
Pour aborder le secret de l’esprit, je dois d’abord expliquer ce que j’entends par « esprit ». Il y a quatre significations différentes du même terme. Une signification est l’essence. L’esprit de la rose veut dire l’essence de la rose. L’esprit du camphre veut dire l’essence du camphre. La seconde signification de l’esprit est ce que beaucoup comprennent quand ils appellent « esprit », l’âme qui a laissé son corps sur la terre et est passée de l’autre côté.
Le troisième sens du mot esprit est l’âme et le mental fonctionnant ensemble. On l’utilise dans ce sens quand on dit par exemple : « Il n’avait pas l’esprit à faire telle chose », ce qui signifie que pour une raison quelconque, il ne se sentait pas à la hauteur de la circonstance. Celui qui dit cela peut ne pas le définir de cette manière, mais cela signifie la même chose. Et le quatrième sens d’esprit est : l’Ame de toutes les âmes, la source et le but de toutes choses et de tous les êtres, d’où tout est venu et à quoi tout retournera.
L’esprit – essence
Venons-en maintenant à la première signification de l’esprit : l’essence. L’essence des fleurs est le miel, l’essence du lait est le beurre, l’essence du raisin est le vin, et l’essence du savoir est la sagesse. Par conséquent, la sagesse est aussi douce que le miel, aussi nourrissante que le beurre et aussi exaltante que le vin ; car dans cette essence qui est la sagesse, il y a le miel, il y a le beurre, il y a le vin.
Intellect et sagesse
Il y a une différence entre l’intellect et la sagesse, et très peu la perçoivent, et beaucoup de gens mélangent ces deux mots. Au lieu de dire « sage », ils disent « habile » et au lieu de dire « habile » ils disent « sage ». Celui qui est sage et celui qui est habile sont deux personnes différentes. Il se peut que celui qui est sage soit habile, mais celui qui est habile n’est pas sage. Quelqu’un peut être intellectuel et cependant pas sage, mais le sage peut aussi être intellectuel. La sagesse est composée de deux choses : l’expérience à l’extérieur et l’intuition à l’intérieur. L’expérience extérieure est savoir, l’intuition intérieure est inspiration. Le savoir uni à l’inspiration est sagesse ; le savoir seul est connaissance intellectuelle.
Cela m’a amusé d’entendre une personne dire : « J’ai écrit cinquante livres sur la philosophie et j’ai lu peut-être cinq cents livres de toutes les sortes, mais je n’ai pas encore compris ce que vous voulez dire par vérité ». Je répondis que je n’en étais pas surpris. Peut-être que plus vous lisez de livres, plus ils vous éloignent de la vérité, et plus votre intelligence est recouverte par des voiles d’obscurité. Est-ce que la vérité se trouve dans un livre ? Je ne veux pas dire que l’étude n’ait pas sa place. L’étude a sa place dans la vie, mais l’étude n’est pas tout. Il y a quelque chose qu’il faut percevoir en dehors d’elle pour réaliser la sagesse.
C’est l’étude livresque qui fait très souvent penser aux gens qu’ils doivent connaître quelque chose de nouveau. Quand je parle comme je le fais, ne pensez-vous pas que c’est quelque chose que vous avez toujours entendu, toujours su ? N’est-ce pas simple ? Les gens fabriquent leur propre difficulté. Salomon a dit :
« Il n’y a rien de nouveau sous le soleil ».
La vérité et les faits
Ainsi cela existe toujours et cela sera toujours. Plus élevée est la vérité, plus simple elle est. De même que les gens font la confusion entre habile et sage, entre intellect et sagesse, ainsi les gens font la confusion entre le fait et la vérité. Chacun est prêt à défendre son argument grâce à la connaissance qu’il a gagnée par l’expérience d’un moment. Mais qu’est-ce qu’un fait ? Un fait est une vérité transitoire. En d’autres termes, un fait est un écran sur la vérité. Tant que quelqu’un trouve la vérité dans les faits, il tâtonne dans le noir. On peut demander si les faits n’ont pas quelque relation avec la vérité. Le fait est l’ombre de la vérité, comme le plaisir est l’ombre du bonheur. Le plaisir n’est pas plus le bonheur que le fait n’est la vérité.
Des gens mus par la curiosité m’ont souvent demandé : « Ne pouvez-vous pas nous expliquer ce qu’est la vérité ? » Et après avoir beaucoup essayé j’ai pensé que la meilleure chose serait d’écrire VERITE sur une petite brique pour la leur faire tenir en leur disant : « Voilà la vérité, la vérité tangible que vos mains peuvent toucher ». Ne considérez pas que ce soit une exagération, si je disais que la vérité est ce que les mots ne peuvent pas dire, et que ce qui est dit en paroles n’est pas nécessairement la vérité.
L’esprit – âme
Venons-en maintenant à l’autre sens du mot esprit. Ce mécanisme du corps physique qui fonctionne du matin au soir sans être remonté, comme une machine, et qui supporte tout le tumulte de la vie, qui souffre toutes les difficultés, et endure tout ce qui tombe sur lui, ce mécanisme un jour tombe à plat, et cette vapeur ou électricité, ou quoi que ce soit qui le faisait marcher semble partir subitement.
Un médecin dira : « Son cœur a lâché, et la personne est morte », ou bien : « Elle était malade, et elle est morte », ou bien : « Il n’a pas pu supporter sa pression artérielle », ou quoi que ce soit d’autre, pour donner une explication à la mort. Cela veut dire que la personne qui était active et sensible n’est plus ni active ni sensible. La chose la plus importante qui était en elle s’en est allée. Quoi que le médecin vous dise, il ne sait pas ce qui était là.
Du point de vue du mystique, ce qui a quitté ce corps était la personne. Ce corps n’était pas la personne ; ce corps était un masque sur cette personne. Et quand ce masque est rejeté, cette personne visible est devenue invisible. Ce n’est pas elle, c’est seulement le masque qui a été rejeté. Elle est ce qu’elle était déjà. S’il y a une mort, c’est l’enlèvement du masque.
Le corps et l’esprit
Maintenant, se pose la question : comment est-ce que cela arrive, comment cela survient-il ? La réponse est qu’il y a une action magnétique entre la personne et le masque. C’est la puissance du corps physique qui tient l’esprit, et c’est la puissance de l’esprit qui tient le corps. Le corps physique tient l’esprit, parce qu’il vit seulement par la vie de l’esprit et que sans l’esprit il est mort. Comme tout être, aussi petit qu’il soit, lutte pour sa vie, ce corps physique essaye de s’accrocher à l’esprit, et il s’accroche à l’esprit jusqu’à la fin, comme un amoureux de l’or le tiendrait crispé dans sa main jusqu’à ce que sa main soit paralysée et ne puisse plus le tenir et le laisse tomber. Cela ne veut pas dire qu’il n’en veut pas ; cela veut seulement dire qu’il ne peut pas le garder plus longtemps.
Quant au rôle de l’esprit, aussi longtemps que l’esprit trouvait intérêt au corps physique il le tenait, il le pénétrait, il l’embrassait. Mais aussitôt qu’il a senti qu’il n’en voulait plus, il le laissa tomber. Il a trouvé qu’il n’avait plus de dessein à accomplir avec lui. On peut étudier ces deux tendances en comprenant les individus. Il y a des individus qui peuvent avoir atteint un âge avancé, tel qu’ils n’ont plus rien à faire dans le monde, et pourtant chaque atome de leur corps s’accroche consciemment ou inconsciemment à l’esprit pour vivre chaque moment qui pourrait prolonger sa vie. Et aussi longtemps que leur force leur permet de retenir l’esprit, ils vivent et ils continuent à vivre jusqu’à un âge très avancé.
La séparation de l’esprit et du corps
Il y a une autre tendance que l’on peut voir. Il y en a qui sont fatigués de la vie, ils ne voient pas d’importance à cette vie sur la terre. La valeur des choses est devenue moindre à leurs yeux. Ils sont déçus de cette condition transitoire et changeante de la vie sur la terre. Dans l’esprit, ils sentent quelque chose de très différent. Leur tendance est d’abandonner leur servitude au corps physique. Ils seraient heureux que l’esprit en soit séparé. Et pourtant, inconsciemment, le corps s’accroche tout de même à l’esprit et le garde aussi longtemps qu’il peut tenir. Imaginez ! Cet esprit récalcitrant est tenu par le corps.
En conclusion, la mort signifie séparation d’avec le corps qui n’est rien qu’un vêtement sur l’esprit ; la séparation se fait entre le corps et l’esprit.
Et maintenant, on demandera ce qui suit cette séparation. Le corps qui est abandonné par l’esprit sur la terre n’est plus vivant dans le sens où nous entendons la vie, et pourtant il est vivant. C’est comme si le feu avait brûlé dans le fourneau, et que même après l’extinction du feu la chaleur restait. Il y a le plus petit degré d’esprit, mais il y a une vie en lui. Là où il n’y a pas de vie, la vie ne peut pas être créée. La vie doit venir de la vie, la vie ne peut pas venir de la mort. Même des créatures vivantes, des vers et des germes, viennent de ce corps mort. Comment la vie pourrait-elle venir s’il n’y avait pas de vie ? Il y a une vie ; non pas dans le sens où nous le comprenons, mais il est cependant vivant.
La continuité de la vie
J’attire votre attention sur cela pour dire qu’il n’y a rien en ce monde que nous puissions appeler sans vie, ou mort. Chaque chose, chaque objet qui semble sans vie a quelque part une vie. Et même après sa destruction il est encore vivant. Si des germes et des vers apparaissent dans un corps mort, pouvons-nous penser qu’il est fini ? Non, il continue encore. La vie se continue sous des formes variées, elle n’a jamais fini. Fini est cet emprisonnement que nous reconnaissions comme telle ou telle personne, mais son existence continue encore, même son existence mortelle, même ce masque qui n’était rien.
Venons-en maintenant à l’esprit. Celui-ci était la partie vivante, et il continue à vivre. Quand nous disons : « Il est parti pour l’autre monde », l’autre monde est notre conception, et c’est une belle conception. Quand je dis qu’une grande révolution a lieu dans le monde scientifique, cela ne veut pas dire que le monde scientifique soit en dehors de ce monde. Un grand développement dans le monde mystique ne signifie pas que nous soyons hors de ce globe. C’est une conception, c’est une belle manière de l’indiquer, et c’est la meilleure manière de le faire.
« Dans l’autre monde » veut dire un monde qui est voilé pour nos yeux, nos yeux physiques. Mais ce monde ne veut pas dire un monde très éloigné de nous et qui ne soit pas à notre portée. Les vivants et les morts, tous sont dans le même espace. Nous vivons tous ensemble, nous sommes tous ensemble. Seul un voile nous sépare, le voile de ce corps physique. La séparation consiste à ne pas pouvoir se voir mutuellement ; il n’y a pas d’autre séparation.
La proximité est celle de l’esprit
On n’a pas besoin d’atteindre le Septième Ciel pour atteindre ceux qui sont trépassés. Quand on s’en soucie vraiment, quand il y a une relation d’amour et de sympathie, cela par soi-même amène la proximité. Il se peut que deux personnes vivent dans la même maison, travaillent ensemble, se voient chaque jour, chaque heure, et pourtant soient aussi loin l’une de l’autre que le Pôle Nord l’est du Pôle Sud.
Deux personnes jetées par la destinée à des kilomètres l’une de l’autre, qui ne peuvent pas se joindre à cause d’une situation difficile de la vie, peuvent pourtant être aussi près l’une de l’autre que quiconque au-dehors peut l’être. Si cela est vrai, cela donne la preuve que ceux qui sont unis dans leur esprit peuvent être séparés dans le monde et pourtant sont si près l’un de l’autre que rien ne les sépare. Par conséquent, ceux qui sont partis de cette terre, quand ils ont un lien avec quelqu’un sur la terre, sont néanmoins unis avec lui de la même façon. La proximité est la proximité de l’esprit, non pas du corps physique.
En Inde il y avait une coutume nommée sati : des veuves dévouées à leur mari étaient brûlées avec celui-ci. Cela a suscité une grande horreur, mais quelques personnes furent d’un avis différent. Quelqu’un m’en parla et je répondis : « Qu’une personne soit incinérée ou enterrée, quand deux âmes sont devenues une, qu’elles soient sur la terre ou que l’une soit dans l’autre monde, elles sont pourtant unies. Si l’une des personnes restait vivante, cette personne vivante était comme morte ici-bas, car elle vivait là où il y a l’unité réelle. Il n’y a pas de séparation, rien ne peut séparer deux âmes si elles sont réellement unies ».
L’esprit – âme et mental
Venons-en maintenant au troisième sens de l’esprit : le mental et l’âme ensemble. On pourrait demander : « Si c’est le mental et l’âme ensemble qui forment l’esprit, est-ce que c’est la partie de notre être qui est vivante ? » Je répondrai que ce n’est pas une partie, mais la totalité. Notre manteau n’est pas une partie de notre être, ce n’est qu’un manteau, quelque chose qui est en-dehors. Cela devient une partie, mais non pas une partie nécessaire. Notre être réel est l’esprit, le mental et le corps ensemble.
Si je devais expliquer davantage ce que signifie le mental, je dirais ; le mental est une qualité pensante, une qualité raisonnante, la qualité de retenir la pensée, la mémoire, et le sentiment. Et si vous me demandiez quelle différence il y a entre le mental et le cœur, je dirai : la surface du cœur est le mental et la profondeur du mental est le cœur. Quand nous prenons profondément conscience du mental, c’est le cœur ; quand nous regardons à la surface du cœur, c’est le mental.
En d’autres termes, ce qui touche profondément les tréfonds de l’être, est l’action du cœur que nous ressentons au centre du corps ; ce qui fait travailler notre cerveau est notre mental. Le cerveau n’est pas plus le mental, que le morceau de chair dans la poitrine n’est le cœur. Le cœur et le mental sont une seule et même chose. L’âme avec le cœur ou le mental font l’esprit.
Vivre indépendamment du corps
On pourrait dire que c’est inintéressant de vivre comme esprit et non comme corps. Cela peut sembler inintéressant pour la personne qui n’a pas fait l’expérience sur cette terre de ce que c’est de pouvoir vivre indépendamment du corps physique. C’est sur cette base que le mysticisme entier a été fondé : comment pouvoir vivre indépendamment du corps physique, comment vivre sur la terre en tant qu’esprit ne serait-ce que cinq minutes par jour. Cela apporte la conviction de pouvoir vivre et cependant d’être indépendant du corps physique. C’est une expérience différente de toute autre expérience dans la vie, une éducation dans la connaissance la plus élevée. Une fois que quelqu’un a réalisé comment, sans le corps physique, il peut exister, cela lui apporte une foi qui donne la conviction ultime qui n’est changée par rien.
Ce n’est pas seulement la question d’exister, mais d’exister complètement, pleinement. L’âme ne dépend pas des yeux pour voir ; elle voit davantage que les yeux physiques ne peuvent voir. Elle ne dépend pas des oreilles ; elle entend davantage que les oreilles ne peuvent entendre.
Par conséquent, celui qui sait comment vivre sur terre en tant qu’esprit, maîtrise une bien plus grande inspiration en étant capable d’exister sans corps physique. C’est facile pour une personne qui a une connaissance matérielle, d’appeler fanatiques de telles gens qui s’établissaient dans les montagnes, qui erraient en s’occupant de choses spirituelles, vivant dans des rêves et des fantaisies. Cela peut apparaître ainsi, mais ils ne faisaient pas ce que fait tout un chacun. Ils abandonnaient la vie de travail, la profession libérale et la vie politique et sociale pour une plus profonde expérience. Il n’est pas nécessaire que tout le monde suive leur exemple, mais l’on peut tirer bénéfice de ce qu’ils nous ont apporté.
Le rapprochement de l’Orient et de l’Occident
Maintenant vient le temps où l’Occident et l’Orient se rapprochent. C’est la communication par bateau et chemin de fer, par la poste et la radio qui les rapproche. Mais ce n’est pas seulement cela ; il y a maintenant un intérêt pour la philosophie orientale, pour la littérature et la poésie. Bien qu’il semble que nous devions encore attendre quelque temps, je suis certain que plus l’Orient et l’Occident se rapprocheront, plus l’appréciation se manifestera pour la musique de l’Orient qui est spirituelle et représente l’idée mystique et les idéaux élevés de l’Orient.
Il y eut une tentative pour mettre la statue du Bouddha quelque part à New York, une tentative excellente même d’un point de vue social. Imaginez : des gens d’Occident admirant un penseur qui vivait des centaines d’années avant le Christ et laissa une impression sur des millions de personnes qui le révèrent comme leur Seigneur et leur Sauveur ! Une noble idée qui pourrait établir une grande amitié. Mais il y eut une opposition de la part d’un grand nombre de personnes qui n’en voulaient pas.
Cela passera. Il est maintenant nécessaire que nous nous éveillions et que nous tirions bénéfice des fruits de la vie des gens en Orient et en Occident. L’Occident peut donner beaucoup à l’Orient. Il a travaillé dans certaines directions et les fruits de ce travail peuvent être utiles à l’Orient. Et il y a des fruits que les gens d’Orient ont récoltés pendant des années et des années qui seront d’une utilité de plus en plus grande pour l’Occident, et les gens s’en rendront de mieux en mieux compte à mesure que les années passeront.
Devenir conscient de son propre esprit
Ce que l’on peut en particulier apprendre de l’expérience de ceux qui ont sondé le secret de la vie en Orient, est la manière de venir en contact avec l’esprit, de réaliser l’esprit. Quelqu’un m’a demandé : « Qu’est-ce que vous voulez dire par réalisation spirituelle ? » Par réalisation spirituelle je ne veux pas dire faire des miracles ou communiquer avec les esprits. Je veux seulement dire devenir conscient de son propre esprit. Il est certain que ceux qui veulent faire de la mystification rendent compliquées les choses simples. Mais ceux qui veulent servir le monde dans le chemin de la vérité, transforment les choses complexes en simplicité. C’est sous une forme simple qu’il nous faut réaliser la vérité.
L’esprit, source et but de toutes choses
Venons-en maintenant au quatrième sens de l’esprit, au sens de l’esprit comme la source de toutes choses et l’aboutissement de toutes choses ; ce à quoi tous sont reliés et à quoi tous retourneront. C’est cet Esprit qui par les religions est appelé Dieu.
La meilleure manière d’expliquer l’Esprit est de le comparer au soleil, le centre de toute vie. Mais le soleil est-il aussi petit qu’il le paraît ? Non pas. Alors, qu’est-ce que le soleil ? Le soleil est tout. La partie du soleil que nous reconnaissons comme soleil en est le centre. Mais le soleil est aussi étendu que là où sa lumière atteint. Par conséquent, le vrai soleil est la lumière elle-même. Mais parce qu’il y a un endroit qui est le point central nous appelons celui-ci le soleil.
La lumière s’est centralisée là, mais le soleil a d’autres aspects, comme les rayons. Nos âmes sont les rayons de ce soleil. Le rayon est-il différent du soleil ? Non, c’est le soleil lui-même. Que sommes-nous ? Nous, dans notre être profond, sommes la source et le but même. C’est seulement notre ignorance de cela qui nous garde dans l’ignorance de notre propre être.
La loi de gravitation
L’idée est que chaque atome de l’existence, étant venu du soleil – en d’autres termes du divin Soleil – fait tous ses efforts pour y revenir. La tendance des vagues est d’atteindre le haut, la tendance des montagnes est de pointer vers le haut, des oiseaux de voler vers le haut. La tendance des animaux est de se lever sur leurs pattes de derrière, la tendance de l’homme est de se tenir debout, prêt à prendre son essor. On peut voir l’homme comme un ange avec deux ailes, prêt à s’envoler. En dépit de la loi de gravitation nous sommes attirés vers le haut. La science connaît la loi de gravitation, mais le mystique connaît l’autre loi qui est aussi la loi de gravitation, mais dans l’autre direction.
Ce n’est pas seulement toute âme qui est attirée dans cette direction, mais chaque atome de ce monde, passant par tous les processus différents que la biologie connaît, afin d’arriver à ce stade où il retourne à l’esprit. Par conséquent, il n’y a pas besoin d’avoir peur en allant vers Dieu ou en essayant d’atteindre l’esprit, de perdre son identité, son individualité. Une peur de cette sorte est la même que celle de quelqu’un qui se tient sur le sommet d’une montagne. Une sorte de frayeur vient au mental en contemplant l’immensité de l’Esprit. C’est son immensité qui provoque l’effroi. De la même manière, une âme est effrayée par la réalisation spirituelle, à cause de l’immensité, de la largeur et de la profondeur qu’elle a. Cela effraie l’âme de penser : « Est-ce que je vais me perdre ? », parce qu’elle a cette fausse conception de son plus petit moi.
Mourir avant la mort
L’autre jour j’ai dit : « Les mystiques essaient de mourir avant la mort ». J’ai expliqué que mourir avant la mort est de jouer à mourir. Cela veut dire s’élever au-dessus de cette peur. Cette peur vient seulement de la fausse conception du moi. Le jour où il est ôté de devant les yeux, on commence à voir l’immensité de la vie. Tout ce que l’on voit n’est plus qu’une seule vision de la majesté de Dieu.
Detroit, 3 février 1926
Publié dans Philosophie – cahier 6 – chapitre 10
