
Si le sens de la résurrection était seulement que le Christ après sa mort se leva à nouveau, ce serait une histoire que l’on peut croire ou ne pas croire. Si on la croyait en tant que croyance, combien de temps cela durerait-il ? Sa leçon est bien plus grande. Elle signifie la résurrection de cette vie mortelle à l’immortalité.
Le Christ a dit :
Les enfants de ce monde se marient et sont donnés en mariage,
mais ceux qui sont trouvés dignes d’obtenir la résurrection des morts ne se marient ni ne sont donnés en mariage,
et ne peuvent non plus mourir, ils sont les enfants de la résurrection, étant enfants de Dieu. 1
Ceux qui sont élevés jusqu’à cet immortel Être Unique où il n’y a aucune distinction de mari et de femme, de frère ou de sœur, de père, de mère ou d’enfant, sont les fils de la résurrection.
La pierre, les linges et le turban
L’histoire dit que lorsque Marie-Madeleine et l’autre Marie arrivèrent au tombeau où le Christ avait été déposé, elles trouvèrent que la pierre qui était devant le tombeau avait été roulée plus loin. Et en regardant à l’intérieur elles virent les linges gisants là, le turban à part. Mais le corps du Christ n’était pas là. La pierre est cette même pierre dont il est parlé dans le mythe Hindou. Krishna est appelé Giridhar, celui qui tient la pierre, qui l’enlève. Sous la pierre, la pierre de l’être extérieur, chaque âme individuelle dans le monde est étouffée. Quand elle est enlevée, alors l’homme s’élève à l’immortalité. A partir de quoi s’élève-t-il ? Il s’élève au-dessus du corps et du mental. Les linges et le linge de tête gisant séparément, symbolisant le corps et le mental, montrent cela.
Les grands poètes, les grands musiciens, les grands écrivains s’élèvent souvent au-delà du corps. Ils ne savent pas où ils sont assis ou debout, ils sont perdus dans leur imagination, inconscients de l’existence physique, mais ils ne s’élèvent pas au-dessus du mental. Quand la conscience s’élève au-dessus du mental, alors elle est libre, elle est active dans son propre élément. Et alors cette conscience peut donner d’elle-même au mental.
L’élévation à cette conscience, dans laquelle il n’y a pas de distinction, est le plus haut degré de la résurrection. Il y a d’autres degrés, tout juste comme dans un ascenseur on ne peut arriver au septième étage sans passer par le second, le troisième, le quatrième et les autres étages.
L’absorption dans la vie intérieure
Il y a cette résurrection dans laquelle se trouve la contrepartie exacte du corps physique. Celle-ci marche, s’assied, et peut faire tout ce que peut faire le corps physique. Les Soufis l’appelle alm-e-mithal. Il y a des mystiques qui ont si complètement maîtrisé cela qu’ils peuvent agir indépendamment du corps physique. La mort n’est rien pour eux car ils restent vivants après la mort. Cela est accompli par amal. Quelqu’un qui l’avait étudié m’écrivit l’autre jour : « J’ai perdu toute crainte de la mort, parce que la mort a mis un turban sur moi ». Il n’y a pas de mort lorsque cela est maîtrisé.
Si un poète est en train d’écrire son poème et que sa femme, son domestique, une centaine de gens passent devant lui, il ne les verra pas. Il ne sait pas si quelqu’un s’est trouvé là. Si un peu d’amour pour la poésie peut faire cela, combien plus l’amour, l’absorption dans la vie intérieure peut-elle attirer la conscience au-dedans !
Absorbés dans la pensée du Christ
Il est rapporté dans les Evangiles que le Christ après sa résurrection a été vu à plusieurs reprises par ses disciples. C’est l’expérience de toute personne qui a pratiqué la concentration, qui a médité, qu’il voit ce qu’il a maintenu dans sa conscience non seulement au-dedans, mais au-dehors devant lui. C’est la première expérience que tout mystique a. Les disciples étaient perdus, absorbés dans la pensée du Christ – comment ne l’auraient-ils pas vu ?
Les paroles du Christ sont :
Touchez-moi et voyez que c’est moi, car un esprit n’a ni chair ni os comme vous voyez que j’en ai.
Et il leur dit :
Enfants, avez-vous quelque chose à manger ?
Et ils lui donnèrent un morceau de poisson bouilli, et il le prit et le mangea devant eux. On donne bien des sens différents au mot « esprit ». On l’utilise pour un fantôme, ou pour l’âme. Mais en réalité il signifie l’essence qui est le pôle opposé de la substance.
La vie réelle
Tout ce que l’œil a vu ressuscite dans l’œil. Si quelqu’un mentionne une certaine personne – même si vous avez complètement oublié la personne – elle ressuscite devant votre œil : dans cette maison, à cet endroit où vous l’avez vue. Ce n’est pas dans cet œil physique, mais dans cet œil qui est au-delà. Le matérialiste dira : « C’est entièrement dans le cerveau ». Comment le cerveau pourrait-il contenir tant de milliers et de millions de choses et d’êtres ?
Bien sûr sans entraînement quelqu’un ne voit pas l’esprit. Mais je dirai que dans le rêve vous vous voyez vous-même, vous vous éprouvez vous-même en divers entourages, dans la compagnie de gens différents. Si vous dites : « C’est un rêve », je répondrai : Quand l’appelez-vous rêve ? Vous l’appelez rêve quand vous vous réveillez. Quand vous voyez le contraste avec votre entourage dans la condition d’éveil, vous dites alors : « C’était un rêve, sinon il ne m’aurait pas quitté, mais tout est différent ». Mais si, pendant que vous rêvez, quelqu’un vient à vous et dit : « C’est un rêve », vous ne le croirez jamais.
La résurrection est l’élévation à cette vie réelle, à cet Ami vrai sur lequel seul nous pouvons nous reposer – toutes les autres choses et les autres êtres sur lesquels nous pensons pouvoir nous reposer, nous ne pouvons pas compter sur eux – cet Ami qui Seul est toujours inchangé, qui a toujours été avec nous et sera toujours avec nous.
Le front souriant – deuxième partie – recueil posthume de conférences – Chapitre 23
- Pir-o-Murshid Hazrat Inayat Khan cite le passage biblique (Luc 20/35) de mémoire.
« …mais ceux qui seront trouvés dignes d’avoir part au siècle à venir et à la résurrection des morts ne prendront ni femmes ni maris.
Car ils ne pourront plus mourir, parce qu’ils seront semblables aux anges, et qu’ils seront fils de Dieu, étant fils de la résurrection ».
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