L’inspiration et la révélation

Pîr-o-Murshid Inayat Khan - Psychologie

L’inspiration est une forme plus haute d’intuition, car elle vient comme une idée, comme un thème complet avec ses improvisations, comme la phrase qui crée un poème. L’inspiration est un courant, un courant d’émerveillement et d’étonnement. Un être réellement inspiré, qu’il soit écrivain, compositeur, poète ou quel que soit son travail, une fois qu’il a reçu une inspiration, a trouvé satisfaction – non pas qu’il soit satisfait de lui-même, mais de ce qui lui est venu. 

Cela donne à son âme un très grand soulagement. Car l’âme puisait dans quelque chose. Et cet objet dont elle s’inspirait lui a cédé. Il lui a donné ce qu’elle cherchait. Par conséquent, on peut appeler l’inspiration la récompense de l’âme.

Concentrer son mental sur le mental divin

Ce n’est pas par l’attente anxieuse qu’on a de recevoir quelque chose que cela peut être obtenu. Ce n’est pas par la tension cérébrale que l’on peut écrire de la poésie. Et ce n’est pas non plus en se tourmentant pendant des jours que l’on peut composer une œuvre musicale. Celui qui fait ainsi ne peut pas recevoir l’inspiration. Celui qui reçoit l’inspiration est tout à fait tranquille et sans souci au sujet de ce qui vient. Il est certainement désireux de recevoir quelque chose. Il désire passionnément le concevoir. Et c’est en concentrant son mental sur le mental divin que, consciemment ou inconsciemment, l’homme reçoit l’inspiration.

Ce phénomène est si grand et si admirable que sa joie n’est semblable à aucune autre au monde. C’est dans cette joie que le génie inspiré fait l’expérience de l’extase. Et c’est une joie qui est presque indescriptible. C’est une élévation. On sent qu’on est élevé au-dessus de la terre quand le mental est concentré sur le mental divin. Car l’inspiration vient du mental divin. 

Ce que les grands musiciens, poètes, penseurs, philosophes, écrivains et prophètes ont laissé au monde est toujours élevant. Bien que ce ne soit pas chaque être qui comprenne pleinement leur œuvre. Et que par conséquent, chaque être ne puisse pas en jouir pleinement. Mais imaginez quelle est leur joie devant ce qui leur vient. Il n’y a pas de mots pour la dire ! C’est dans l’inspiration que l’on commence à voir le signe de Dieu. Et le génie le plus matérialiste commence à se poser des questions quant à l’Esprit divin une fois que l’inspiration a commencé à lui venir.

Toute connaissance appartient à Dieu.

On pourrait demander : « Est-ce que l’inspiration vient comme un tableau terminé ? Vient-il comme une lettre écrite ? ». Non, elle vient à un artiste comme si quelqu’un d’autre lui avait pris la main. Elle vient comme si ses yeux étant fermés son cœur était ouvert. Il a dessiné quelque chose. Il a peint quelque chose. Et il ne sait pas qui l’a peint, qui l’a dessiné. L’inspiration vient à un musicien comme si quelqu’un d’autre jouait ou chantait. Et qu’il ne fasse que le noter : une mélodie complète, un air parfait. Et après l’avoir écrit alors son âme en est enchantée. A un poète, l’inspiration vient comme si quelqu’un le dictait et qu’il ne fasse que l’écrire. Il ne fait aucun effort cérébral. Il n’a aucune impatience dans sa réception.

C’est la raison pour laquelle beaucoup confondent l’inspiration avec les communications spirites. Bien des gens inspirés sont heureux d’attribuer l’inspiration à un esprit, sachant que cela ne vient pas d’eux-mêmes. Mais il ne s’agit pas toujours de communication spirite. Il est naturel que l’inspiration puisse venir d’un être vivant maintenant sur terre ou de quelqu’un qui en est parti. Cependant l’inspiration la plus profonde vient toujours du mental divin. Et à Dieu seul le crédit en est dû. Même si une inspiration vient par le mental d’une personne vivant sur terre ou par une âme qui est passée de l’autre côté, elle est pourtant venue de Dieu. En effet, toute connaissance et toute sagesse appartiennent à Dieu.

Parler avec Dieu

C’est une faute de la part de l’humanité d’attribuer l’inspiration à quelque être limité, qui n’est rien qu’une ombre couvrant Dieu. Quand quelqu’un croit qu’un vieil Egyptien vient depuis l’autre côté pour l’inspirer, ou qu’un Indien Américain vient le conduire dans son chemin, il construit un mur entre lui et Dieu. Au lieu de recevoir directement de la source qui est parfaite et toute suffisante, il peint son image limitée, faisant un écran entre lui et Dieu.

Le mieux pour un génie est de faire de lui-même une coupe vide, libre d’orgueil et de connaissance ou de prétention de savoir. Il est préférable de devenir aussi innocent qu’un enfant qui est prêt à apprendre tout ce qui lui est enseigné. C’est celui qui devient comme un enfant devant Dieu, et en même temps désire et souhaite exprimer la musique à travers son âme, qui devient une fontaine de Dieu. Depuis cette fontaine l’inspiration divine s’élève. Et elle apporte la beauté devant tous ceux qui voient cette fontaine.

Il y a un pas de plus. Et c’est quand un être n’est plus seulement poète, ou musicien, ou philosophe, mais devient seulement l’instrument de Dieu. Alors Dieu commence à lui parler par toute chose. Il ne lui parle pas seulement en musique ou en vers, dans la couleur ou la lumière. Il commence à communiquer avec Dieu sous toutes les formes. Tout ce qu’il voit en haut ou en bas, devant ou derrière, à droite ou à gauche, céleste ou terrestre, devient communicatif. Il commence alors à parler avec Dieu. Et on appelle ce pas révélation.

Le stade de vacuité

Il y a une histoire de Moïse qui raconte qu’alors qu’il cherchait du feu pour cuire le pain, il lui arriva de voir une lumière sur le sommet d’une montagne. Et, pour prendre ce feu, il grimpa au sommet de la montagne mais que là, le feu devint un éclair. Moïse ne fut pas capable de supporter ce grand éclat et il tomba à terre. Quand il se réveilla il commença à communiquer avec Dieu.

Cette histoire est allégorique. L’idée en est que Moïse cherchait la lumière pour en faire le soutien de sa vie. Mais il dû monter sur les plans supérieurs. Ce n’était pas possible de l’obtenir sur la terre où il se tenait. Il fallait qu’il monte au sommet. Et là ce n’était plus seulement une lumière, mais un éclair. C’était une lumière qu’il était au-delà du pouvoir de Moïse de supporter, et il tomba. Que signifie cette chute ? Devenir rien, devenir vide. Quand il atteignit ce stade de vacuité, alors son cœur devint sonore. Et il trouva une communication avec Dieu à travers toute chose dans le monde. Dans la pierre, l’arbre ou la plante, dans l’étoile, le soleil ou la lune, en tout ce qu’il voyait il trouva une communication avec son âme. Ainsi chaque chose révéla sa nature et son secret à Moïse.

C’est concernant cette révélation que Sa’di a dit que :

Chaque feuille de l’arbre devient une page de l’écriture sacrée
une fois que l’âme a appris à lire.

La concentration sur l’Esprit divin

Question : Je comprends tout à fait que l’inspiration vienne de Dieu. Mais pourriez-vous expliquer comment on reçoit l’inspiration d’une personne sur la terre qu’on ne connaît pas ?

Réponse : L’inspiration vient par le moyen d’un être vivant sur terre sous trois formes. Quand vous êtes en présence de quelqu’un qui est capable de vous inspirer. Lorsque vous êtes dans les pensées de quelqu’un qui est capable d’inspirer. Et quand votre cœur est dans un état de parfaite tranquillité et que l’inspiration qui coule à travers le cœur d’un être inspiré vient dans votre cœur. C’est comme la radio : parfois vous la connectez avec une station dont vous recevez la musique. Et parfois vous n’y êtes pas connecté, mais elle reste une station émettrice. Si quelque chose passant à travers elle n’est pas reçu, cela n’est pas entendu. Mais le son est là quand même. De la même manière on reçoit l’inspiration de ces trois sources différentes.

Question : Alors que l’inspiration provient originellement du Mental divin, doit-elle toujours être véhiculée par quelqu’un qui a passé de cette terre, ou qui y est encore ?

Réponse : Il y a différents processus. Cela dépend de la manière dont le cœur de la personne est concentré sur l’Esprit divin. Il y aura une personne dont le cœur est concentré directement sur l’Esprit Divin. Pour une autre personne l’Esprit divin est trop éloigné. Son cœur est concentré sur un centre. Et ce centre est concentré sur l’Esprit divin d’où il reçoit le message. Ainsi cela vient tout de même de l’Esprit divin.


Le langage cosmique – série de conférences donnée durant l’École d’été, Suresnes, 1924.
La première édition en anglais date de 1937 Deventer.

Publié dans Psychologie – l’aire du mental de l’homme – cahier n°5 – chapitre 14