Pourquoi ce titre ?

Pourquoi nommer ces recueils de conférences « L’unité des idéaux spirituels »? Ne serait-il pas plus clair de parler d’idéal religieux ? Ces deux termes ne sont-ils pas, au fond, synonymes ? Et d’ailleurs l’auteur, Soufi Hazrat Inayat Khan n’avait-il pas déjà intitulé les conférences qu’il a prononcées sur ce sujet et qui constituent, groupées, le présent volume : « The Unity of Religious Ideals » – « L’unité des Idéaux Religieux » ?
Or, ce qui vient à l’esprit de l’Occidental moderne quand on prononce le mot religion, ce ne sont pas ses aspects spirituels, c’est plutôt ce que le temps en a fait depuis son émergence dans l’Histoire. L’Occidental moderne y voit un ensemble de dogmes, de mythes, de coutumes, de rites plus ou moins contraignants, soutenus par des textes sacrés qui sont censés avoir pris origine dans la venue d’un ou plusieurs prophètes. Avec les siècles, cet ensemble en est venu à fédérer une communauté de fidèles partageant les mêmes idées, valeurs, coutumes, etc.
Sans doute la perspective est-elle très différente lorsqu’elle est vue par l’adhérent sincère, l’adhérent de base d’une religion. Pour lui, le rôle principal de SA religion est de le sauver de la Perdition, une Perdition qui menace tous ceux qui n’appartiennent pas à SA religion, et au contraire de le mener, lui, au Salut (quel que soit le nom qu’il lui donne dans sa croyance particulière).

Vivre la religion dans le cœur et l’esprit
Et puis, dans chaque religion, il y a des personnes plus profondes, qui vivent leur religion non seulement dans ses aspects extérieurs, dans leurs coutumes et croyances, mais qui la vivent dans leur cœur et leur esprit. Elles y trouvent un réconfort dans les difficultés de la vie, un ensemble de moyens pour s’élever au-dessus d’elles-mêmes et pour vivre leur humanité de manière plus noble et plus satisfaisante pour leur conscience. Et elles y trouvent aussi un bien très précieux, qui est l’idéal de Dieu, un aliment très puissant pour l’aspiration de leur âme.
Tel apparaît donc le phénomène religieux, à la fois collectif et individuel, au regard impartial, je dirai humaniste, d’un Occidental moderne quand il regarde les choses du côté le plus favorable : la religion apparaît en fin de compte comme une tentative qui vise à hausser l’humanité au-dessus d’elle-même, un effort de l’homme pour s’élever au-dessus de sa condition égoïste, animale, grâce à l’idéal de Dieu ou de la Vérité.
L’idéal de Dieu
Mais il y a un second point de vue, c’est qu’à la base de la religion, il y a un puissant besoin du cœur humain, un désir très vivace de considérer et d’adorer ce qui dépasse nos limites étroites, nos limites d’êtres humains jetés dans un monde où ils ne sont jamais heureux, quelles que soient les illusions qu’ils chérissent et les tentatives qu’ils font pour se saisir d’une félicité perpétuellement fuyante. Et il en est de même de ses impuissances, de son impossibilité de trouver sa paix dans le monde tel qu’il est et qu’il sera toujours, et il en est de même de toutes ses limitations. Alors, il sent que l’Idéal de Dieu est ce qui le complète, qui l’élève au-dessus de sa condition misérable et tellement imparfaite.
L’Esprit de Guidance
Cependant, quelle que soit la face de la religion que nous considérons, elle nous apparaît comme un effort, une tentative qui vient de la terre pour élever l’homme plus haut, et si possible jusqu’à Dieu.
Or, telle n’est pas du tout la vision que nous montre Hazrat Inayat Khan.
Et c’est cela qui est tout à fait nouveau et même capital pour comprendre le phénomène religieux. Hazrat Inayat RENVERSE COMPLETEMENT LA PERSPECTIVE. La religion ne part pas d’en-bas, du monde objectif, pour nous permettre de nous élever au-dessus de lui, la religion vient constamment d’En-Haut, du monde spirituel. C’est la conséquence d’un déversement perpétuel de lumière, que Hazrat Inayat appelle L’Esprit de Guidance.

