
La connaissance spirituelle et la connaissance du monde s’atteignent par des voies opposées. Tout comme le ciel est à l’opposé de la terre, la source de la connaissance des choses spirituelles est à l’opposé de la connaissance du monde. Lorsqu’un homme acquiert de l’intellect, il connaît les choses du monde, mais cela ne signifie pas qu’il devient spirituel. Au contraire, lorsqu’il pense : « Je comprends les choses de ce monde », il s’éloigne encore davantage de la spiritualité. Et quelle est la meilleure manière de parvenir à la connaissance spirituelle ? On doit tout d’abord développer en soi cette petite étincelle qui est divine et qui brillait dans l’enfance. C’est quelque chose de pur, quelque chose de céleste : l’innocence
L’innocence purifie
L’innocence est ce qui nous attire le plus. C’est l’innocence qui donne une impression de pureté. Mais nous ne devons pas comprendre cela de travers. La connaissance du monde est plus qu’utile, elle est nécessaire pour vivre dans le monde pour tirer le meilleur parti de notre vie, pour servir Dieu et l’humanité ; mais pour parvenir à la connaissance spirituelle, c’est l’innocence qui est nécessaire.
Ce qui nous attire le plus chez nos amis, nos parents c’est peut-être le côté innocent de leur nature. Les gens pardonnent à ceux qui leur sont chers, ils supportent leurs défauts. Ils disent : « Il a tort mais il est innocent ». Il y a une pureté qui est divine et qui attire tout le monde. L’innocence est comme une source d’eau qui purifie tout ce qui est étranger au cœur et à l’âme.
Comment pouvons-nous atteindre l’innocence ? L’innocence n’est pas étrangère à notre nature, nous avons tous été innocents et c’est en prenant conscience de cette nature que nous la développons. Et aussi en admirant et en appréciant cette nature car toutes les choses que nous admirons deviennent des impressions. Ceux qui ont une mauvaise nature mais qui ont recueilli de bonnes impressions changeront leur nature avec le temps.
S’élever au-dessus des choses
Au cours de mes voyages en Inde, dont le but était de rendre hommage aux sages de ce pays, ce qui me séduisait par-dessus tout était que, plus leur âme était grande, plus leur innocence était grande. C’est l’innocence que l’on voit en eux non pas la simplicité d’esprit. L’homme simple d’esprit ne comprend pas, nous constatons cela tous les jours : ses yeux sont fermés. L’innocence est de comprendre et de s’élever au-dessus des choses. Chacun voit l’autre à travers ses propres lunettes et les préjugés se tiennent souvent entre les deux. C’est l’unité qui donne une vision profonde. Lorsque l’innocence est développée on atteint la spiritualité. L’homme devient sage après avoir été intellectuel, lorsqu’il s’élève au-dessus de l’intellect, il voit alors la cause derrière la cause et comprend le comportement de son ennemi.
Serait-il utile de vivre entièrement selon le principe de l’innocence ? On peut appliquer un principe mais il ne doit pas diriger notre vie. Quand les gens se font une chaîne de leurs principes, cela devient une captivité. La vie est liberté. On ne peut se forcer à l’innocence. Mais s’il est un signe de piété ou de spiritualité, l’innocence jointe à la compréhension de toutes choses en est la meilleure preuve.
Hollande, 7 janvier 1923
L’Art d’être – Le privilège d’être humain – recueil posthume de conférences – chapitre 17 – 2
Sera publié dans Psychologie – Art de la personnalité – Art d’être – cahier n°6 – chapitre 17 – 1
