La religion est née avec l’homme

L’esprit de la religion – La croyance – La grâce divine

Unité des idéaux spirituels

Je désire d’abord introduire l’idée de l’Adoration Universelle, le service auquel vous venez d’assister. La religion a existé avant les églises, les mosquées et les synagogues. Nous voyons que la religion est née avec l’homme, et que dans toutes les races, aussi primitives qu’elles soient, avant que tout autre instinct ne naisse en elles, la religion est le premier instinct qui naît dans leur cœur.

A présent, à ce stade de civilisation, beaucoup d’entre nous cherchent à s’éloigner de la religion. Mais si nous réfléchissons à la question de savoir si la science seule peut satisfaire notre vie, si l’amusement suffit à notre vie, si l’éducation répond à nos objectifs, nous constatons qu’il n’en est pas ainsi. Cela paraît l’être, mais cela ne l’est pas. L’absence de religion aujourd’hui dans une société qui ne se soucie pas d’idéal religieux est un grand manque.

On peut se demander s’il y a une religion dans le monde occidental. Mais oui ; dans toutes les parties du monde il y a la religion, mais ce matérialisme toujours croissant et ce mercantilisme qui prévaut toujours plus déracinent la religion. Si nous étudions l’histoire du monde, nous voyons que toutes les guerres et toutes les batailles ont eu leur cause dans les religions, par une différence de religion.

Même dans cette guerre récente, qui – disons-nous – s’est produite à cause de conditions politiques, il y a toujours eu une petite ombre de religion ici ou là. Et quelle pitié que la religion, qui fut donnée à l’humanité par les Maîtres de sagesse divine, au lieu d’unir les hommes, les divise et provoque des guerres.

L’opposition à la religion

Certaines personnes, que l’idée de la religion irrite, disent qu’elles ne veulent rien avoir à faire avec la religion. Mais c’est comme s’opposer à l’idée qu’il y a des microbes dans l’eau et dire que les gens ne devraient pas en boire, ou que, comme la contagion peut se faire par l’air, les gens ne devraient pas le respirer. Si l’abus de la religion a créé l’inharmonie, il n’est pas nécessaire d’oublier les bons côtés de la religion. Il faut seulement mieux comprendre la religion.

Quand je dis religion, je n’entends pas la religion chrétienne, juive ou musulmane, je parle d’Une religion, de La religion. Toutes les autres sont des crédos, sont son expression, ses différentes interprétations. Il y a Une Seule Vérité, et il ne peut vraiment y avoir qu’Une religion. Qu’il y ait beaucoup de religions, c’est seulement l’idée de ceux qui regardent les formes extérieures de la religion. Une fois que vous aurez compris l’esprit de la religion, vous ne direz jamais : « plusieurs religions ». Oui, il y a bien des crédos, des temples hindous, des mosquées, des églises chrétiennes ; et pourtant il y a Une seule religion. Dès que vous touchez cette religion, toutes les autres choses lui sont extérieures, vous avez touché l’esprit.

Dieu, la déité

On peut analyser la religion en étudiant ses cinq différents aspects. Un aspect est Dieu, la déité. Les peuples primitifs qui vivaient dans les diverses parties du monde avaient aussi une déité. Peut-être la voyaient-ils dans un arbre, dans une plante sacrée, dans le soleil, dans un rocher ancien. Il y en eut d’autres qui virent leur déité sous la forme d’un homme, sous la forme d’un ange.

L’homme ne peut penser à un idéal plus élevé que celui qui correspond à sa conception, auquel il peut penser. Il ne peut pas penser plus loin. Ainsi, c’est selon leur évolution particulière que les peuples de toute religion ont conçu leur déité. Néanmoins, c’est un seul et même idéal, c’est Une seule Déité. Quelle importance cela peut-il avoir s’ils l’ont appelée Jehova, Allah, Khuda ? Le nom ne fait pas de différence. Même la conception ne fait pas de différence ; une fois que nous comprenons que c’est la vraie source et le but de toutes choses, elle est une et la même.

Nous ne pouvons pas être satisfaits avant de rencontrer la perfection de tout ce qui est bon et beau dans la vie, comme la justice, la piété, le pouvoir, tout ce qui fait une impression profonde sur notre admiration. Mais dans ce monde objectif, nous ne trouvons en toutes choses qu’une qualité limitée. Ces qualités, nous pouvons les voir dans leur perfection, en l’idéal élevé de la déité. Quand nous disons « déité », nous pensons à Dieu, la perfection de beauté, la perfection d’amour, la perfection de justice, de sagesse. De cette manière, tout ce que nous apprécions et admirons, mais sans le trouver dans sa perfection, nous pouvons le trouver dans l’idéal divin. C’est la raison de l’adoration de Dieu, de la croyance en Dieu.

Le Sauveur, le Seigneur et le Maître

Le second aspect de la religion est le Sauveur, le Seigneur et le Maître. Une communauté a donné à son Seigneur et son Maître un certain nom. Ses membres ont de la dévotion pour lui, ils considèrent son nom, son image, comme un moyen pour eux de s’élever. Ils sont dans le vrai, cependant une autre personne, en Chine, au Japon, a aussi son Seigneur, son Sauveur, son idéal religieux différent, son nom est différent ; et pour un homme d’Arabie son Seigneur, son grand Maître, en lequel il a foi, a aussi un nom différent.

S’ils en viennent à discuter, ce sur quoi ils discutent est ce qu’ils connaissent par leurs traditions. Des vies de ces Maîtres, nous n’avons pas leur tradition à eux, ni leurs enseignements particuliers. Il y a des livres qui sont peut-être apparus depuis des milliers d’années et ont été interprétés par cent personnes différentes. Les gens qui s’en tiennent à leurs anciennes traditions discutent de leurs Seigneurs et de leurs Maîtres, dont ils sont les fidèles à leur propre manière. C’est une chose qu’il faut prendre en considération.

Le premier et le dernier.

Certes, moins on en dit, mieux cela vaut. Pourtant, si au moment où nous en sommes de la civilisation nous considérons cela avec les yeux ouverts, nous pouvons nous souvenir que le Christ a dit :

« Je suis l’Alpha et l’Omega »,

Le premier et le dernier. Cela ne veut pas dire : « J’ai commencé à exister quand les gens m’ont connu comme Jésus, et mon existence s’est terminée après que je suis parti de cette terre mortelle ». Cela signifie : « J’ai été avant d’être reconnu comme Jésus. Je suis toujours là : Alpha et Omega ». A qui se réfère-t-il en cela ? A cet Esprit qui est l’Esprit de Guidance qui a élevé l’humanité, l’a haussée d’âge en âge. Alors pourquoi un tel Esprit n’existerait-il pas dans tous les pays ? Si nous sommes autorisés à croire en le Christ, nous pouvons laisser la même liberté à l’habitant de la Syrie qui dit : « Mohammed est mon grand Prophète ».

C’est le côté borné du point de vue de l’homme, l’étroitesse de son idéal qui fait qu’il ne voit pas que derrière tous ces noms il y a Un seul Maître. Quand il croit et quand il comprend cela, il grandit son Maître, parce qu’alors son Maître est Alpha et Omega, qui a inspiré n’importe quelle race, n’importe quel peuple, en tous temps.

La forme du culte

Le troisième aspect de la religion est la forme du culte d’adoration. Dans le désert d’Arabie, où les gens cuisent sous la chaleur du soleil, ils sont dehors, l’un près de l’autre et prient en plein air. Dans les contrées occidentales, où il fait si froid, on construit des églises pour la manière particulière de prier. Les Parsis ont prié devant une rivière, devant la mer, devant le soleil.

Quand nous regardons ces diverses formes de prière et d’adoration, qui séparent les différentes religions de ce monde et les font différentes, nous commençons à comprendre qu’elles sont seulement dues à la coutume, aux convenances et aux conditions climatiques du monde. Le Juif dans sa synagogue a le même objectif que le Chrétien dans son église, que le Musulman dans sa mosquée et que l’Hindou dans son temple. L’objectif à atteindre est un seul et même objectif. Par conséquent, la différence de leur culte ne rend pas la religion différente.

Le Livre Sacré

Le quatrième aspect de la religion est le Livre Sacré. Vous lirez, dans les divers livres sacrés donnés par les grands Maîtres, la vérité fondamentale de toutes, comme une et la même. C’est pourquoi le Nouveau et l’Ancien Testament sont tous deux dans le même Livre. Le sens en est que l’humanité peut devenir universelle, qu’elle doit ne pas oublier les enseignements du passé, du présent, de tous les âges. Les enseignements des Hindous, des Bouddhistes désignent tous le même idéal élevé : une vie plus noble, la bonté, l’humilité et tout ce qui est bon et beau. A leur propre manière, avec leur propre langage, elles offrent une explication de la noblesse de la vie.

La méditation

Le cinquième aspect de la religion est l’aspect méditatif ; afin que par la concentration, par la méditation, en chaque forme, vous puissiez réaliser votre unité avec Dieu.

Plus nous étudions diverses religions avec une attitude sympathique, plus nous arrivons à comprendre que dans la vérité, elles sont une seule et même religion, qu’une vérité sous-jacente se trouve dans toutes les religions.

Dans cette Adoration Universelle, on lit divers Livres Sacrés, donnés comme des enseignements de différents grands Maîtres, et on allume des cierges au nom de chacun des grands Maîtres de l’humanité, que des millions d’individus dans le monde suivent aujourd’hui. C’est pour nous rappeler, dimanche après dimanche, que les grands Êtres ont fait don en leur temps de la sagesse divine à l’humanité. En écoutant leurs paroles avec respect, nous développons en nous-mêmes cette vérité et cet esprit qui nous aidera à parvenir à la noblesse d’esprit.

La croyance

J’en viens maintenant à l’idée de la croyance. Toute religion, si nous la considérons dans une intention de pure étude, ne signifiera rien pour nous. Mais plus de sympathie vous y mettrez, plus vous comprendrez. Des milliers de gens sont inspirés par ces grandes religions, et en sont bénis. Les Maîtres qui ont apporté le Message à chaque individu dans le monde, devrait-on les oublier ? Dans notre recherche de la vérité, ne sommes-nous pas aidés en pensant à eux, en lisant leurs livres ?

Ce qui doit être déraciné est la bigoterie, l’étroitesse ; c’est cela que nous devons rejeter pour acquérir tout le meilleur de la religion, pour apprendre de tous les grands Êtres qui sont venus. Ceux qui cherchent vraiment la vérité, sont prêts à apprendre d’un petit enfant, du sage et de l’insensé, du bon et du méchant, de tous. Comment apprendrons-nous ? En étant sans préjugés, en ayant une vision large. De cette manière, nous nous développerons et apprendrons cette sagesse qui n’est pas enseignée par des livres. Par conséquent, croire est la chose première, et non pas seulement l’étude de la religion.

Les degrés de croyance

Croire comporte quatre degrés. Le premier est la croyance commune : je crois cela parce que tous les autres y croient. Le second degré est la croyance en l’autorité : parce que l’autorité spirituelle y croit, j’y crois aussi. Le troisième degré est la croyance de raison : ce n’est pas parce que les autres y croient, j’ai ma propre raison pour y croire. Le quatrième degré est la croyance de conviction qui est même au-delà de la raison. Une fois qu’une personne est convaincue de sa croyance, aucun raisonnement, aucune autorité dans le monde entier ne peut la changer. C’est ce que nous appelons en Orient iman, qui veut dire la foi.

La grâce divine

J’en viens à présent à la grâce divine. On mentionne souvent ces mots, mais ce qu’ils signifient on y réfléchit rarement. Il y a un dévot simple et croyant qui dira : « Pour les bonnes actions Dieu me donnera une récompense et pour les mauvaises je serai puni ». Quelqu’un d’intellectuel, qui a étudié un peu la métaphysique, dira : « C’est ma méchanceté, ou le mal que j’ai fait, qui deviendra lui-même la punition que j’éprouverai dans la vie prochaine. Et quelque bien que j’ai fait, deviendra par lui-même ma récompense ».

Mais quand nous reconsidérons ce sujet en pensant à Dieu, l’idéal suprême de l’humanité, nous le voyons d’un point de vue différent. Non pas du point de vue de celui qui dit que Dieu inflige la punition au méchant et récompense le bon ; car nous avons aussi la tendance à punir quelqu’un pour ses mauvaises actions et à le louer pour le bien qu’il a fait. Si Dieu faisait de même, il n’y aurait pas de différence entre nous et Dieu.

D’ailleurs, à certains moments il nous arrive d’être meilleurs et de pardonner, de tolérer, de passer sur les fautes des autres. Si nous pouvons le faire, Dieu peut peut-être faire davantage. Au point de vue de l’intellectuel, il y a la loi : les bonnes actions aboutissent à la récompense. S’il y a seulement la loi, alors le tout est une machine, il n’y a rien qui soit Dieu.

Le point de vue amical

Les deux personnes précédentes ont leurs raisons, mais quand nous considérons ce problème relativement à Dieu, il nous faut le regarder d’un autre point de vue, du point de vue d’un ami aimant.

Quand vous n’aimez pas quelqu’un, quand vous avez de l’aversion pour quelqu’un, même s’il fait un peu de bien, nous dirons : « Oh ! Qu’est-ce que c’est, quel bien y a-t-il en cela ? Il n’y a rien ». Le bien de cet individu n’est rien pour vous lorsque vous n’avez aucune sympathie pour lui. Peu importe sa bonté, ce qu’il fait n’est rien du tout. Mais quand une personne est aimante, a de la sympathie et quelqu’un d’autre a fait quelque chose de mal, elle dit : « S’il y a quelque chose de mal, il y a pour cela une raison quelconque. Je ne le regarde pas, je n’en parle pas ». Elle donnera cent arguments pour prouver que c’est bien, parce qu’elle le regarde avec les yeux de l’amour.

La compassion

Ne lisons-nous pas dans la Bible que Dieu est amour ? Et une petite étincelle de cet amour est dans notre cœur. Si Dieu est amour que pouvez-vous attendre de Dieu sinon la miséricorde, la compassion ?

J’ai rencontré quelqu’un qui disait : « J’ai cette maladie qui est sans doute mon karma du passé que je dois supporter ». Ayant cette croyance il était sûr d’avoir à endurer cette maladie encore davantage, sachant qu’elle lui était imposée à cause de quelque karma du passé. Même d’un point de vue psychologique, c’est absurde, c’est indésirable. Désirable est d’espérer en l’amour de Dieu, d’avoir foi dans Sa compassion, sachant que Dieu est le Maître de la situation entière, et en même temps l’Amour même, qui ne se manifeste qu’en pardon. C’est cet aspect de la manifestation de Dieu qu’on appelle la grâce divine.


Chicago, 2 mai 1926

Publié dans L’unité des idéaux spirituels deuxième partie – La Religion Unique – cahier n°1 – chapitre 11