
L’objectif principal de la vie ne peut être qu’un objectif unique mais les objectifs extérieurs de la vie sont aussi nombreux qu’il y a d’êtres. Il y a un seul objectif de la vie pour la raison qu’il y a une seule vie, bien qu’extérieurement elle apparaisse comme des vies multiples. C’est dans cette idée que nous pouvons nous réunir et c’est de cette idée qu’on apprend la sagesse.
Sans doute ne peut-on pas immédiatement comprendre cet objectif principal de la vie. Par conséquent, la meilleure chose pour chacun est de poursuivre d’abord son objectif de vie, et dans l’accomplissement de son objectif personnel, il arrivera un jour à l’accomplissement de cet objectif intérieur. Quand l’homme ne comprend pas cela, il pense qu’il y a quelque chose d’autre à accomplir, il pense à tout ce qui l’attend de non encore accompli et ainsi il reste en face d’un échec.
La personne pour qui son objectif n’est pas clair n’a pas encore commencé son voyage sur le chemin de la vie. On devrait donc déterminer d’abord son propre objectif pour soi-même, aussi petit qu’il soit ; une fois qu’on l’a déterminé on a commencé la vie. Nous constatons dans la vie de bien des gens que, parfois pendant toute sa durée, ils n’ont pas trouvé la vocation de leur vie. Ce qui arrive alors est qu’à la fin ils considèrent leur vie comme un échec. Pendant toute leur existence ils vont d’une chose à une autre, mais comme ils ne connaissent pas l’objectif de leur vie ils ne peuvent accomplir que bien peu.
Trouver l’objectif de sa vie
Quand des gens demandent : « Pourquoi est-ce que je ne réussis pas ? », ma réponse est : « Parce que vous n’avez pas trouvé votre objectif ». Aussitôt qu’une personne a trouvé l’objectif de sa vie, elle commence à se sentir à l’aise dans ce monde où auparavant elle se sentait comme dans un monde étrange. Aussitôt qu’une personne a trouvé son chemin, elle montre qu’elle a de la chance parce que tout ce qu’elle veut accomplir vient de soi-même. Même si le monde entier était contre elle, elle gagnerait tant de pouvoir qu’elle pourrait se tenir à son objectif contre le monde entier. Elle pourrait développer une patience telle qu’en poursuivant son objectif aucune malchance ne la découragerait.
Mais aussi longtemps qu’elle ne l’a pas trouvé, elle ira d’une chose à une autre et pensera que la vie est contre elle. Puis elle commencera à trouver des fautes aux individus, aux circonstances, aux planètes, au climat, à tout. Ainsi ce qu’on appelle être chanceux ou avoir du succès est avoir le bon objectif. Quand quelqu’un porte des vêtements qui ne sont pas faits pour lui, il dit qu’ils sont trop lâches ou trop étroits, mais quand ce sont ses vêtements il les trouve confortables, ce sont les siens. La chose importante est par conséquent de donner la liberté à chaque personne de choisir son objectif dans la vie, et si elle s’y trouve à l’aise, alors elle sait qu’elle est dans le bon chemin.
Patience et confiance
Quand quelqu’un est sur son chemin, certaines choses sont à prendre en considération. Quand il a un nœud à défaire, à dénouer et qu’on lui donne un couteau et qu’il le coupe, il a beaucoup perdu dans sa vie. C’est une petite chose, mais en ne la réalisant pas, la personne a régressé, a fait un pas en arrière. C’est un petit exemple, mais en tout ce que l’on fait, si l’on n’a pas de patience et de confiance pour aller plus loin, on perd beaucoup. Aussi petit que soit le travail que quelqu’un a entrepris, s’il en vient à bout, il a accompli quelque chose de grand. Ce n’est pas le travail dont il est venu à bout, c’est le fait même d’en être venu à bout qui lui donne du pouvoir.
L’objectif l’accomplissement spirituel
Quant à l’objectif principal de chaque âme, on peut appeler cet objectif l’accomplissement spirituel. Quelqu’un peut passer toute sa vie sans lui, mais il viendra un temps où, bien qu’il ne l’admette pas, il commencera à le chercher. Car l’accomplissement spirituel n’est pas seulement une connaissance acquise, c’est la faim de l’âme. Il viendra un jour dans la vie où une personne ressentira la faim de l’âme plus que toute autre faim. Chaque être éprouve sans doute une nostalgie inconsciente pour la satisfaction de son âme, cependant l’absorption dans la vie de chaque jour nous rend si occupés que nous n’avons aucun moment pour y prêter attention.
La définition de l’accomplissement spirituel est à chercher dans l’étude de la nature humaine. Car la nature de l’homme est une et la même, qu’il soit spirituel ou matériel. Il y a cinq choses auxquelles l’homme aspire : la vie, le pouvoir, la connaissance, le bonheur et la paix, et la faim continuelle que l’on sent dans le moi le plus profond désire l’une ou l’autre de ces cinq choses.
Les désirs de vivre, de pouvoir et de bonheur
Pour satisfaire sa faim, que fait l’homme ? Pour répondre au désir de vivre, il mange et boit et se protège contre tous les dangers de la vie. Pourtant cette faim n’est pas complètement satisfaite parce qu’il peut échapper à tous les dangers, excepté le dernier que l’homme appelle la mort.
Pour répondre au second désir qui est le pouvoir, un homme fait tout pour gagner en force physique, en influence, en rang social ; toute forme de pouvoir, il la cherche pour avoir la puissance. Il se heurte sans cesse aux déceptions parce qu’il constate que s’il y a un pouvoir de dix degrés, il y a un pouvoir de vingt degrés pour s’y heurter. Pensez seulement aux grandes nations dont la puissance militaire fut naguère si immense qu’on n’aurait pas pu croire qu’ils se fussent écroulés en un moment. On aurait pensé : « S’ils s’écroulent, cela va prendre des milliers d’années », si grand était leur pouvoir. Nous n’avons pas besoin de chercher cela dans l’histoire, nous l’avons vu arriver dans ces quelques dernières années ; nous n’avons qu’à regarder la carte.
La troisième sorte d’appétit est pour le bonheur. L’homme essaye d’y répondre par le plaisir, ne sachant pas que les plaisirs de ce monde n’atteignent pas ce bonheur que son âme recherche réellement. Les tentatives de l’homme sont vaines, il constatera à la fin que chaque effort qu’il a fait vers le plaisir a amené une perte plus grande que le gain. En outre, ce qui ne dure pas, qui n’est pas réel dans sa nature, n’est pas satisfaisant.
Les désirs de connaissance et de paix
Et puis il y a le désir de connaissance. Le désir de cette connaissance donne une tendance vers l’étude. Quelqu’un pourrait étudier encore et encore pendant toute sa vie, mais même s’il lisait tous les livres des grandes bibliothèques, il resterait la question : « pourquoi ? » Ce « pourquoi » ne trouvera pas sa réponse dans les livres qu’il étudie, ni en explorant les faits qui appartiennent à la vie extérieure. En premier lieu, la profondeur de la nature est si grande que la vie limitée de l’homme n’est pas assez longue pour sonder ses profondeurs. Comparativement ou relativement, on peut dire qu’une personne est plus savante qu’une autre ; mais personne n’atteint la véritable satisfaction par l’étude extérieure de la vie.
Enfin il y a l’appétit pour la paix. Afin de trouver la paix on abandonne son entourage qui est source d’ennuis, on veut s’éloigner des gens, on veut s’asseoir tranquillement et se reposer. Mais celui qui n’est pas prêt pour cette paix ne la trouvera pas, même s’il va dans les cavernes des Himalaya, loin du monde entier.
Quand on examine ces cinq appétits, qui sont les plus profonds que l’homme possède, on constate que tous les efforts que l’homme fait semblent être vains. Ils peuvent seulement être assouvis par l’accomplissement spirituel. En effet, c’est la seule chose qui réponde à tous ces cinq appétits.
Vivre
Le désir de vivre ne peut être satisfait que lorsque l’âme réalise sa vie éternelle. Car la mortalité existe comme conception plutôt qu’en réalité. D’un point de vue spirituel la mortalité est le manque de compréhension de l’âme concernant ce qu’elle est elle-même. C’est comme une personne qui aurait vécu toute sa vie dans l’idée qu’elle est elle-même son vêtement, et quand le vêtement se déchire elle pense qu’elle est morte. On fait l’expérience de la même chose dans la vie. L’âme reçoit du corps physique une sorte d’illusion et s’identifie avec son être mortel, ce qui est comme s’identifier avec son manteau et par sa perte imaginer qu’on est perdu.
Comme une connaissance intellectuelle de cela est de peu d’utilité, les gens sages de toutes les époques ont pratiqué la méditation pour donner à l’âme une chance de se trouver indépendante du corps physique. Une fois que l’âme a commencé à se percevoir elle-même, avec sa propre vie, indépendamment de son vêtement extérieur, elle commence à avoir confiance en la vie et n’est plus effrayée de ce qu’on appelle la mort. Aussitôt que ce phénomène est accordé à une personne, elle n’appelle plus la mort « mort » ; elle appelle la mort un changement.
Pouvoir
Quand on en vient à l’idée du pouvoir, le pouvoir véritable ne consiste pas à essayer d’acquérir du pouvoir, le pouvoir véritable consiste à devenir pouvoir. Mais comment devenir pouvoir ? Cela requiert qu’on entreprenne d’accomplir un changement déterminé en soi-même, et ce changement est une sorte de lutte avec son faux moi. Quand ce faux moi est crucifié, alors le vrai moi est ressuscité. Devant le monde cette crucifixion semble un manque de pouvoir, alors qu’en vérité tout pouvoir est atteint par cette résurrection.
Connaître
Quant à la connaissance, elle a deux aspects. Une connaissance est celle qu’on apprend en sachant les noms et les formes de cette vie, c’est ce que nous appelons l’étude. Cela ne peut pas être la réponse à cette faim, c’est seulement un marchepied dans cette direction. Cette étude extérieure ne fait qu’aider quelqu’un à venir à l’étude intérieure, mais l’étude intérieure est complètement différente de l’étude extérieure. Comment la pratique-t-on ? On la pratique en étudiant le moi. On trouve que toute la connaissance à laquelle on s’efforce et tout ce qu’il y a à étudier, est en soi-même. Et on trouve une sorte d’univers en soi-même et par l’étude du moi on arrive à cette connaissance spirituelle qui est en réalité la faim de l’âme.
Le bonheur
Puis il y a la question du bonheur. Quelqu’un pense que si ses amis sont bons avec lui, si les gens l’écoutent et s’il gagne de l’argent, alors il sera heureux. Mais ce n’est pas la bonne manière de devenir heureux. C’est une erreur. Le manque de bonheur lui fait blâmer les autres, en croyant que ceux-ci bloquent devant lui la voie qui lui permettrait de devenir heureux. En réalité il n’en est pas ainsi.
Le véritable bonheur n’est pas acquis, il est découvert. Le chemin même de l’homme est bonheur, c’est pourquoi il en est affamé. Ce qui éloigne le bonheur de la vie c’est qu’on ferme les portes de son cœur et quand le cœur n’est pas vivant, le bonheur n’y vit pas. Parfois le cœur n’est pas pleinement éveillé, mais seulement un peu ; en même temps il attend la vie du cœur de l’autre. Mais la vie réelle du cœur est de vivre indépendant dans son propre bonheur. Et cela est atteint par l’accomplissement spirituel.
La paix
Quant à celui qui a atteint la paix en lui-même, il peut être dans une caverne des montagnes ou dans la foule, en tout endroit il éprouvera la paix.
Maintenant la question se pose de la manière dont on peut atteindre ces cinq choses. Comme je l’ai dit, la première condition nécessaire est de réaliser l’objectif qui se trouve immédiatement devant vous ; aussi petit soit-il ; ce n’est pas ce qui importe. C’est en l’accomplissant qu’on acquiert du pouvoir. A mesure que l’on ira plus loin dans ce chemin au cours de sa vie, cherchant toujours ce qui est réel, on arrivera à la réalité.
La vérité
La vérité est atteinte par l’amour de la vérité. Quand une personne se sauve loin de la vérité, la vérité se sauve loin d’elle. Sinon, la vérité est plus proche d’une personne que ce qui est sans vérité. Il n’y a rien de plus précieux dans la vie que la vérité elle-même, et en aimant la vérité et en arrivant à la vérité, on arrive à cette religion qui est la religion de tous les peuples et de toutes les églises. Alors il importe peu qu’on appartienne à telle église, qu’on professe telle religion, ni à quelle race ou nation on appartient. Une fois qu’une personne réalise la vérité elle est tout, parce qu’elle est avec tous.
Il y a des contestations et des malentendus avant qu’on n’ait atteint la vérité. Une fois qu’on a atteint la vérité, il n’y a pas de malentendus. C’est parmi ceux qui ont appris la connaissance extérieure que s’élèvent des disputes. Mais ceux qui ont atteint la vérité, qu’ils viennent du Nord ou du Sud, de n’importe quel pays, cela n’a pas d’importance. En effet, quand ils ont compris la vérité ils sont dans l’unité. C’est cet objectif que nous devrions garder devant nous afin d’unir les sections divisées de l’humanité. Car le bonheur réel de l’humanité est cette unité que l’on peut gagner en s’élevant au-dessus des barrières qui divisent les hommes.

L’appétit de l’âme
Je voudrais vous parler du même sujet dont j’ai parlé le soir dernier. Cela pour la raison que, lorsqu’on traite un sujet devant un large public, on ne peut pas très bien en toucher les aspects profonds. Par conséquent, je vous demande votre indulgence pour les quelques remarques qui vont seulement concerner les détails du même sujet.
J’ai dit qu’il y a cinq aspects dans lesquels se montre l’appétit de l’âme. Ces aspects sont le désir de vivre, le désir de connaître, le désir de pouvoir, le désir de bonheur et le désir de paix. Il y aura peut-être une personne qui montrera davantage un certain désir qu’une autre personne. Néanmoins, chaque personne possède tout de même ces cinq aspects de l’appétit de l’âme.
Le désir de vivre
Si nous étudions profondément le désir de vivre, nous constaterons que nous ne pouvons pas avoir un désir qui n’appartienne pas à notre nature. S’il y a un désir, il y a pour lui une réponse. Le désir de vivre continuellement est le désir de la personne spirituelle aussi bien que de la personne matérielle. Une personne spirituelle espérera sans doute en la vie future et une personne matérielle se montrera pessimiste contre son propre désir, mais le désir est là de la même façon. Comment est-ce qu’on atteint cette continuité de la vie ? Cela ne dépend pas seulement de la croyance, bien que sa croyance aide une personne à réaliser cette expérience. Quand il n’y a aucune croyance, la personne n’en trouve pas le chemin.
Néanmoins, la continuité de la vie est logiquement possible parce que chaque être désire vivre. Il est naturel que personne ne désire ce qui n’est pas possible. Un désir naturel a sa possibilité déjà présente. S’il n’y avait aucune possibilité, on ne le désirerait pas. En disant cela, je ne parle pas d’une personne aliénée. Une telle personne peut désirer n’importe quoi. Mais une personne qui a sa raison ne désirera que ce qu’il est possible d’accomplir.
L’âme se croit mortelle.
Le secret de cela, on peut le trouver en s’analysant soi-même. En étudiant le moi, on constatera que son corps n’est qu’un écran sur son moi réel. Mais par une étude un peu plus profonde, on découvrira que même son mental est un écran sur son moi réel. Aussitôt qu’on trouvera cela, on deviendra indépendant du corps pour vivre, et on deviendra aussi indépendant du mental pour vivre. « Mais – pourrait-on demander – s’il n’y a pas de corps, alors qu’est-ce que la vie ? » On demandera cela parce que l’homme s’est lui-même limité en faisant l’expérience de la vie à travers le corps et n’a pas essayé d’en faire l’expérience sans son aide.
Quand l’homme n’est pas conscient de son corps, il est conscient de son mental. Quand il a les yeux ouverts, il regarde les objets devant lui. Et quand ses yeux sont fermés, il réfléchit sur ce que son mental a acquis. Dans les deux cas, il dépend ou bien de son corps ou bien de son mental pour faire l’expérience de ce qu’il vit. Cette dépendance rend l’âme limitée. Non seulement elle la limite, mais elle la rend mortelle. Je ne veux pas dire par là que l’âme soit mortelle, mais que le fait même de croire en la mortalité est pour l’âme comme si elle était mortelle.
Les autres désirs
Maintenant vient la question du désir de pouvoir. L’homme désire le pouvoir parce qu’il est naturel pour lui de gagner. Quelque part, le pouvoir est caché en lui, il n’y peut rien. L’homme est impuissant, en dépit de ce pouvoir qui est caché en lui. L’impuissance, l’expérience d’être sans pouvoir vient de son ignorance du pouvoir qui est en lui. Pour en ouvrir les portes, pour voir le pouvoir qu’il a en réserve, il est nécessaire de chercher le royaume de Dieu, comme il est dit dans la Bible. Parce qu’alors il trouvera son héritage divin qui est tout pouvoir.
Ensuite, vient le désir de connaître. Afin d’acquérir cette connaissance qu’on ne peut acquérir par l’étude, on doit essayer de méditer et de plonger dans la mer de connaissance. C’est en plongeant profondément dans cette eau que l’on obtient cette connaissance que l’étude ne peut enseigner. De cette manière, on trace une division entre deux aspects de connaissance, un aspect est l’intellect, l’autre est la sagesse. Par conséquent, un homme sage n’est pas un homme habile, ni un homme habile, un homme sage.
Pour en venir à l’explication du bonheur, le bonheur vient en creusant profondément dans notre propre cœur. C’est une grande erreur de chercher le bonheur dans le monde du dehors. Le bonheur vrai est notre propre être, notre moi le plus profond. Plus nous devenons conscients de notre vrai moi, plus le vrai bonheur en résulte.
Quant au désir pour la paix, ce qui arrive c’est que pour obtenir la paix, nous accusons toujours l’autre personne qui nous tape sur les nerfs. Mais la paix véritable ne peut venir qu’en se tenant si ferme contre toutes les influences qui nous entourent que rien ne puisse nous troubler.

L’immortalité de l’âme
Question : Croyez-vous à l’immortalité de l’âme ?
Réponse : Eh bien, toute ma conférence était sur ce sujet.
Question : Sur quelle base se fonde votre croyance en l’immortalité de l’âme ?
Réponse : Il ne peut pas y avoir une meilleure base que la réalisation que l’on en a soi-même.
Question : Je crois, mais j’ai besoin d’être fortifié dans mes idées. J’aimerais avoir une raison en faveur de l’immortalité de l’âme.
Réponse : Toutes les religions du monde soutiennent cette idée. Par conséquent, pour un croyant il y a tout ce qu’il faut pour la soutenir.
Question : Y a-t-il quelque instruction dans le Soufisme qui puisse fortifier cette croyance ?
Réponse : Oui, notre instruction toute entière consiste à la réaliser, et pas seulement à la fortifier. Notre travail, le travail de la philosophie soufie, n’est pas seulement de fortifier la croyance de quelqu’un mais de faire de sa croyance une conviction. Par conséquent, nous n’enseignons aux gens aucune croyance.
La connaissance de soi
Question : Murshid, comment proposez-vous de réaliser la connaissance de soi ?
Réponse : Il y a quatre chemins grâce auxquels on arrive à réaliser la connaissance de soi. Le chemin de la connaissance, le chemin de l’action bonne, le chemin de la méditation et le chemin de la dévotion. Quand une de ces quatre voies est proche de votre nature, empruntez-la, et à la fin vous trouverez la réponse de votre âme.
Question : La méditation est la principale, je pense ; les trois autres sont intéressantes, mais voudriez-vous donner une explication de la quatrième ?
Réponse : La dévotion est la nature originelle de l’homme. Comme le dit la Bible : « Dieu est amour« , ainsi dans la personne où il y a l’amour, il y a Dieu.
Le chemin de l’amour
Question : Si un athée a de la dévotion, de l’amour, comment peut-on concilier cela avec son athéisme ?
Réponse : Il ne peut plus être athée quand il a de la dévotion ou de l’amour, parce que ce principe d’amour dans son développement le fera croire, sinon en Dieu, du moins en la personne qu’il aime. Si quelqu’un aime vraiment une personne, il doit à la fin aimer toutes les personnes.
Quand quelqu’un dit : « J’aime une personne mais je déteste une autre personne », il ne sait pas encore ce que signifie l’amour. Car l’amour n’est pas limité, il est divin et illimité. En ouvrant la porte à l’élément d’amour en soi, on ouvre la porte à un élément divin. Quand la fontaine divine commence à s’élever dans le cœur, toutes les réalisations qui sont divines doivent s’élever comme une fontaine. Les grands saints, qui éprouvaient de l’amour même pour le plus petit insecte et créature vivante, avaient la réalisation divine sans grande étude ou méditation. Leur seul amour la leur enseignait.
Question : Comment peut-on concevoir cet élément divin ?
Réponse : L’amour est divin depuis son commencement et sous tous ses aspects. Le grand poète de la Perse, Roumi, dit :
« Que vous ayez aimé une personne ou que vous ayez aimé Dieu,
si vous voyagez jusqu’au bout sur le chemin de l’amour,
à la fin vous arriverez dans la présence du Souverain de l’amour. »
Question : Est-ce que la réalisation de la connaissance de soi est la réalisation de l’esprit ou de l’âme ?
Réponse : Le soi est l’âme. Par conséquent, c’est la réalisation de l’âme aussi bien que du corps et du mental, de l’être entier. Même dans la réalisation du soi, la réalisation de Dieu arrive.
L’intuition
Question : Chacun dans la vie doit avoir un objectif, chacun doit trouver sa voie et en trouvant sa voie on doit y mettre toute son intelligence. Est-ce qu’il y a un moyen de trouver sa voie dans la vie ?
Réponse : Oui, si on mène une vie droite, une vie naturelle, on trouve intuitivement la voie droite pour avancer. En outre, quand quelqu’un a trouvé son objectif, celui qui est pour lui, alors il se sent lui-même, il se sent chez lui. Alors, il constate que toutes choses l’aident, il se sent plein d’espoir et de courage.
Question : Y a-t-il un moyen de trouver l’objectif ? Je n’ai pas encore trouvé d’objectif dans la vie.
Réponse : Il faut développer l’intuition.
Question : Comment développer l’intuition chez quelqu’un qui ne la possède pas ?
Réponse : La confiance en soi. On doit être prêt à faire des erreurs parce qu’on ne peut pas toujours avoir la bonne intuition ; si l’on se méfie de l’intuition, alors on n’en aura pas du tout.
Question : Alors c’est un grand risque ?
Réponse : Rien n’est atteint sans risque. Quand les gens disent qu’en quelque chose il y a un risque, je leur dis souvent que ne pas prendre un risque est un risque encore plus grand.
L’intelligence
Question : Est-ce que l’intuition est supérieure à l’intelligence ?
Réponse : La supériorité et l’infériorité sont des termes relatifs. Bien sûr, l’intuition vient quelquefois d’une source plus profonde que l’intellect. Par intelligence, on entend la capacité de connaissance et par intellect, ce qu’on connaît. L’intelligence est la capacité, l’intellect, la connaissance. L’intelligence est une substance pure, quelque chose de très pur. Par conséquent, l’intelligence est la substance divine que l’on peut reconnaître en soi. S’il y a quelque signe de l’âme dans une personne, c’est l’intelligence. Par conséquent, plus intelligente est une personne, plus cette personne a une âme brillante. Mais je ne veux pas dire qu’une personne intellectuelle n’ait pas d’intelligence.
La volonté
Question : Est-ce que la volonté n’est pas plus près de la divinité ?
Réponse : Oui. Si je devais donner une définition de la volonté, je l’appellerais amour. « Je veux le faire » signifie : « J’aime à le faire », c’est la manière poétique de le dire.
Question : Mais j’ai fait beaucoup de choses que je n’ai pas aimé faire.
Réponse : Dans ce cas, une personne ne « veut » pas les faire. Alors, elle est une machine, la volonté n’est pas là. Quand une personne veut faire, alors elle aime faire. Pour moi, le pouvoir de la volonté et le pouvoir de l’amour sont une seule chose.
Question : Est-ce que faire ce qu’on n’aime pas faire est cependant un moyen de développer sa volonté ?
Réponse : Oui, nous développons notre pouvoir en le faisant. Nous développons notre pouvoir sur une partie de nous-mêmes qui ne veut pas. Cela veut seulement dire qu’une partie de nous-mêmes n’aime pas faire quelque chose qu’une autre part du moi aime faire. Et, par conséquent, nous appelons la partie qui conquiert : la volonté.
L’amour
Question : Si je rends le bien pour le mal, la première impulsion est de ne pas le faire.
Réponse : J’appellerais cela l’amour, l’amour sous forme de pardon, de tolérance. Si vous ne voulez pas le faire, c’est autre chose. J’aimerais mieux avoir un homme qui ne pratique pas une certaine vertu que celui qui la pratique sans amour. La pratiquer à contrecœur n’est pas bon. Par exemple, quelqu’un vous rend visite et demande en partant à emprunter votre imperméable. Vous dites : « Très bien », mais il se trouve que vous ayez aussi à sortir. Si, alors, vous dites : « Quel sale type ! Il a pris mon imperméable », j’aimerais mieux que vous ne l’ayez pas donné mais que vous ayez dit : « Je suis désolé, je ne peux pas vous le donner, monsieur ! »
Toute bonne action n’a sa vertu que si elle vient de votre amour. Sinon, c’est une action morte, elle ne vit pas.
La réincarnation
Question : Est-ce que la philosophie soufie dans son essence croit à la réincarnation.
Réponse : La philosophie des Soufis ne donne aucune croyance et ne s’oppose à aucune croyance. Elle interprète de son mieux chaque croyance aussi favorablement que le font ceux qui la suivent. Par exemple, si quelqu’un pose au Soufi une question sur le Bouddhisme, le Brahmanisme ou la religion chrétienne, le Soufi aura envers cette personne l’attitude de l’avocat qui se tiendrait au tribunal, donnant sa version devant la loi. Mais le soufisme ne donne aucune croyance comme étant la sienne propre. C’est sans doute pourquoi un Soufi croit en une certaine doctrine et un autre ne la comprend pas à ce moment-là. Pour devenir soufi, il n’est pas nécessaire d’avoir telle ou telle croyance, telle ou telle doctrine. Le Soufi aide seulement quelqu’un à s’élever au-dessus des choses et à regarder la vie d’un point de vue plus élevé. Le soufisme suit exactement l’idée écrite dans la Bible :
« Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et toutes ces choses vous seront données par surcroît. »
Au lieu de se tracasser au sujet des croyances, le Soufi va droit à cette idée centrale, et, quand il se tient là, il voit la vérité de toutes choses. C’est le mystère de la vie que, chaque fois qu’il prend en mains la lanterne divine, toutes choses deviennent claires.
Le Soufisme donne la liberté à chaque adepte de trouver par lui-même.
L’idéal de Dieu
Maintenant je désire dire un mot et c’est que la plus grande nécessité de notre vie est Dieu. A notre grand désappointement, nous constatons que cet idéal est perdu. Qu’il s’agisse de gain spirituel ou de gain matériel, toute inspiration et pouvoir est dans l’amour de Dieu, dans la connaissance de Dieu et dans la réalisation de soi et de Dieu.
Bruxelles, 22 mai 1924 et 23 mai 1924
L’Alchimie du Bonheur – chapitre 2
Recueil de conférences – première édition en anglais 1923.
Sera publié dans Psychologie – Art de la personnalité – Art d’être – cahier n°5
