
L’espoir est considéré comme une grande vertu par les gens réfléchis. « Pourtant – pourrait-on objecter – est-ce vraiment une vertu ? N’est-ce pas plutôt une affaire de tempérament ? Car il y a des êtres qui espèrent et d’autres dont la tendance à espérer et à conserver l’espoir paraît faible. » Et puis, demandera-t-on encore : « Si la vie nous a beaucoup découragés, comment faire pour persister dans l’espoir ? Ceux qui espèrent toujours, en dépit des circonstances, ne se leurrent-ils pas ? ».
Or l’espoir, l’espoir en soi, n’est-il pas plus qu’un espoir, c’est-à-dire qu’un espoir en une chose limitée ? Oui : l’espoir est une lumière, un rayon qui part de notre cœur, un rayon qui nous donne la vie. On dit souvent : « Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir ». Mais quand on considère profondément les choses, l’espoir et la vie sont identiques. C’est quand le courant de la vie baisse que l’espoir diminue ; si le courant vital devient plus fort, l’espoir renaît.
Rien n’est perdu tant que l’espoir n’est pas perdu. Quand il est perdu, tout est perdu. Pourquoi ? Parce que c’est l’attitude du manque d’espoir qui bloque le sentier de l’homme dans la vie.
L’espoir accompagne l’amour
Et puis, l’espoir accompagne l’amour. Autrement dit le manque d’amour va naturellement avec un manque d’espoir. Nous observons cela lorsqu’il s’agit d’un genre de personnes pour lesquelles nous n’avons pas beaucoup de sympathie. Nous n’avons pas grand espoir en ce qui les concerne ; nous dirons, en voyant leurs défauts : « Peut-être pourra-t-elle s’améliorer… », ou s’il s’agit de sa santé : « Souhaitons qu’elle aille mieux… ». Mais la force de notre espoir laisse tout de même à désirer en ce qui les concerne. Nous ferons plutôt pour leur santé des prévisions assez grises.
Mais quand il s’agit de quelqu’un que nous aimons, nous espérons toujours qu’il va se trouver en meilleure condition, ou qu’il va se trouver libéré de soucis graves. Nous espérons le mieux pour lui. Ou bien en dépit de mille choses indésirables qu’il aura pu avoir faites, nous espérons qu’il prendra le bon chemin. Et la sincérité et la force de notre espoir pourront même l’y amener.
Entretenir l’espoir
L’espoir est considéré comme une grande vertu par les gens réfléchis : c’est ce que nous avons entendu au commencement. Cependant, si l’espoir peut être inné chez certains et si l’attitude contraire se trouve aussi naturellement chez d’autres, comment l’espoir peut-il être une vertu ? En effet, ce qui est reçu à la naissance n’est pas une vertu comme celle que nous pouvons acquérir par nos propres efforts. Cependant, il faut se rendre compte que la qualité de l’espoir, même innée, demande à être entretenue. Elle a même toujours besoin d’être renouvelée parce que la vie brise nos espoirs les uns après les autres. Tous ceux qui nous entourent, à peu d’exceptions, près sont enclins à nous décourager.
Ils ne pensent pas à mal, mais ils sont prêts à évoquer tous les obstacles, sous prétexte qu’ils connaissent bien la vie, et ainsi nous enlèvent notre espoir. Il est très rare de rencontrer un être qui vous insuffle l’espoir, mais celui-là donne la vie. Si vous parlez de vos espoirs, de vos projets, à votre famille, à vos amis, sur cent d’entre eux, quatre-vingt-dix-neuf vous diront que la chose est difficile, et qu’étant difficile, vous avez peu de chances de réussite. Si vous avez prévu des difficultés, un seul à peine vous donnera l’espérance, mais celui-là est un être précieux. Tous ceux qui ont percé d’une façon heureuse dans un domaine ou dans un autre, ceux-là ont toujours eu, et maintenu, l’espoir.
Quant aux êtres spirituels, aux grands êtres, en quelque domaine que ce soit, ils ont toujours apporté l’espoir. C’est un grand art de donner l’espoir sans tromper et sans se tromper. Cependant, comme les possibilités de l’âme sont infinies, l’espoir est toujours justifié.

L’espoir et la résignation
Mais si l’espoir est toujours justifié – demandera-t-on – quelle est la place de la résignation dans la vie ? N’est-elle pas aussi une vertu ? Oui, la résignation a sa place dans la vie, mais la résignation à ce qui est arrivé, la résignation à ce que nous ne pouvons pas changer. Alors, seulement c’est une vertu, et ce peut être une grande vertu. Mais ce ne serait pas une vertu de nous résigner à ne plus avancer vers ce que nous désirons parce que cela nous paraît trop loin, ou parce que nous nous décourageons avant d’avoir atteint des résultats.
C’est l’espoir qui possède ce pouvoir de nous faire progresser dans la voie de l’évolution.
Dans le Gayan, nous lisons :
« La possibilité est la nature de Dieu, et l’impossibilité est la limitation de l’homme ».
177ème boula du Gayan
Ce qui nous montre que la possibilité est la nature de Dieu, en d’autres termes, la qualité divine, et que le contraire est la limitation de l’homme, qui ne voit que des obstacles, des déceptions.
Or il dépend de nous, de notre attitude, d’espérer ou de ne pas espérer. Si nous perdons notre espoir, c’est que nous n’avons pas su, que nous n’avons pas compris que c’est une chose de si grande valeur et qui maintient en vie. C’est que nous avons pensé que c’est quelque chose qui vient, qui s’en va, qui nous est donné ou ne nous est pas donné. Mais c’est au contraire quelque chose en nous sur quoi nous devons veiller avec le plus grand soin.
S’élever au-dessus de la vie
Par l’espoir, on s’élève toujours, sans espoir, on s’abaisse. Toute la solidité que nous pouvons éprouver dans cette vie de lutte, tout le vrai bonheur que nous pouvons ressentir, vient lorsque nous pouvons nous élever au-dessus de la vie – par l’espoir.
Il est inutile de vouloir faire l’expérience du bonheur sans nous élever au-dessus de la vie, parce que, si nous ne nous élevons pas au-dessus du sol, de cette terre, nous serons toujours bousculés, étouffés. C’est la lumière de l’espoir de quelque chose de beau qui nous aide à nous élever au-dessus de cela. C’est difficile ? Sans doute.
Cependant, une chose importante pour cultiver l’espoir, est de refuser de se laisser emprisonner par l’idée de la difficulté des choses, de nous dire que les chocs de la vie sont nécessaires, que c’est une préparation pour un résultat meilleur ; gardons en notre esprit et notre cœur l’impression de tous les événements heureux qui ont existé dans notre vie et de toutes les possibilités qui sont en nous et en-dehors de nous. Et puis, aussi de nous dire que les souhaits même de notre âme prouvent qu’il est naturel qu’elle avance vers ce qu’elle souhaite, et que l’espoir est comme un précurseur de l’atteinte de la chose désirée.

Question : Pourquoi l’idée d’espoir s’attache-t-elle à la couleur verte ?
Réponse : Le vert, dans la nature, est l’indice de la vie. Au printemps, quand la nature semble s’ouvrir, l’herbe verdit. Comme l’eau est le symbole de la vie, le vert peut très bien être le symbole de l’espoir
Mercredi 4 novembre 1936
Dernière conférence prononcée par Murshida Sharifa
