
Il y a une croyance, qui vient des âges reculés, selon laquelle il existe une âme-sœur. Les gens attendent souvent ce phénomène et le cherchent, et souvent ils sont très malheureux à cause de cette croyance, parfois leur vie durant, parce qu’ils n’ont pas trouvé leur âme-sœur.
Qu’est-ce qu’une âme-sœur ? Une réponse appropriée à une question est son âme-sœur. Chaque personne est une question et chaque personne est une réponse ; et cela vous explique très bien que, quand deux personnes se rencontrent et que l’une d’entre elles est une question et que l’autre est la réponse, elles sont âmes-sœurs. Mais malheureusement, ce qui arrive très souvent, est que ce sont deux questions qui se rencontrent, ou bien deux réponses.
On peut considérer cette idée comme concernant des âmes appartenant à trois sphères distinctes : les âmes-sœurs des sphères angéliques, les âmes-sœurs de la sphère des génies et les âmes-sœurs des sphères de la terre.
La réponse
Il y a deux personnes qui ont hérité de leur enfance, ou ont amené avec elles dès le moment de leur naissance, des qualités qui s’adaptent l’une à l’autre. Il n’est pas nécessaire qu’elles soient de sexe opposé, elles peuvent être amies, elles peuvent être partenaires dans la vie, elles peuvent être deux personnalités du même sexe, cela n’a pas d’importance.
Ce sont deux âmes : l’une répond à la question de l’autre, comme je l’ai déjà dit, chaque personne est une question et chaque personne est en même temps une réponse. Ces deux âmes qui ont amené avec elles des qualités qui se correspondent déjà, deviennent amies dès le moment où elles se rencontrent. Et elles trouvent une satisfaction à être ensemble qu’elles n’avaient jamais éprouvée auparavant, parce que toute leur vie était une question, mais le moment est venu où vient une réponse.
Cela peut venir tôt dans la vie, cela peut venir plus tard, mais il vient un moment dans la vie de la plupart des âmes, où elles trouvent qu’elles rencontrent quelqu’un qui est la réponse à la question de leur âme. Les âmes n’ont pas besoin de savoir quelle question elles sont, et elles ne savent naturellement pas quelle question elles sont, mais elles sont tout de même une question. Elles ne savent pas non plus quelle est la réponse, mais elles savent que cela s’adapte, elles savent que c’est satisfaisant, et inconsciemment elles savent : « Ceci est la réponse à ma question ».
Les âmes-sœurs des sphères des génies
On peut demander s’ils n’étaient pas amis avant de venir sur la terre dans les sphères des génies. Ou, comme beaucoup le disent, dans leur incarnation passée. Il est certain qu’un contact a été établi avant leur venue sur la terre, et c’est pourquoi elles peuvent se rencontrer un moment et à ce moment même peuvent penser qu’elles se sont connues depuis des milliers d’années. Souvent les gens rencontrent leur âme-sœur mais ils ne le savent pas, et très souvent aussi ils le savent et pourtant n’en sont pas sûrs.
J’ai trouvé deux sœurs qui étaient si dévouées l’une à l’autre que le monde entier était d’un côté et ces deux sœurs étaient de l’autre côté. Il y avait un monde fait de ces deux sœurs et un autre monde qui en était tout à fait séparé. Et savez-vous comment elles s’appelaient l’une l’autre ? « Mon âme- sœur ».
J’ai vu des personnes qui ont travaillé ensemble tout au long de la vie, qui ont trimé ensemble, qui ont souffert ensemble, qui ont dressé des plans ensemble et, quand l’une est morte l’autre la suivait. Ce sont des âmes-sœurs.
Le lien entre les âmes-sœurs
Il y a une histoire bien connue en Inde au sujet d’un jeune brahmane qui après son mariage partit en pèlerinage. Sa femme resta à la maison, et après deux ou trois mois un homme malfaisant apporta à la maison la nouvelle que ce jeune homme était mort. Il voulait créer une commotion dans la maison pour voir comment les brahmanes pleuraient. Aussitôt que cette jeune épousée entendit que son mari était mort, elle mourut et fut brûlée selon la coutume hindoue. Six mois après, ce jeune homme revint de son pèlerinage à la maison. Il entendit qu’il y avait eu des nouvelles de sa mort et qu’en entendant cela sa femme était morte.
Personne ne vit une larme ni n’entendit une plainte, il serra seulement les lèvres et depuis ce moment ne parla plus à personne. Il semblait qu’il avait bu la nouvelle comme une coupe de poison. Les gens furent anxieux à son sujet et montèrent la garde autour de lui, mais un jour il s’échappa et courut au lieu de crémation, un lieu où depuis le temps où sa femme avait été brûlée un feu ardent s’élevait chaque nuit. Beaucoup de gens l’avaient vu. Ainsi se dirigea-t-il vers ce feu, et ceux qui l’avaient suivi étaient à distance ; ils ne pouvaient pas l’attraper. Il atteignit l’endroit et, avant qu’ils ne puissent venir et le saisir, ce feu tourna trois fois autour de lui et il tomba mort.
Dans tous les règnes
En dehors des êtres humains, même parmi les animaux et les oiseaux on voit cela. Un homme passionné de chasse me raconta qu’il tira un jour un oiseau et, avant qu’il ne puisse arriver jusqu’à lui pour le ramasser, un autre oiseau descendit de l’arbre pour voir s’il était réellement mort. Il le remua avec son bec, et quand il reconnut que son compagnon était mort, il tomba mort aussi. Il n’y a pas besoin d’être humain pour trouver son âme-sœur, même les animaux et les oiseaux, même les créatures inférieures peuvent la trouver, et ils la trouvent même plus tôt que les êtres humains, parce que les êtres humains sont très absorbés en eux-mêmes.
Les âmes-sœurs de la terre
Pour en venir aux âmes-sœurs de l’autre espèce, celles qui appartiennent à la terre, au monde, à la sphère humaine, la nature de ces âmes-sœurs est différente. Elles doivent se développer jusqu’à devenir âmes-sœurs. Et qu’est-ce qui les développe ? La situation dans la vie qui les fait se rencontrer, les conditions qui les rassemblent. Alors elles se développent, et en conséquence deviennent âmes-sœurs, comme dans une seule coque, on peut trouver deux amandes. La coque a été la situation, la condition, le moule qui les a assemblées pour s’entendre avec tolérance.
Mais il y a une leçon à en tirer : chacune de ces deux amandes possède une courbure, une partie en est coupée, s’en est allée pour laisser croître l’autre. Si les deux amandes s’étaient poussées l’une l’autre, elles n’auraient jamais grandi ensemble. Cela s’est produit grâce à la réciprocité : « Tu me laisses grandir et je te laisserai aussi grandir. Une partie de mon être n’avancera peut-être pas, et une partie de ton être n’avancera pas non plus. Nous grandirons comme une seul amande ». Et quand cette conception n’existe pas, il n’y a aucune chance de grandir ensemble. C’est la leçon que l’humanité doit apprendre.
Les amandes peuvent grandir ensemble, mais les âmes ne peuvent pas grandir comme celles-ci, car chaque âme a son nafs, son ego, et chaque âme veut se pousser en avant. Cela ne veut pas dire que l’homme n’a pas d’amour ; mais avant l’amour l’homme met son ego : « Mon amour ensuite, mon ego d’abord », tel est le sentiment courant. On peut ne pas s’en rendre compte, mais tel est bien le sentiment. Par conséquent, ceux qui doivent devenir des âmes-sœurs sont privés de ce privilège pour la seule raison qu’ils ne veulent pas céder l’un au profit de l’autre.
L’amitié
Qu’est-ce que l’amitié ? L’amitié est sacrifice. Qu’est-ce que l’amour ? L’amour est considération pour le plaisir et le déplaisir de l’aimé. Si ce n’est pas le cas, on ne grandit pas. On ne peut pas être à la fois égoïste et aimant. Les deux choses ne peuvent pas aller ensemble ; ou bien l’on devient égoïste, ou bien l’on devient aimant. Pour devenir aimant on doit effacer l’égoïsme, pour devenir égoïste on doit effacer l’amour, parce que l’amour ne permettra pas à l’égoïsme de grandir. L’amour est l’ennemi du moi, et le moi est l’ennemi de l’amour.
Les âmes-sœurs des sphères angéliques
Et puis il y a une troisième sorte d’âmes-sœurs, celles des sphères angéliques. Les âmes-sœurs des sphères angéliques sont en un seul être. Cet être-même est son âme-sœur, il est un, et son âme-sœur, l’autre. C’est cet être qui se développe rapidement, parce que son âme a sa réponse en dedans de lui-même.
Ceux qui, ne comprenant pas le secret des âmes-sœurs, restent insatisfaits dans la vie. Ils ne comprennent pas non plus qu’ou bien leur âme-sœur est là, et que si elle est là, la providence doit les faire se rencontrer un jour ou l’autre ; ou bien qu’il faut qu’ils développent en eux la qualité d’âme-sœur pour qu’un jour ils se perfectionnent en elle ; ou bien qu’ils doivent trouver dans leur propre âme la réponse à la question de leur vie. C’est grâce à la connaissance de l’une de ces trois qualités d’âmes-sœurs que quelqu’un peut réaliser dans sa vie le sens de cette idée.
Les trois principes
En outre, il y a trois aspects dans la vie, trois principes : Jelal, Jemal et Kemal. Jelal est pouvoir, Jemal est beauté, et Kemal est perfection. Les âmes-sœurs de la sphère des génies sont Jemal, parce qu’elles se répondent l’une l’autre, et Jemal est réceptif. Elles se répondent naturellement, elles n’ont pas besoin de travailler pour cela. Les âmes-sœurs de la sphère terrestre sont Jelal, elles ont à lutter avec elles-mêmes, avec la situation de la vie, avec les conditions, pour développer ces qualités qui à la fin aboutiront à cette condition d’être âme-sœur. Ici un effort, un pouvoir est nécessaire.
Et le troisième aspect est Kemal. Il n’y a là aucune action nécessaire. On doit rester tranquille, on doit être méditatif, on doit être silencieux, on doit fermer les yeux et se mettre en contact avec son être intérieur, et l’on réalisera son âme-sœur au-dedans de son être. C’est ce qu’on appelle Kemal.

Une union parfaite
Question : Est-ce que chaque âme doit passer par ces trois stades ?
Réponse : Chaque âme a l’un de ces aspects. Ce ne sont pas des stades, mais des aspects.
Question : Les âmes qui sont devenues âmes-sœurs sur terre le resteront-elles aux Cieux ?
Réponse : Certainement. C’est la vie sur la terre qui continue au ciel. Le Prophète a dit :
« La mort est un pont qui unit l’ami à l’ami ».
Question : Pouvons-nous avoir une âme-sœur dans chaque sphère ?
Réponse : Eh bien, nous pouvons avoir une âme-sœur chaque jour ; cela dépend de la manière dont nous la voulons. J’aurais pensé que des âmes-sœurs souhaiteraient être âmes-sœur aussi par la suite, continuer à être âmes-sœurs. Mais si nous choisissons d’avoir une autre âme-sœur dans une autre sphère, nous pouvons en changer chaque jour.
Question : Les âmes qui sont âmes-sœurs dans la sphère spirituelle restent-elles âmes-sœurs sur la terre, ou l’âme peut-elle avoir une âme-sœur dans une sphère et une autre dans une autre sphère ?
Réponse : Comme je l’ai déjà dit, c’est un développement continu. Considérons une âme-sœur, c’est un développement continu depuis le commencement jusqu’à la fin, depuis les sphères angéliques jusqu’à la sphère terrestre, et ce développement amène l’union parfaite. Si cela n’est pas, alors dans la sphère terrestre une nouvelle union se crée, s’accomplit et se parfait pour l’éternité, pour la vie future. Sinon, l’âme a trouvé en elle-même l’âme-sœur, et c’est Dieu, la perfection.
Quelque chose de naturel
Question : N’est-ce pas en certains cas une erreur de l’âme d’être née comme une âme-sœur sur la terre, parce que cette condition est souvent défavorable pour elle ?
Réponse : Qu’elle soit favorable et défavorable, si deux personnes sont âmes-sœurs leur satisfaction est d’être l’une avec l’autre et l’une pour l’autre, et par conséquent ce n’est pas une erreur. Ce n’est pas une erreur pour quelqu’un d’être né sur terre, d’avoir à lutter toute sa vie pour gagner les résultats qu’il voulait. Ce n’est pas une erreur, c’est naturel.
Question : Devrait-on surtout essayer d’avoir l’âme-sœur en soi-même ? Est-ce l’idéal ?
Réponse : Comme je l’ai dit : ce qui est naturel pour soi est son propre idéal.
Question : Est-ce que l’union avec sa propre âme n’est pas la plus parfaite ? Pourquoi alors chercher un compagnon terrestre ?
Réponse : Certainement, si l’on trouve cette perfection, l’on n’a pas besoin de chercher quoi que ce soit d’autre. Mais cela dépend si quelqu’un trouve cette perfection.
Suresnes, 19 juillet 1926
Publié dans Psychologie – l’aire du mental – Le fonctionnement du mental son pouvoir et son contrôle – cahier n°1 – chapitre 15
