croit que l’homme est terrestre, ne sait pas d’où vient son âme. L’âme vient d’en-haut, c’est dans l’âme de l’homme que Dieu est reflété. L’homme qui est plein de haine, de mépris, quelle que soit sa croyance, sa foi ou sa religion, n’a pas compris le secret de toutes les religions qui est dans le cœur de l’homme. Et certainement, aussi bonne que soit une personne, aussi vertueuse qu’elle puisse être, si en même temps elle n’a pas de tolérance, pas de pardon, si elle ne reconnaît pas Dieu dans l’homme, elle n’a pas touché la religion.
De la limitation à la perfection
Il y a certainement un autre côté de la question. A mesure que l’homme évolue, il constate les limitations, les erreurs et les infirmités de la nature humaine. Et ainsi il lui devient difficile de vivre dans le monde et d’affronter tout ce qui vient. Et il devient aussi très difficile pour l’homme de s’affiner, d’être bon, d’être doux, d’être sensible et d’être en même temps tolérant. Ce qui arrive alors est la tendance de repousser toutes choses et de s’écarter de chacun et de tous. Mais le but pour lequel on est né sur la terre est de trouver cette perfection qui est au-dedans de soi-même. Et aussi bon et doux que soit un homme, s’il n’a pas trouvé le but pour lequel il est né sur la terre, il n’a pas accompli l’objet de sa vie.
Il y a autant d’aspects différents de ce but qu’il y a de gens dans le monde. Mais derrière tous ces différents aspects, il y a un seul but. C’est ce but que l’on peut appeler le but de la création entière. Ce but est accompli quand l’inventeur regarde son invention en train de fonctionner. Quand le grand architecte construit la maison qu’il a dessinée, quand il y entre et voit l’heureuse façon dont elle a été terminée, le but est accompli. Quand le metteur en scène d’une pièce a produit la pièce qu’il désirait et la regarde, c’est là le but.
L’accomplissement de l’âme
Chaque homme semble avoir son propre but. Mais ce but n’est rien d’autre qu’une marche vers ce qui est le but unique, qui est le but de Dieu. Nos petits désirs, s’ils sont exaucés aujourd’hui, seront remplacés demain par un autre souhait. Quel que soit le désir, une fois qu’il est réalisé, le lendemain voit apparaître un autre désir. Cela montre que l’humanité entière, que chaque âme, est dirigée vers un seul désir. Et que c’est l’objectif de Dieu : une plus pleine expérience de la vie au-dedans et au-dehors, une plus pleine connaissance de la vie, de la vie en haut et en bas. C’est l’élargissement de la vision afin qu’elle puisse être si vaste que dans l’âme, qui est plus vaste que le monde, tout puisse être reflété, que la vue devienne si aigue qu’elle puisse sonder les profondeurs de la terre et le ciel le plus élevé.
C’est en cela que réside l’accomplissement de l’âme. Et l’âme qui ne fera pas tous les efforts possibles, accompagnés de tout sacrifice en vue de réaliser cela, cette âme n’a pas compris la religion.
Quel est le Message Soufi ? C’est un entraînement ésotérique, se travaillant et se pratiquant au long de la vie. Un entrainement en vue de cette réalisation qui est comme l’accomplissement du dessein de Dieu.

La clé du secret de la vie
L’homme, graine de Dieu : c’est dans ce secret que l’homme trouve la clé qui a été perdue. Cette perte montre pourquoi les religions du monde semblent perdre leur influence sur les gens, dans la partie orientale du monde aussi bien qu’en Occident. Pourquoi y-a-il un nombre croissant d’êtres irréligieux ? Pourquoi le matérialisme est-il toujours croissant ? La réponse est que l’homme a perdu la clé qui ouvre le secret de la vie. C’est Dieu qui est la clé de ce secret.
Durant mes voyages de quelques années dans le monde occidental, j’ai constaté en chaque endroit du monde civilisé que les gens se fatiguaient non seulement de la religion mais aussi de la croyance en Dieu. Il semble que le nom de la divinité soit repoussant pour un penseur évolué. En effet, il pense que c’est quelque chose qui fut une croyance du passé : « Les gens d’autrefois, qui ne connaissaient pas aussi bien la vie, avaient certaines idées et maintenant nous avons trop évolué pour nous en tenir aux idées du passé ». Il y en a peu qui admettront cet état de choses et beaucoup ne le diront pas. Mais le monde entier se dirige dans la même direction. Si la direction de l’humanité est matérialiste, alors le monde entier va dans cette direction matérielle . Si c’est une direction spirituelle naturellement le monde entier doit aller dans la direction spirituelle.
La croyance en Dieu
En dépit de tout le progrès matériel qui a élevé si haut la valeur de la civilisation aux yeux de la nouvelle génération, elle ne put rester sur son piédestal. Elle s’effondra pendant la guerre. Cela a rendu le monde pensant, du moins pour un moment, conscient du fait que la civilisation, qu’il avait supposé être la meilleure, n’a pas fait la preuve qu’elle était la meilleure. Aucune personne juste, douée de quelque réflexion, ne niera ce fait après y avoir réfléchi.
Si nous nous demandons à nous-même : « Est-ce que le monde a progressé », la réponse sera sûrement : « Oui ». Les nouvelles inventions qui ont amené les phénomènes miraculeux qui ont amené tous les pays en plus proche communication par le télégraphe, le téléphone et la radio montrent tous que l’humanité a progressé. Mais qu’elle a seulement progressé dans une certaine direction, amenant un progrès qui ne peut donner toute satisfaction. Il peut seulement donner un bonheur et un plaisir extérieur, mais le bonheur intérieur reste à trouver. Cela peut sembler être le dicton d’un croyant un peu simple que dans la croyance en Dieu se trouve le remède à toutes les maladies. Mais je dirais que même la personne la plus sage peut déclarer la même chose après être arrivée à une certaine réalisation du secret de la vie.
L’homme, graine de Dieu
Revenons maintenant à notre sujet : « L’homme, graine de Dieu ». Si nous nous posons la question de savoir quelle est la définition de la graine, nous dirons que la graine est non seulement le commencement de la plante, parce que la plante a sa raison d’être dans la production de la graine. Quand nous envisageons la manifestation entière comme une plante, la tige apparut d’abord, puis les feuilles, ensuite vint la fleur, et de la fleur vint la semence. On peut dire la même chose concernant la manifestation entière : il y eu le minéral, puis le végétal, puis l’animal mais à la fin cela abouti à l’homme.
Les scientifiques disent actuellement avoir découvert que la vie humaine provient de la vie animale. Mais plusieurs siècles auparavant, dans les écrits de la Perse, nous pouvons trouver des déclarations apportant la preuve qu’ils connaissaient cette idée. Que nous dit cette idée ? Elle nous dit que cette création entière avait pour objet de mener à bien un certain projet, un projet unique. Mais parce que tout homme n’est pas capable de comprendre ce projet, cette incapacité amène des catastrophes dans la vie. Quand une majorité comprend le projet alors la majorité suit. Mais si ceux qui connaissaient le projet sont en minorité, alors la majorité suit son idée.
Si j’avais à peindre l’image des conditions matérielles du monde qui dirigent les hommes vers de telles occupations que la guerre, les désastres et les meurtres, sans parler de la haine entre les nations et les races, on comprendrait que tout cela vient du manque de compréhension de cet unique secret. Sachant cela de grandes âmes comme Bouddha et Krishna ont tous fait l’impossible pour l’expliquer.
La création entière a un projet unique
Par exemple dans la prière de Notre-Père, on lit :
« Que Ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ».
Si seulement on pouvait comprendre le sens qu’il y a derrière ces paroles ! C’est la totalité de la philosophie. Car cela nous fait savoir et comprendre que ces paroles veulent seulement dire que si chaque homme a son but séparé de celui d’un autre, il y aura toujours manque d’ordre et de paix, à la fois au-dehors et au-dedans. Pourquoi les guerres se reproduisent-elles ? Pourquoi les différents s’élèvent-ils ? A cause de la différence des buts. Quand les nations ont chacune un but différent, quand chaque individu a son but différent des autres, il n’y aura pas d’unité.
En même temps cela n’est pas naturel, car le but de chaque arbre est de produire la graine. Et ainsi les buts de toutes les nations comme de chaque individu – le but final – est de produire cette graine. Graine qui est la source de toute la manifestation.
L’Idéal de Dieu
Ce ne sont pas les arbres qui ont confessé Dieu, ni les montagnes. Les oiseaux non plus n’ont pas enseigné les Evangiles, ni les animaux, la religion. Si jamais cela a été enseigné. Si jamais l’idée de Dieu a été portée à la connaissance de l’humanité, elle l’a été par l’homme. Ce n’est pas seulement le droit d’un seul homme. Mais c’est le droit de tout homme d’amener à la surface cette source, la source d’où tout est venu. Ne pensez pas que je veuille dire par là que l’on ne doive pas mener à bien ses occupations dans la vie. Ce que je veux dire est que l’on doit penser, en chaque occupation, en chaque chose que l’on fait, que la mener à bien n’est pas le seul but. Le but de l’homme est de produire dans sa vie cette graine qui est la source de sa vie.
Le psychologue moderne dit : « Fort bien, peut-être toute idée de ce genre a déjà été donnée ». On doit cependant se souvenir que l’enseigner a rendu cette idée claire. Mais l’Idéal de Dieu est la tendance innée de l’homme. La meilleure explication du mot Dieu, on peut la trouver dans le mot persan Khuda. En effet, ce n’est pas seulement un nom, mais c’est le sens de l’idée. Il veut dire : « révélé par lui-même ». Cela-même indique que si Dieu Se révèle par Lui-Même, alors l’homme ne dépend pas toujours de l’enseignement d’un autre. Sa nostalgie naturelle l’incline vers Dieu.
La nostalgie de l’âme
J’ai bien souvent rencontré des gens dépourvus de croyance en Dieu. Mais j’ai toujours constaté qu’il y avait une certaine nostalgie à l’arrière-plan. Bien qu’ils la nient, la nostalgie est là tout de même. En dehors de cela, l’homme est vaniteux. Et une fois que sa vanité s’est saisie de l’idée d’incroyance, il est très difficile de rendre sa vanité croyante à ce que son âme désire. Parfois un être se sent fier de penser : « Je ne crois pas ce que tout le monde croit. En effet, je suis plus intelligent et que je suis différent des autres ».
Cependant, beaucoup parmi ceux qui toute leur vie ont nié l’idée de Dieu, après avoir subi un désappointement, ou après être passé par la vie, ont à la fin commencé à chercher quelque chose quelque part. J’ai été très intéressé de voir qu’un grand savant matérialiste dépendait de sa femme. Celle-ci était croyante en l’idéal de Dieu. Elle avait une sorte d’influence guérisseuse durant sa maladie, et pendant ses accès de dépression elle était une consolation. Chaque fois qu’elle disait : « Tu ne crois pas en Dieu ainsi comment peux-tu être heureux ? », il répondait : « Mais toi tu crois en Dieu et je crois en toi, ainsi c’est la même chose ».
La croyance en Dieu est seulement une marche
Par là, je ne veux pas dire que la croyance en Dieu soit suffisante dans notre vie. La croyance en Dieu est seulement une première marche vers l’accomplissement du but pour lequel cet univers entier est formé. Si par sa croyance en Dieu une personne est satisfaite, c’est bien. Mais il y a des millions et des millions qui croient en Dieu et qui ne sont pas tous des saints. Et ils ne sont pas non plus les meilleurs des êtres. On peut peut-être trouver parmi ceux qui semblent incroyants des gens plus vrais et plus justes que parmi ceux qui ont cette croyance. Néanmoins, pour un penseur, pour une personne sage, l’Idéal de Dieu est la clé du secret de la vie.
La personne qui s’en tient à sa croyance est comme quelqu’un qui reste sur une marche au lieu de se déplacer dans l’escalier. Mais la personne qui monte les marches est celle qui atteint à une réalisation qui ne peut venir que par la croyance en Dieu. Par conséquent, il y a bien des gens dont les pieds sont pour ainsi dire collés dans le chemin de la vérité. Ils ne sont ni dans le monde ni dans les Cieux. Ils sont collés à leur croyance et n’en bougent pas.
L’idée d’unité
La première chose que nous ayons à apprendre grâce à la croyance en Dieu est de connaître la Source. Aussitôt que nous connaissons la Source, nous commençons à sentir différemment par rapport à la personne ordinaire. La différence entre la personne qui est sage en Dieu et la personne qui est sage selon le monde, si toutes deux semblent bonnes, est celle-ci : la personne qui est du monde dira : « Si je fais du bien à quelqu’un d’autre, c’est pour moi un plaisir et l’autre apprendra aussi à faire le bien ». Mais l’homme qui est sage en Dieu dira : « Quand je fais du bien à cette personne, cela signifie que je me fais du bien à moi-même ».
Cela fait une grande différence, car quand un être réalise la Source il devient un avec un autre. Et quand il ne se rencontre pas avec un autre dans la réalisation de cette Source, alors une autre personne est autre. Il y a deux idées en cela : il y a une idée d’unité et il y a une idée de dualité. L’idée d’unité vient de la réalisation de Dieu qui est la vérité ultime. L’idée de dualité vient de l’absence de cette connaissance. Et si l’on n’a pas atteint, grâce à l’idée de Dieu, cette idée d’unité, la réalisation n’est pas complète. Si l’on a la croyance en Dieu, mais que l’on ne soit pas arrivé à cette idée d’unité, on n’a pas accompli le but de la vie.
L’objet du mouvement Soufi
Par conséquent, l’objet du mouvement Soufi est de servir l’humanité en vue de ce but. Ce n’est pas une nouvelle religion, ce n’est pas une certaine caste ni un credo. C’est seulement l’éveil des gens de toutes les religions diverses, ou d’aucune religion, à l’idéal divin, l’éveil de l’humanité à la compréhension de la vérité, que l’on doit apprendre par la compréhension de Dieu, spécialement après une telle période par laquelle l’humanité est passée, alors que la haine qui existe dans le cœur des hommes les uns pour les autres croît sans cesse.
La connaissance du monde ne suffit pas au but de la vie
Les gens ont connaissance de diverses maladies. Mais ils ne connaissent pas la pire des maladies du monde qui est la maladie du cœur. Et il semble que cette peste : la méchanceté du cœur s’étende largement. Si l’on pouvait seulement se rendre compte quel effet psychologique la pensée du mépris, de la haine, de la rancune (possède) sur l’homme ! Ce ne sont pas seulement les causes externes qui rendent malades les individus. Mais énormément de maladies viennent de raisons internes. Accepter la méchanceté et la garder dans le cœur est pire que de garder une goutte de poison dans le corps.
Maintenant est venu le temps où l’humanité, après son absorption dans le gain matériel, doit considérer un autre gain. Les gains matériels sont enlevés en l’espace d’un moment et laissent l’homme dans sa tombe sans aucun d’entre eux. Cette terre n’a même pas conservé la fortune des pharaons, si chère à leur cœur, après tant d’années, la richesse qui fut enterrée avec eux leur a été enlevée. Cela montre que ce monde n’a jamais permis à quiconque de garder pour toujours ce qui lui appartient. C’est un monde trompeur, la vraie consolation de l’homme n’appartient pas à la terre ou à la connaissance de la terre. Cela ne veut pas dire que la connaissance du monde soit inutile. Mais que la connaissance du monde ne suffit pas au but entier de la vie.
Faire connaissance avec son propre être
Il n’y a qu’une chose d’où puisse provenir une vraie satisfaction, et c’est la connaissance du côté plus profond de la vie, la connaissance de la source et du but de toutes choses. C’est la réalisation de cette connaissance que l’on peut appeler la lumière divine. Et s’il y a un bonheur, une paix que l’on puisse jamais trouver, elle réside en cela. En l’absence de cela, le bien que la terre peut offrir ne suffira pas au but de l’homme. Qu’un homme soit jeune ou vieux, qu’il soit sage ou non, la vie de chaque personne a besoin de guidance spirituelle. Et le seul objet que l’homme ait à accomplir aujourd’hui est de faire connaissance avec son propre être grâce à la connaissance de lui-même et à la croyance en Dieu.
Le front souriant – deuxième partie – recueil posthume de conférences – Chapitre 2
