
L’entraînement soufi
Le fana-fi-sheikh des Soufis réalisé par Murshida Sharifa et ce qui en a résulté pour sa vie et sa personnalité.
On traduit généralement fana par « annihilation », ce qui fait frémir d’horreur les occidentaux que nous sommes.
Or, voici ce qu’elle en dit elle-même :
« Le ‘fana’, l’absorption, que l’on traduit aussi par l’annihilation est un mot qui a épouvanté bien des gens. Pourtant l’absorption est un processus naturel : nous le voyons continuellement à l’œuvre dans notre vie quotidienne. Deux êtres qui ont passé de longues années ensemble finissent par se ressembler ; ou bien l’un commence à ressembler à l’autre. Quelquefois toutes les personnes qui vivent réunies dans la même maison prennent une expression similaire après un nombre suffisant d’années et cette ressemblance s’étend même aux animaux : le chien aura un air de famille, le chat aussi…. C’est le processus d’absorption qui est un effet de la concentration.
… Nous savons tous qu’un enfant est exposé à d’heureuses influences s’il se trouve en présence d’être bons, au caractère noble ; nous savons très bien que nous trouverons le reflet de ces personnalités en lui s’il a passé quelque temps dans leur compagnie.
Le processus de l’absorption se fait en deux étapes. Dans la première, l’image sur laquelle nous nous concentrons est reproduite en nous par l’effet de la concentration. Dans la seconde phase, elle est reproduite non seulement en nous, mais à travers nous, en ce sens que notre être commence à devenir ce qui est l’objet de notre concentration, quel qu’il soit ; que notre concentration se fasse sur un être humain ou sur un idéal, l’effet en est le même.
Dans la vie spirituelle, le sentier de ‘fana’ mène droit au but. Bien qu’il signifie ‘annihilation’, c’est un sentier qui est très naturel à l’être humain. Il implique un sacrifice, mais c’est le sacrifice le plus naturel qu’un être humain puisse faire, parce que tout être qui contemple un bel objet ou une belle personnalité, se perd en lui tant que dure cette contemplation. Et il n’existe pas de bonheur plus grand que celui qui résulte du sentiment de s’être perdu dans un objet de beauté ; c’est une purification, cela élève et cela libère de bien des choses »
« Fana, l’absorption » in « Soufisme d’Occident »
Plus loin, Murshida Sharifa nous offre une illustration biblique de ce qu’elle vient de dire, qui précise encore sa pensée.
Quand le disciple s’est perfectionné par la voie de fana – dit-elle – il arrive enfin à Dieu. C’est un processus, une voie … »qui est décrite dans l’histoire de Ruth et Noémie que nous trouvons dans la Bible.
Cette histoire dit que Noémie était allée vivre dans un pays qui n’était pas le sien. Elle avait deux fils mariés dans ce pays. Ces deux fils moururent. Noémie resta seule avec ses deux belles-filles et souhaita revenir dans sa patrie. Elle leur fit part de son projet. La première lui déclara qu’elle souhaitait rester parmi les siens. Mais Ruth lui dit : « je vous accompagnerai dans votre pays ». Noémie lui dit alors que le voyage serait long et difficile, que ce pays n’étant pas le sien, elle n’en connaîtrait pas la langue. Sa belle-fille lui répondit par les belles paroles qui se trouvent dans la Bible :
« Où tu iras, j’irai ; où tu resteras, je resterai. Ton peuple sera mon peuple ; ton Dieu sera mon Dieu ».
Et, ayant abandonné tout ce qui était à elle, sa patrie, ses parents, sa famille, elle partit avec Noémie. Après un long voyage, elles arrivèrent dans le pays de Noémie, Bethléem, qui était le pays de Chanaan. C’était le temps de la moisson ; Ruth avait à glaner. Noémie l’instruisit et lui montra comment faire pour ramasser les épis tombés. De plus, Ruth avait une pétition à faire au Seigneur du lieu, Booz ; l’usage à cette époque voulait que si quelque membre d’une famille restait seul, il soit adopté dans la famille de son chef, car il y avait une parenté entre l’adopté et le chef de famille. Noémie instruisit donc sa belle-fille ; elle lui dit comment approcher Booz, comment faire sa pétition. Et Ruth ayant fait ce que Noémie lui avait dit, fut adoptée dans cette famille et unie à Booz.
Dans cette histoire, Noémie représente le Gourou qui a des disciples et veut retourner dans son pays spirituel. Un de ses disciples n’a pas le courage de faire le voyage ; il est attaché à ce monde ; l’autre insiste pour accompagner le Gourou. Lorsque ce dernier est arrivé dans son pays, après bien des difficultés, il apprend à son disciple comment glaner, comment gagner la connaissance divine, qui est représentée par les épis ; et il lui enseigne aussi comment il doit faire pour que son désir soit accompli. Le disciple ayant fait ce qui lui a été enseigné trouve le pays qui est véritablement le sien : il est uni à Dieu. –
Soufisme d’Occident – « Fana, l’Absorption »
Murshida Sharifa, comme on l’a dit plus haut, ne parlait jamais directement de ses propres expériences mystiques. Mais quand il lui arrivait d’exposer un sujet spirituel, il était parfaitement clair pour ceux qui l’écoutaient qu’elle parlait d’expérience.
