
De même qu’il y a divers organes des sens, ainsi il y a les centres de perception interne. Ces centres sont les sièges des facultés intuitives. Il y en a deux parmi ces centres qui sont de grande importance : le cœur et la tête. Si l’entraînement des Soufis diffère de celui des Yogîs, c’est dans l’entraînement de ces deux centres à la fois, grâce à quoi le Soufi produit l’équilibre. La tête sans le cœur montre un intellect sec, le cœur sans la tête représente une condition non équilibrée. L’équilibre est l’utilisation de ces deux facultés. L’entraînement soufi tout entier est basé sur ce principe.
Les centres peuvent être comparés à l’espace qu’on trouve dans la pomme. Ils sont un « akasha« , une capacité, où non seulement l’odorat, le toucher, l’ouïe, et la vue sont perçus, mais aussi la pensée et le sentiment de l’autre. La condition dans l’atmosphère, le plaisir et le déplaisir de son prochain sont perçus. Et si le sens de perception est plus aigu, alors même le passé, le présent et le futur peuvent être perçus.
La vie telle que nous la vivons est artificielle
Quand l’homme ne perçoit pas de cette façon, cela ne veut pas dire que ce soit étranger à sa nature. Cela veut dire seulement que l’âme n’a pas développé ce pouvoir de perception dans son corps. L’absence de telles perceptions subtiles cause, par voie de conséquence naturelle, dépression et confusion, car l’âme aspire à une perception plus aiguë, et elle éprouve de la confusion, et parfois de l’énervement, à cause de ce manque d’une perception plus complète – comme quelqu’un d’aveugle se sent nerveux parce que son aspiration intime est de voir et que, l’organe de la vision venant à manquer, cela le trouble.
Ceci est généralement la cause cachée qui rend beaucoup d’êtres nerveux. La vie telle que nous la vivons est une vie tout à fait artificielle, et elle travaille contre cela (contre une perception plus complète). Nous n’avons pas besoin de lire les traditions anciennes pour chercher si c’est vrai. Aujourd’hui, dans les peuples qui vivent une vie moins artificielle, une vie plus simple, une vie dans et près de la nature, les facultés intuitives sont plus aiguisées, et ces gens montrent un bonheur plus grand.
Le souffle
Ces centres arrivent à être bloqués par certaines nourritures et en vivant une vie plus matérialiste. Ces centres sont logés dans certains endroits, et, de même qu’il y a certaines plantes dans les anfractuosités des montagnes où le soleil ne donne pas et que l’air ne touche pas et où il est difficile à ces plantes de vivre, de même en est-il des centres de perception logés dans le corps physique.
Le corps est nourri par les aliments, mais ces centres restent sans aucune nourriture. Le corps physique, qui est fait de matière, sa subsistance est dans la matière. Mais les centres de perception sont faits d’une manière encore plus subtile, et bien qu’ils soient logés dans le corps physique, aucune nourriture ne peut les atteindre, excepté celle qui est attirée par le souffle, la substance si subtile qu’elle n’est pas même visible. Dans le langage des mystiques, elle est appelée « nour« , qui veut dire lumière.
Le corps n’a pas seulement besoin de nourriture, mais aussi de souffle, en d’autres termes de vibrations. Et cette vibration lui est donnée par la répétition de mots sacrés. Les sons, les voyelles, la composition des mots sacrés sont comme chimiques, et c’est cette chimie qui était appelée par les philosophes autrefois alchimie. Ces centres sont les akashas, ou dômes, où chaque son a son écho. Et l’écho une fois produit dans cet akasha ou « asman » atteint tous les autres asmans qui existent au-dedans et au-dehors. Par conséquent, la répétition d’un mot sacré n’a pas seulement à faire avec soi-même et sa propre vie. Mais elle s’étend et s’élève plus haut que nous ne pouvons l’imaginer, et plus largement que l’homme ne peut percevoir.
En vérité, chaque action met en mouvement chaque atome de l’univers.

Les vibrations
Question : Qu’entendez-vous en disant que le souffle donne nourriture et souffle aux centres ?
Réponse : Nourriture et souffle à la fois. La nourriture prise dans le souffle, et le souffle aussi dans un sens symbolique : le souffle créé par le pouvoir de vibration. Tout juste comme dans une machine, la vapeur est aussi nécessaire que le mécanicien, ainsi dans le travail des centres, deux choses sont nécessaires : l’alimentation par une nourriture plus subtile inhalée par le souffle et les vibrations de mouvements plus subtils créés par la répétition d’un certain mot. Ces mots mettent certains atomes en mouvement, et ainsi les centres viennent à nouveau à la vie.
Question : Quelle est la valeur des mots sacrés ?
Réponse : Le mental a ses propres vibrations. Par exemple, une personne étant dans un état d’esprit chaotique vient dans votre présence et vous le sentez aussitôt. Par conséquent, la pensée a ses vibrations, mais la pensée et la parole ensemble rendent la vibration plus parfaite, plus puissante.
Question : Est-ce que les gens vivraient plus longtemps si les conditions étaient meilleures ?
Réponse : Il y a eu des époques où les hommes vivaient beaucoup plus longtemps que maintenant. La vie n’est pas destinée à être douloureuse, et pourtant dans la vie humaine on fait l’expérience de la douleur en toute chose : douleur dans la naissance, douleur dans la mort. Cela ne devrait pas être, cela vient d’une vie artificielle, d’un mode de vie non naturel. L’homme est allé très au-delà du mode de vie normal.
4 juillet 1923 – 17 h 30
Le grand cycle de l’âme- série de conférences donnée durant l’École d’été, Suresnes, 1923.
La première édition en anglais date de 1924, Londres.
Publié dans Philosophie – cahier n°5 – L’âme manifestée – Le corps – chapitre 3
