Le thème de la religion peut s’envisager sous deux aspects : la connaissance de l’Etre Divin et l’Esprit Guide.
La connaissance de l’Être Divin
La connaissance de l’Être Divin est une expression que Hazrat Inayat Khan a souvent utilisée dans son enseignement.
Il est donc non seulement possible, mais essentiel que l’homme connaisse Dieu.
Comment y parviendra-t-il ? La religion enseigne la croyance, diverses formes d’adoration et la prière, autant de moyens permettant à l’homme de s’approcher de Dieu. Toutes les religions évoquent également Dieu, offrant ainsi à l’homme une représentation, un idéal de Dieu.


Si la Vie se représente comme une ligne droite dont l’extrémité supérieure est Dieu et l’autre l’homme, le désir le plus profond de cette Vie est de voir ces deux extrémités se rejoindre, que la ligne raccourcisse. Dans tout l’enseignement de Murshid Inayat Khan, cela est présenté comme le but ultime de la vie : l’union du but de l’individu avec celui de Dieu. Car Dieu aspire à être connu. Il créa l’univers à partir de Lui-même, de Sa propre essence, afin de pouvoir Se contempler, et façonna l’homme à Son image.
Dans Sa création Dieu se révèle constamment, mais cela ne suffit pas.
Les âmes illuminées
Dans l’Invocation :
« Vers l’Unique,
la perfection d’Amour d’Harmonie et de Beauté, le Seul Être,
Uni à toutes les âmes illuminées qui forment l’incorporation du Maître, l’Esprit-Guide. »
Les paroles « Vers l’Unique » nous montrent une voie droite qui mène vers cette perfection d’amour, d’harmonie et de beauté, qui est le Seul Être.
Cela ne nous laisse-t-il pas confus, empêtré dans cette énigme de notre existence propre, de savoir ce que nous sommes ? En effet, nous sommes surtout conscients de nous-mêmes, de notre existence individuelle ; où pouvons-nous être s’il n’y a qu’un Seul Être?
Comme une consolation l’Invocation se termine en nous disant qu’Il est uni à toutes les âmes illuminées. Ces âmes illuminées qui sont venues sur la terre, et ont vécu comme nous. Elles nous ont parlé dans notre langue et ont aidé l’humanité de trouver son chemin « vers l’Unique ».
L’Esprit Guide.
Ces âmes illuminées constituent l’Esprit Guide. Les dernières paroles rejoignent les premières : il y a un chemin et il y a le Guide.

Inayat Khan nous dit :
Si par l’adoration et la prière, et surtout par sa foi l’homme a fait un pas vers Dieu, Dieu approche l’homme sous la forme de l’Esprit Guide et se révèle dans les messages qui furent successivement donnés, ainsi que par la vie exemplaire des messagers et autres âmes illuminées.
Hazrat Inayat nous explique qui sont ces êtres qui font partie de l’incorporation du Maître, qui est l’Esprit guide.

Nous apprenons que sur le modèle des constellations dans le cosmos, il y a aussi une hiérarchie spirituelle qui assigne une place et un certain temps à chacun. Le rang de chacun dans cette hiérarchie est déterminé par le rayon de leur influence dans le monde.
Les trois prières au Pîr, au Nabi et au Rasoul dont une idée précise sur leur rôle dans la hiérarchie spirituelle.
Le Pîr est le guide « qui nous inspire dans les voies confuses de vie ».
Le Nabi est celui qui éclaire l’obscurité, qui montre le chemin en nous laissant « l’empreinte de ses pas qui mènent vers le but éternel ».
Le Rasoul est celui qui éveille le monde en apportant le message de Dieu. Il est notre Sauveur, et en « cherchant refuge dans son étreinte pleine d’amour » nous trouvons la Vie éternelle.

Enfin, nous trouvons des descriptions des diverses religions établies ainsi que des prophètes qui en ont apporté les messages, des descriptions et explications de leurs diverses formes d’adoration et de certains de leurs symboles.
La précision de la place du soufisme est développée dans un cahier à part.
Pourquoi le titre Unité des idéaux spirituels ?
Pourquoi ce titre ? Ne serait-il pas plus clair de parler d’« idéal religieux » ? Ces termes sont-ils synonymes ? Soufi Hazrat Inayat Khan avait intitulé ses conférences « The Unity of Religious Ideals » — « L’unité des Idéaux Religieux ». Pourtant, pour l’Occidental moderne, la religion évoque plutôt dogmes, mythes, coutumes, rites contraignants soutenus par des textes sacrés liés à des prophètes. Ces éléments ont façonné des communautés partageant idées et valeurs.
Pour le croyant sincère, sa religion vise avant tout à le sauver de la Perdition, qui menace ceux hors de sa foi, et à le conduire au Salut, selon sa croyance. Certains vivent leur foi intensément, au-delà des rites, trouvant réconfort, élévation spirituelle et l’idéal de Dieu, source puissante pour l’âme. Pour un Occidental humaniste, la religion est une démarche collective et individuelle visant à élever l’humanité vers l’idéal divin ou la Vérité.
Une autre approche voit la religion naître d’un besoin profond du cœur humain, cherchant à adorer ce qui dépasse ses limites, dans un monde où il reste insatisfait malgré ses efforts pour trouver un bonheur insaisissable. Ce besoin découle aussi de son incapacité à trouver la paix ici-bas. L’idéal de Dieu complète et élève l’homme au-delà de sa condition imparfaite.
Quelle que soit l’approche, la religion semble être un effort venu de la terre pour élever l’homme vers Dieu. Hazrat Inayat Khan renverse cette idée : la religion ne vient pas du monde objectif, mais d’En-Haut, du monde spirituel, fruit d’un flux constant de lumière qu’il nomme « L’Esprit de Guidance ».

L’Esprit de Guidance est le fil conducteur de ces ouvrages
Une brève introduction est nécessaire pour comprendre l’Esprit de Guidance, fil conducteur de ces livres. Cet Esprit, cette Lumière d’En-Haut, nous touche de deux manières : d’abord de façon centralisée, puis diffuse.
Hazrat Inayat compare la forme centralisée aux rayons du soleil vus en plissant les yeux : certains sont forts, d’autres faibles. Ces rayons représentent des êtres très avancés — Prophètes, Saints, Maîtres spirituels — qui guident spirituellement. La première partie des Cahiers leur est consacrée. Ils ne sont pas le fruit de la religion, mais sa cause parmi les hommes, comme le montrent ces conférences.

La lumière diffuse ressemble au soleil caché par les nuages. Elle vient d’éléments extérieurs : une image, une parole, voulue ou non, pouvant alerter ou aider. Par exemple, Saint Augustin entend une voix lui dire « prends et lis » et trouve sa vocation dans un livre. Parfois, la guidance vient de l’intérieur, par inspiration ou rêve. Les chemins de la Guidance divine sont nombreux. La forme diffuse guide chaque personne, tandis que la forme centralisée, par un être avancé, soutient la communauté.
En résumé
Changeons de point de vue : la religion n’est ni création humaine ni effort terrestre pour atteindre Dieu. C’est un influx divin qui éveille en nous l’esprit religieux, c’est-à-dire l’élévation. La religion, telle qu’on la connaît, est une transformation terrestre de cette Lumière, de cet Esprit de Guidance dont la Hiérarchie Spirituelle est formée par les rayons.
Faut-il penser que le Christ est venu pour créer le Christianisme, ou Mohammed pour fonder l’Islam ? Ces religions sont des adaptations humaines. Le Message du Christ et de Mohammed dépasse ces formes. Il faut dépasser l’accessoire pour atteindre l’essentiel : l’aspect spirituel des religions, qui montre leur unité profonde. Nous invitons le lecteur à mettre de côté jugements, habitudes et doutes sur la religion. Le Message soufi de la Liberté Spirituelle, présenté par Hazrat Inayat Khan, est une lumière différente qui éclaire d’En-Haut, aidant à mieux comprendre la vie, y compris la religion.
