
Le vrai Soufi est pur de toutes choses,
même de la croyance
Idées soufies sur la réincarnation
Depuis très longtemps, l’idée du karma et de la réincarnation a causé une grande curiosité dans l’esprit nouvellement éveillé à ces choses des Occidentaux, toujours affamés de quelque chose de différent, d’inhabituel et de sensationnel. Cette doctrine a pavé la route pour que quelques chercheurs de vérité répandent leur croyance religieuse dans le monde moderne en pleine prospérité. Au nom du karma et de la réincarnation plusieurs enseignements et croyances nouveaux ont attiré l’attention occidentale qui a toujours été engagée dans le matérialisme.
Le raisonnement logique appliqué à cette idée a toujours beaucoup frappé l’intellect humain. Et c’est pourquoi l’intellect des Occidentaux, qui avance vigoureusement, a rapidement apprécié et absorbé cette doctrine. Ceci, bien qu’elle ne leur ait pas spécialement profité. En effet, elle ouvre devant eux un champ de réflexion plus vaste et jusque-là inconnu. Et elle avive leur intérêt pour la pensée ancienne.
Ceux qui exposent cette idée ont eu jusqu’ici un succès tel, que les gens d’Occident qui croient à cette doctrine l’ont littéralement idéalisée. De sorte que même la croyance hindoue et la croyance bouddhique s’en sont effacées. Le désavantage de cette influence est devenu plus grand que son profit.
Les intellectuels qui cherchaient un refuge dans la connaissance de la vérité, las de leur religion immuable et illogique, sont tombés victimes de cette nouvelle idée du karma et de la réincarnation. Car en celle-ci il n’est pas question de la miséricorde de Dieu. Mais il est question d’une loi de l’action qui a fait cesser leur foi, leur confiance, leur amour et dévotion envers Dieu. Et ils ont perdu toute espérance, tout courage pour accomplir le voyage dès ce monde, constatant qu’ils sont pécheurs à chaque instant. Ils voient devant eux une série d’un grand nombre de réincarnations, avant qu’ils n’atteignent le but.
Une vaine recherche intellectuelle
Ils ne peuvent pas non plus arriver à quelque chose grâce à l’entraînement d’un maître spirituel, à cause de leur instabilité et de leur tendance à aller d’un maître et d’une méthode à l’autre.
Un mystique dira :
Arrivez à tout en arrivant à une seule chose.
Ce à quoi tend leur recherche est quelque chose de surnaturel, des phénomènes, au lieu de chercher la simple sagesse qui est très suffisante pour arriver. Mais les esprits confus ne peuvent en jouir, à la manière de l’eau de l’océan qui a un goût amer, tandis que celle de la rivière est douce.
Ainsi est leur intérêt concernant la simple sagesse, en comparaison des idées à sensation envers la variété, associées au désir d’acquérir des pouvoirs mystiques. L’étude comparative des religions rend encore leur mental plus confus, à cause des différences d’idées et de croyances. Et la recherche historique, pour laquelle cette courte vie n’est pas suffisante et qui n’est pas digne qu’on se repose sur elle, occupe toujours leur vie entière dans la curiosité et dans le désir de quelque chose qu’eux-mêmes ne connaissent pas. En définitive, rien n’est pratiquement gagné.
Le Soufi est pur de toutes choses
Il serait fou de demander à un Soufi quelle est sa croyance concernant le karma et la réincarnation alors qu’il s’appelle lui-même soufi, ce qui veut dire pur, non seulement de toutes choses, mais même de la croyance. Il ne la favorise et ne la rejette pas non plus. Mais sa sympathie tente naturellement de guider les voyageurs dans le chemin divin, s’ils s’égarent.
Mais un voyageur qui a été souvent trompé peut à peine croire, même pour son propre avantage. Un jour, quelqu’un m’a demandé : « Croyez-vous qu’il faille être bon ou ne pas être bon ?« . J’ai répondu : « Les deux« . Il dit : « Comment est-ce possible ? J’imagine que vous êtes très bon« . J’ai dit : « A certains moments« .
Document écrit par Hazrat Inayat, probablement vers 1915-1916
Publié dans Philosophie – L’origine et la continuité de la vie – cahier 6 – chapitre 13 – 1
