Le cycle de la lumière

Khalifa Nargis

La lumière du Soleil, emprisonnée et enterrée dans la terre en tant que charbon, est une, et la même substance, qu’elle se manifeste comme lumière ou comme charbon, l’une illimitée et l’autre limitée. C’est seulement par les flammes de purification que la lumière emprisonnée peut à nouveau atteindre la source de son être, et se trouver absorbée dans la Lumière Unique, dont elle a été séparée pendant sa vie de limitation.

En tant que charbon elle constitue une individualité séparée. Mais après avoir été libérée par le feu libérateur, le symbole de la pureté (la pureté voulant dire être libre de tout ce qui divise ou sépare), elle perd pour toujours le fardeau de la séparativité. Et elle devient une, ou identifiée, avec la Lumière qui est son être même.

Si l’on pouvait penser au charbon comme à une entité vivante, capable de sentir et de souffrir. Quelle agonie devrait-il endurer, prisonnier des ténèbres extérieures, sans pouvoir bouger, muet, aveugle et empêché de toutes parts, à la merci de forces échappant à son contrôle, enseveli dans la densité de la terre ! S’il avait conservé quelque souvenir de son être réel, quelque conscience de son héritage de Lumière. Ne soupirerait-il pas avec une indicible nostalgie après ce qui le libérerait de ce moi, à n’importe quel prix, fut-ce au prix de voir réduire en cendres par le feu son individualité de charbon – quelque souvenir de cet être réel qui au long des âges avait supplié d’une voix muette la grâce de revenir à Cette forme dont il était sorti ?

La raison du pèlerinage

C’est seulement lorsque la lumière emprisonnée a été libérée de sa servitude qu’elle peut saisir la raison de son si long pèlerinage.

Revenue à sa condition originelle et se connaissant elle-même comme lumière et non pas comme charbon. Elle peut regarder en arrière. Et elle peut voir la nécessité du sacrifice de sa liberté, de l’abandon d’elle-même à la noirceur du charbon. Le Soleil, en tant que lumière, ne pouvait pas aider les habitants de la terre à progresser. Évoluer vers les races civilisées qui l’habitent aujourd’hui. De sorte qu’il fit le suprême sacrifice d’être enseveli. Il fut captif pendant des années sans nombre dans la noirceur à son extrême limite. Et ce qui est pire encore pour les vibrations rapides, le sacrifice d’être contraint à l’inertie.

La lumière peut maintenant comprendre que lorsqu’étant charbon elle était purifiée de sa noirceur par le feu. Et quand elle redevenait blanche ce n’était pas pour son propre salut (bien que par ce moyen elle eût gagné sa liberté). Mais pour aider l’humanité dans ses efforts pour atteindre à la maîtrise des éléments. Par ce sacrifice de son individualité de charbon, l’homme a pu obtenir tout ce qui était nécessaire pour l’évolution d’une grande civilisation : la chaleur, la lumière, la nourriture et le vêtement, l’habitat et les moyens de transport. Il a obtenu tout ce qui était nécessaire pour entretenir la vie. Et ce qui était essentiel pour relier nation à nation et race avec race.

Le sacrifice de la lumière

Le sacrifice silencieux de sa vie en tant que charbon dans les flammes purificatrices (fait si ordinaire que personne n’y prête attention) aide l’humanité. Il aide à conquérir la terre, la mer et l’air, et même à maîtriser le feu lui-même. Elle se rend compte à présent que son sacrifice en tant que charbon n’était pas sacrifice mais liberté. C’était le passage des ténèbres à la lumière. Et que pendant tout ce temps son être réel n’était pas charbon mais lumière. Que le charbon était son faux moi, la forme qui l’enchaînait à la densité de la terre.

Elle se rend compte que c’était seulement par le pouvoir de la lumière ainsi captive dans son sacrifice que l’humanité pouvait être aidée. Que c’était seulement en perdant sa vie de limitation que la vie illimitée pouvait être connue.

Elle sait maintenant que pendant tout ce temps ce n’était pas le charbon qui aidait l’humanité mais la lumière. Car le sacrifice véritable était celui que faisait la lumière se limitant volontairement elle-même pour le bien des êtres humains.

Publié dans « Le seuil de la discipline » – Chapitre 52