
La vie intérieure, représentée par notre école intérieure, est une des trois activités du Mouvement Soufi [1].
A vrai dire, cette activité est très importante. Bien que la vie intérieure soit l’aspiration de toute âme, chacune n’est pas prête à réaliser ce désir, et chaque âme n’en ressent pas nécessairement le besoin. Afin de ressentir ce besoin, quelque évènement doit surgir dans notre vie, un grand choc, un grande souffrance doit nous ouvrir les yeux et mettre en mouvement ce qui était immobile. Lorsque l’âme était immobile, son aspiration était bien là, mais elle n’était pas ressentie.
C’est lorsque l’âme commence à bouger que cette aspiration devient perceptible. Vous pouvez implorer celui dont l’âme ne recherche pas la vie intérieure, vous pouvez essayer de le convaincre mille fois, il ne viendra pas. Mais l’âme qui aspire à cette vie-là, même si celle-ci s’enfuyait loin de lui, la suivrait jusqu’aux confins du monde.
C’est la dernière aspiration qui s’éveille au plus profond de l’être humain : c’est le désir ardent de la réalisation spirituelle. Une fois ce désir éveillé, il n’y a plus d’autre désir à éveiller. Une fois ce désir comblé, il n’y a plus d’autre désir à combler.
Maintenant, pour en venir à l’aspect métaphysique du sujet : Que souhaite donc trouver l’âme dans la culture intérieure ?
La tragédie de la limitation
Lorsqu’une personne commence à prendre conscience des limitations de la vie, et cette prise de conscience survient au moment où l’âme retrouve sa lucidité, libérée de l’intoxication de la vie du monde, alors elle commence à s’interroger sur la vie. Pour certains, ce moment de sobriété survient peut-être une fois par an ; pour d’autres, une fois par mois ; pour d’autres encore, une fois par jour ; et pour d’autres enfin, c’est un désir ardent qui ne cesse de brûler dans leur cœur. Certains, après avoir mené une vie trépidante dans le monde, commencent à s’éveiller à cette réalité dans les derniers jours de leur existence ; d’autres ont peut-être souffert à l’âge mûr ; d’autres encore, comme Bouddha, commencent à s’interroger dès leur plus jeune âge.
L’éveil
Ce désir ne peut être suscité chez quelqu’un chez qui il ne s’est pas encore éveillé. Beaucoup de gens s’inquiètent pour ceux qui leur sont chers, leurs proches, craignant qu’ils ne s’éveillent pas. Ils ignorent que ce n’est pas quelque chose que l’on peut donner ou enseigner ; c’est quelque chose qui doit venir de soi-même. Il est donc inutile de s’inquiéter pour ceux qui nous sont chers, nos proches, en pensant qu’ils devraient s’éveiller à cette prise de conscience. Si leur heure n’est pas encore venue, il vaut mieux pour eux de ne pas s’éveiller. En Orient, on considère comme une grave erreur de réveiller une personne profondément endormie. La raison en est que le fait même qu’elle dorme profondément montre qu’elle a besoin de sommeil. Il ne faut pas la plaindre ; il faut se réjouir qu’elle dorme.
Ainsi, ceux qui se montrent impatients de réveiller leurs amis, leurs proches dans la vie, doivent savoir qu’ils doivent faire preuve de patience. Ils doivent comprendre que, tant que le moment n’est pas encore venu, il ne serait pas judicieux de les réveiller.
Qu’est-ce que cet éveil ? Comment se manifeste-t-il ? Il se manifeste sous la forme d’interrogations. On commence à se demander : « Pourquoi est-ce que j’existe ? Est-ce que j’existais avant ? Est-ce que j’existerai après ? » On commence à s’interroger sur les choses dont on dépendait, telles que la position sociale, les biens matériels, le rang, l’environnement, les conditions de vie, les êtres chers qui nous entourent, pour se demander si elles perdureront. Si tout le monde s’interrogeait sur ces choses, la vie serait très difficile ; le monde ne fonctionnerait pas comme il fonctionne actuellement. C’est tout aussi bien que quelques-uns s’interrogent à ce sujet et que beaucoup restent endormis.
L’ivresse
D’où vient ce sommeil ? Il provient de l’ivresse provoquée par l’absorption à chaque instant, du matin au soir, de l’homme dans la vie du monde. Il arrive un moment, provoqué peut-être par la tristesse, par une déception, par un chagrin d’amour, où une personne se demande comment elle a pu compter sur ce qui n’en valait pas la peine, et s’il existe quoi que ce soit sur quoi elle puisse compter.
Si, au moment où une personne s’éveille, une chose la déçoit, si une chose lui montre le côté trompeur de la vie, elle commencera à considérer toutes les choses sous ce même angle. Cela peut aller jusqu’au point où elle ne peut même plus compter sur elle-même, lorsqu’elle constate que la nature du corps qu’elle appelait « elle-même » est soumise à la mort et à la décomposition, et que la nature du mental qu’elle appelait « elle-même » est sujette à des changements au gré des humeurs de la journée.
La connaissance de soi
Elle souhaite alors trouver quelque chose de fiable, sur quoi fonder son espoir, quelque chose qui ne la décevra pas à la fin. Elle se met alors en quête d’un chemin spirituel, elle veut découvrir le secret de la vie, elle souhaite percer le mystère de la religion. Quelle que soit la manière dont elle aborde la question, elle aboutit toujours au même chemin, le seul qui mène à la connaissance de la vérité, et ce chemin, c’est la connaissance de soi. Comment une personne l’acquiert-elle ? L’acquiert-elle par elle-même ?
Même si elle acquiert la connaissance spirituelle par elle-même, tout dans la vie vient la contredire, et elle ne peut trouver de soutien à moins qu’une autre personne à ses côtés ne lui dise qu’elle a raison. Sinon, une personne qui détient la vérité suprême dans son esprit, mais qui n’est pas confirmée par quelqu’un en qui elle a confiance, ne sera pas en mesure de se rendre compte, même pour elle-même, si elle a raison ou tort, car la vérité est quelque chose à laquelle tout le monde s’oppose. Ce n’est pas que tout le monde s’y oppose intentionnellement, mais chacun envisage quelque chose de tout à fait différent de ce qu’est la vérité. Il est donc tout à fait naturel que, si un chercheur de vérité trouve la vérité, la première chose qu’il fasse soit de commencer à douter : « Ai-je raison, ou suis-je fou ? »
L’initiation
C’est pour cette raison qu’on a fait d’une vérité un mystère, que cette vérité a été qualifiée de mysticisme. C’est pour cette raison que l’initiation a été donnée, et que le maître a dit à son disciple : « Voici la vérité, n’en parle à personne ». Ce n’était pas par égoïsme de la part du maître ou du disciple, ce n’était pas le désir de leur part de monopoliser la vérité pour eux-mêmes. C’était parce que le monde la ridiculiserait, s’en moquerait ; le monde regarderait vers le Nord alors qu’elle se trouve au Sud.
Il y a quatre sentiers, que l’on peut appeler routes royales et que les mystiques ont suivies en tous temps.
Le premier est le sentier de la connaissance ; le deuxième, le sentier de l’action ; le troisième, de la méditation ; et le dernier, celui de la dévotion. Il n’est pas nécessaire de suivre les quatre sentiers ; car ils se rejoignent tous à la fin en un seul, le seul sentier qu’il faille suivre pour atteindre la réalisation spirituelle. Chacun de ces sentiers convient à une certaine personnalité. Celle qui est attirée par l’un de ces sentiers peut ne pas l’être par un autre.
Le sentier de la connaissance.
Le chemin de la connaissance passe par la recherche intellectuelle. Il s’agit à la fois d’analyser et de synthétiser. La différence entre la recherche intellectuelle du scientifique et celle du mystique réside dans le fait que, tandis que le scientifique se consacre à son analyse, le mystique analyse tout en synthétisant. Il en résulte donc qu’un scientifique, qui s’est peut-être intéressé à un seul atome, passe toute sa vie à étudier cet atome, sans pour autant parvenir, à la fin, à en avoir dit le dernier mot. Un autre scientifique arrive alors et avance une théorie tout à fait différente de celle du premier, formulée cinquante ans plus tôt, et cinquante ans plus tard, un autre scientifique déclare : « J’ai découvert encore quelque chose d’autre. »
À mesure qu’une personne poursuit l’observation de choses limitées dans leur nature et leur caractère, elle devra nécessairement restreindre son observation à cette chose particulière, alors que la voie mystique est tout à fait contraire : elle consiste à analyser et, en même temps, à synthétiser. À celui qui est guidé sur cette voie, le mystique dit : « Un ». Mais il sait que ce « un » ne le satisfera pas ; il dit donc : « Deux moitiés, quatre quarts, trois tiers, cela fait un ». Lorsque l’élève comprend ce qu’est « un » sous toutes ces formes, la mission du mystique est accomplie.
La connaissance du mystique
Les distinctions et les différences entre les diverses significations de toutes choses s’effondrent devant cette connaissance unique qui s’élève comme le soleil levant, une connaissance qui répond au « pourquoi » continuel qui surgit à chaque instant dans l’esprit émerveillé. Aucune question ne subsiste, toutes les questions trouvent une réponse, car c’est en l’absence du soleil que les choses ne sont pas claires ; c’est dans l’obscurité que les choses ne brillent pas.
C’est une connaissance qui permet de répondre à la question suivante : « Quelle relation entretenons-nous avec nos semblables, avec chaque atome de ce monde, avec l’âme, avec Dieu ? ». La bénédiction de cette connaissance est grande, car la prise de conscience de la relation avec toutes ces choses que je viens d’expliquer établit cette relation qui, auparavant, n’existait que dans une sorte d’état inconscient. Une fois cette connaissance acquise, l’homme constatera que toutes les religions enseignent cette même vérité qu’il a désormais comprise grâce à cette connaissance. Il n’est en désaccord avec personne, car il comprend le point de vue de chacun.
La voie de l’action
La deuxième voie est celle de l’action. Lorsqu’une personne est consciencieuse dans ses actes envers ses semblables, lorsqu’elle réfléchit à ses obligations envers les autres, à ses devoirs envers ceux à qui elle est redevable, elle commence à emprunter cette voie. Une personne qui mène une vie vertueuse, qu’elle soit homme d’affaires ou professionnel, quel que soit son métier, si elle agit avec droiture dans son travail, si elle recherche l’harmonie, elle trouvera assurément une voie droite qui s’ouvre devant elle. Comme le désir de réaliser la vie spirituelle est naturel, ce n’est pas quelque chose d’étranger que l’homme doive apprendre ; c’est quelque chose qui s’ouvre devant lui s’il mène une vie droite.
Mais il faut comprendre que le monde ne le permet pas, que la vie ne permet pas toujours de mener une vie droite. L’homme s’est tracé des chemins si sinueux pour son confort et son profit qu’il se retrouve dans un labyrinthe. Il ne sait pas comment en sortir, ni où trouver la porte.
La voie droite
Néanmoins, il existe des âmes simples qui ne connaissent peut-être que très peu la métaphysique ou la philosophie, que l’on voit peut-être rarement prier comme des personnes pieuses, et pourtant, rien qu’en menant une vie simple, droite et modeste, elles se situent bien au-delà de l’homme ordinaire. Le simple fait qu’un homme puisse rester droit tout au long de sa vie prouve que le ciel lui a ouvert ses portes. Son chemin est clair et dégagé, et rien ne se dresse sur sa route. L’homme qui consulte sa conscience à chacun de ses gestes, qui est simple, qui ne se méfie pas de tout le monde, qui est facile à vivre et humble dans ses actes : pour cette personne, la voie est ouverte. Ce n’est pas lui qui cherche Dieu, mais Dieu qui le cherche.
La voie de la méditation
Venons-en maintenant à la troisième voie, la voie de la méditation, la voie de la certitude : cette voie assure à l’âme tout ce qui se trouve dans l’au-delà. Cette personne n’a pas besoin de faire l’expérience de l’au-delà, elle est assise ici et sait ce que c’est. Tout ce que l’on peut apprendre intellectuellement sur le mystère de la vie, grâce à la méditation, elle commence à le réaliser par elle-même. Elle n’a pas besoin d’apprendre ce que signifie le paradis, ce que signifie Dieu, ce que signifie l’âme, ce qui viendra après cette vie. Elle peut ressentir chaque sphère, chaque plan, tout en restant assise là où elle se trouve. Aucune barrière ne se dresse devant elle, qu’elle soit terrestre ou céleste, car elle est au-dessus des barrières. Elle voit tout, comme on verrait la Terre après s’être élevé dans les airs.
Par ailleurs, le profond désir de paix qu’éprouve continuellement une âme en évolution, cette soif intense de joie intérieure qu’elle recherche sans cesse, tout cela s’accomplit grâce à la méditation. Grâce à la méditation, on acquiert un pouvoir qui dépasse toute description. De plus, elle permet d’obtenir une bonne santé physique et une force mentale. L’inspiration et la puissance deviennent alors des possessions naturelles.
On pourrait alors se demander : « Comment devons-nous méditer ? » Beaucoup se poseront la question, mais très peu auront la patience de persévérer. La raison en est que l’absorption dans cette existence terrestre est si grande, et que l’homme est tellement habitué à ses activités quotidiennes, que l’état de méditation lui apparaît comme une expérience tout à fait étrangère. Et l’on ne peut se sentir à l’aise dans la méditation à moins d’avoir une grande patience pour faire de ce monde de méditation son véritable foyer.
Les grands maitres et les prophètes
Pour les grands sages et les maîtres de l’humanité, la méditation était leur plus grande expérience et leur plus grand soutien. Le pouvoir et l’inspiration extraordinaires dont ils ont fait preuve, la religion qu’ils ont transmise, la connaissance qu’ils ont apportée, tout cela provenait de la méditation ; cela n’a pas jailli d’un simple cerveau. Les grands musiciens, les grands poètes qui ont laissé au monde des œuvres intemporelles étaient naturellement enclins à la méditation, même sans le savoir. D’eux sont nées de grandes choses que le monde appréciera à jamais.
Non seulement les sages, les saints, les grands maîtres et les prophètes ont pratiqué la méditation, mais aussi de grands rois, tels que Salomon et Alexandre ; on entrevoit même, dans la vie de Napoléon, des traces d’une vie méditative. Grâce à la méditation, on se connecte à ce réservoir d’inspiration, de puissance, d’énergie, de vie, de bonheur et de paix dont on peut puiser à volonté sans jamais en manquer. Les exemples de personnes méditatives que l’on observe sont indescriptibles ; après quatre-vingts ans, voire plus, leur mémoire est aussi vive qu’en jeunesse, leur santé est parfaite et leur mental fonctionne à un rythme harmonieux, dans un équilibre parfait.
L’équilibre
Il est vraiment regrettable que ce que nous savons de ceux qui se disent adeptes de la méditation semble révéler un tel manque d’équilibre qu’ils ne font que donner une mauvaise image de la vie mystique. Mais quelle en est la raison ? La raison est que certains d’entre eux cherchent à communiquer avec les esprits, à accomplir des miracles, à se vanter de l’étendue de leur savoir. Ce n’est pas là la tâche de la personne méditative.
Elle doit faire preuve d’équilibre dans tous les aspects de la vie, dans le sens pratique de l’existence, dans la compréhension de la vie d’en haut, et dans la perception de la vie d’en bas, avec autant de clarté, voire davantage, que la personne ordinaire. À mesure qu’une personne maîtrise la méditation, elle l’exprimera dans tout ce qu’elle fait. Les gens imaginent peut-être une personne méditative assise dans les grottes des montagnes, dans l’Himalaya ou ailleurs, dans la solitude, sans voir personne. Tout cela est contre nature. Pourquoi faudrait-il aller dans l’Himalaya, vivre dans la solitude ? Celui qui sait méditer peut le faire où qu’il soit, quelle que soit son occupation.
Celui qui est véritablement méditatif doit nous le prouver dans toutes les activités terrestres : l’art, la science, quelle que soit sa profession ou son travail, il doit s’y consacrer pleinement. C’est ainsi qu’il doit manifester la puissance, l’inspiration, et le bonheur de la méditation. La petite méditation que l’on pratique pendant une demi-heure ou un quart d’heure n’est qu’une sorte de remontage de l’horloge, mais chez celui qui maîtrise la méditation, elle doit se poursuivre nuit et jour. Il doit en être conscient nuit et jour, et tout ce qu’il fait doit l’exprimer.
La voie de la dévotion
Quant à la quatrième voie, celle de la dévotion, on ne peut en dire grand-chose, car elle est au-delà de toutes choses. Comme le dit la Bible,
« Dieu est Amour »
Par conséquent, s’il y a quelque chose de divin chez l’homme, c’est l’élément d’amour. Pour parvenir à la connaissance divine, rien n’est plus important que l’expansion du cœur, que le développement de l’élément d’amour. Les trois voies décrites précédemment aboutissent toutes à cela, elles s’y rejoignent toutes. Une personne très intellectuelle mais dépourvue de toute étincelle d’amour est, malgré tout son intellect, comme morte. Qu’est-ce que l’amour ? L’amour est-il un plaisir ? L’amour est sacrifice.
On pourrait se demander : de quel amour s’agit-il ? La dévotion fait-elle référence à l’amour de Dieu ? Et on pourrait raisonner ainsi : lorsqu’on voit quelque chose de beau, quelque chose d’aimable, on l’aime. Mais quand on ne voit pas Dieu, comment peut-on l’aimer ? C’est vrai. Beaucoup imaginent qu’ils aiment Dieu, beaucoup professent peut-être qu’ils aiment Dieu, mais comment aimer Dieu est une question à laquelle il n’est pas facile de répondre. Il existe cependant un vers de Roumi qui l’explique à merveille. Il dit :
Que tu aimes l’homme ou que tu aimes Dieu,
à la fin de ton voyage sur le chemin de l’amour,
tu seras conduit devant le Souverain de l’amour.
Tant de choses ont été dites au sujet de ce qu’on appelle le karma, l’action. Y a-t-il quelque chose qui puisse détruire le karma, qui puisse l’effacer ? Il n’y a qu’une seule chose : le pouvoir de l’amour. C’est ce pouvoir seul qui peut effacer les taches du passé et rendre le miroir limpide.
L’amour régit la loi
Aucun texte sacré ne qualifie Dieu de loi ; les textes sacrés qualifient Dieu d’amour, ce qui signifie que la loi est soumise à l’amour, que l’amour régit la loi. Mis à part Dieu, les gens ordinaires, les êtres humains limités que nous sommes, le montrent. Quand, par exemple, un enfant vient voir sa mère après avoir commis une faute à son égard et lui dit : « Maman, je suis désolé pour ma faute ; tu es ma mère, je suis sûr que tu me pardonneras », elle ne peut pas le juger. L’amour fait loi; la mère pardonnera instantanément.
Lorsque cet élément d’amour est développé dans le cœur, lorsque le cœur est devenu une entité vivante, que se passe-t-il ? Il s’unit au ciel le plus élevé, à Dieu Lui-même. Que se passe-t-il alors ? De même que chacun est uni à Dieu, chacun devient uni à cette personne dont le cœur est devenu amour. L’âme entre en communication avec toutes les âmes, avec tous ceux qu’elle rencontre. Cette âme va vers chacun le cœur ouvert, avec amour : vers les vertueux, vers les pécheurs, vers les sages et vers les insensés. La présence de cette âme, le contact avec cette âme, sont purifiants pour les autres également.
C’est ce chemin qui est à la fois si facile et pourtant si difficile à suivre. Personne ne peut enseigner aux autres comment aimer, comment développer l’élément d’amour ; cela doit venir de soi. On ne peut que mettre l’accent sur cet élément de beauté qui a le pouvoir de susciter l’amour.
La vérité
L’école soufie du monde occidental est l’enfant de cette école dont la tradition a toujours été connue principalement sous le nom d’école soufie. Par conséquent, l’initiation dispensée dans cette école est incontestablement traditionnelle. Il s’agit d’une initiation qui s’inscrit dans la lignée des maîtres ayant vécu plusieurs siècles avant nous, les uns après les autres, afin que ceux qui suivent ces enseignements puissent eux-mêmes bénéficier de l’expérience de ces personnes méditatives et dévotes, ces gens de savoir. Certes, les enseignements de ces écoles sont peut-être interprétés d’une manière quelque peu adaptée afin de répondre aux besoins de l’époque moderne. Néanmoins, la vérité n’est jamais ancienne, elle est toujours nouvelle. Toutes choses changeront, il n’y a qu’une seule chose qui ne changera pas, et c’est la vérité, le secret de la vie. On apprendra de nombreuses doctrines, formes et voies, mais une seule chose sauvera, et c’est la vérité.
[1] Les deux autres sont son activité religieuse et la fraternité.
La Haye, le 8 juin 1924
