La psychologie humaine

Il n’y a rien de plus intéressant que d’observer. Tout le monde le fait. Cependant la connaissance de la psychologie humaine n’est pas aussi étendue qu’on pourrait le croire. Y a-t-il des moyens pour l’apprendre ? Certainement. Le meilleur, celui que chacun emploie plus ou moins, et de suivre son intuition. Quand on voit quelqu’un ou qu’on entend parler de lui on pense alors : « Oui, on a pu me dire telle ou telle chose sur cette personne. Mais mon impression est celle-ci. On a pu me dire différentes choses de cet homme. Mais mon sentiment et celui-ci ».

Chacun se fie à son sentiment, à son impression. C’est le seul guide dont nous puissions être sûrs. Si nous prenions garde de ne pas laisser notre sentiment, de ne pas colorer nos impressions, nous n’aurions pas besoin d’autre chose. Mais il est rare que notre impression soit aussi clair que nous le voudrions. Cela vient de ce que notre mental n’est pas limpide, ce qu’il est coloré par notre sentiment. Si nous sommes heureux, tout nous semble couvert de rose. Si nous sommes tristes, tout nous paraît triste. Et si nous sommes en colère, nous voyons le rouge partout, ou bien nous sommes troublés. Il n’y a rien de clair à ces moments.

L’impression claire

Pour avoir une impression claire, et par conséquent toujours véridique, il faut pouvoir neutraliser tout à fait le mental, le maintenir tranquille. Il ne faut pas qu’ils prennent la couleur de nos sentiments, de nos idées, que nous soyons déprimés, ni exalté. Si nous sommes tout à fait calme, nous sommes comme un miroir pur, nous verrons la personnalité qui est en face de nous avec sa couleur naturelle.

On dit que tous les miroirs ne donnent pas de vrais images. C’est parce que tous ont un peu de couleur. Un peintre disait une fois qu’il voudrait avoir un miroir teinté de rose pour que chacun, en s’y regardant, puisse être impressionné correctement. Le prix considérable d’un tel miroir arrêta son projet. S’il en est de même de notre miroir intérieur, nos impressions seront teintées de rose. Des sentiments en nous font aussi que nous voyons les choses suivant le sentiment qui prédomine à tel ou tel moment. Si nous sommes tristes, tout nous paraît triste, si nous sommes gais, tout nous paraît drôle, heureux. Si nous sommes méfiants, tout nous paraît plein de méfiance. Il en est ainsi pour tous les sentiments.

Puis encore, la préoccupation de notre propre personne empêche de voir correctement. Quelqu’un dit de nous : « Quelle bonne personne », nous pensons : « Cette personne est vraiment bonne, elle a su m’apprécier ». Et si son avis change, nous serons facilement portés à croire : « Cette personne m’en veut, elle a un dessein caché. ». Plus nous sommes préoccupés de nous-mêmes, moins nous pouvons voir ce que sont les autres.

L’imagination très active trouble aussi notre vision. On peut se représenter les choses à sa propre façon, tel qu’on se les représentait.

Les suggestions

L’être humain est très disposé à recevoir des suggestions. Il est rare de ne pas le voir influencé par quelqu’un. Quand on n’a pas vu un être, il devient difficile de se défaire d’une idée formée par ce qu’on a entendu dire de lui. Si on rencontre cet être, on peut en avoir un autre sentiment. Mais on garde l’idée qu’on s’en était formé pour la contrôler. On se dit : « Oui, je n’ai pas vu cela encore en lui », sans se dire : « C’est peut-être une chose inexistante ».

Donc, les impressions, les sentiments que nous avons sont les meilleurs guides pour nous éclairer sur les êtres humains avec lesquels nous sommes en rapport ou que nous avons devant nous. Même à distance, en entendant parler d’une personne, on a une impression qui s’avère quand on rencontre cette personne. Mais c’est surtout devant quelqu’un qu’on reçoit une impression de sa personnalité. Très souvent, il n’y a rien de très visible pour inspirer tel ou tel sentiment, confiance ou méfiance : ni parole, ni voix. Ce ne sont pas les sentiments d’une personne qui nous parle. Mais quelque chose en nous qui nous dit : « Cette personne est sûre, nous pouvons nous fier à elle ». Ou bien : « Attendons, cette personne nous apparaîtra sous un jour différent ». Cela peut se vérifier après de longues années.

L’observation

A part l’intuition et les impressions, il y a beaucoup de règles de psychologie, beaucoup d’observation qu’on peut faire en les utilisant en même temps que l’intuition, mais qui serait inutile si l’intuition n’était pas développée. Les règles sont si nombreuses qu’il faudrait en parler pendant des heures.

On peut observer si un être était JelalJemal, s’il est énergique ou s’il a moins d’énergie. Si c’est un être entreprenant, agissant, ou un être dont l’action est plus atténuée. Un être qui pourra être aussi actif en employant moins de force.

On peut l’observer aussi d’après les éléments, voir quel élément prédomine en lui, ce n’est pas facile. Cela se voit par la position que prend l’être lorsqu’il est assis ou debout, par les positions qu’il prend dans ses mouvements indique dans quelle période de sa vie il se trouve, si un être monte ou s’il est sur son déclin. Tout cela se voit clairement.

Et on peut étudier la physionomie dont chaque trait dit beaucoup de choses, le visage, les mains, les pieds, jusqu’aux plus petites lignes ou tâches qui peuvent exister sur une main. On peut étudier la démarche, l’écriture est aussi les préférences des êtres, non seulement dans leurs occupations, mais aussi leur préférence en matière sentimentale, leur sympathie et leurs antipathies, leur préférence pour certaines couleurs, certaines formes, pour les sons, les goûts, les arbres, les fleurs. Tout cela révèle des qualités des êtres et parle aussi de leur passé et de leur avenir. Ils révèlent aussi beaucoup également par les objets dont ils aiment s’entourer, les tableaux, les genres de meubles qu’ils préfèrent.

L’étude de soi-même

Et puis, quand on connaît bien la psychologie humaine, on peut étudier ses actions, ses paroles, ses façons d’être et connaître ses mobiles, ses tendances. On peut voir la réaction des êtres réciproquement les uns sur les autres, voir ce qui les attire et ce qui les repousse, ce qui fait naître l’amitié ou ce qui fait qu’elle se brise, ce qui produit la réussite ou l’échec ; pourquoi l’un plaît et l’autre déplaît, pourquoi l’un est heureux et l’autre ne l’est pas.

On peut aussi étudier les influences qui ont agi sur un caractère, les qualités qu’il a acquises, les qualités qui était innées. Et on peut voir jusqu’à quel point un être humain peut se transformer, maintenir des qualités ou les perdre ; jusqu’à quel point il peut maintenir son influence sur un autre et jusqu’à quel point cette influence est exercée par la volonté ou non. On peut voir comment se préserver des êtres et des influences. Enfin, comment un être peut acquérir toutes les qualités ou les perdre.

Cette perte ou cette acquisition compose tout le jeu de la vie et sont des plus intéressantes. Pîr-o-Murshid disait qu’on supporterait toutes les peines, toutes les misères pour l’intérêt de cette contemplation qui a servi de thème à beaucoup de poèmes persans.

La meilleure façon d’étudier la psychologie humaine, c’est de commencer à s’étudier soi-même.


Paris mercredi 30 janvier 1935