La troisième marche menant à l’autel de la divine sagesse

Le mysticisme est la voie par laquelle, avec les connaissances acquises par la philosophie et l’expérience acquise par la psychologie, on peut atteindre l’autel de la sagesse divine, lieu où l’on accède à cette connaissance ultime, « à la connaissance de l’Être tout entier », le seul existant qui contient et englobe tout.
La véritable signification du mysticisme est qu’il s’agit de la seule voie qui permet de réaliser la vérité.
« Sur la terre, il y a beaucoup de chemins, mais pour l’âme, il n’y a qu’un seul chemin ».
Entreprendre un voyage
Il y a beaucoup de maisons pour adorer le Seigneur, mais un seul Dieu, beaucoup d’Ecritures, mais une seule vérité. Il y a donc de nombreuses méthodes, mais un seul chemin. Cette idée de trouver un chemin, de voyager, d’emprunter une voie, d’entreprendre un voyage afin d’atteindre un but désiré est visible dans tous les titres des livres du thème. « Nous sommes tous en voyage ; la vie elle-même est un voyage ; personne n’est installé ici ».
Il a déjà été dit, sous le thème de la philosophie, qu’un tel voyage « en réalité n’est pas un voyage mais un changement d’expérience ». C’est un éveil de la conscience à une nouvelle vision. Cela signifie que nous sommes ou devenons ce dont nous sommes conscients. Une certaine distance doit être franchie, comme la distance entre la terre et le ciel, entre la mort et l’immortalité, entre l’homme et Dieu, entre la limitation et la perfection.
De la limitation à la perfection
« La vie peut être représentée comme une ligne à deux extrémités, l’une étant la limitation et l’autre la perfection. »
Tant que le visage n’est pas détourné de l’extrémité qui est l’extrémité de la limitation et tant que l’idéal de perfection, qui est la véritable Ka’ba ou lieu de pèlerinage, n’est pas placé devant notre vue, nous n’atteindrons pas la perfection.
Qu’est-ce qui cache à l’homme cette perfection qui appartient à sa propre vie, qui est son propre être ? Un écran placé devant elle. Cet écran, c’est son moi. L’âme consciente de sa limitation, de ses possessions auxquelles elle s’identifie, oublie son être propre et devient, pour ainsi dire, captive de sa limitation.
Si la perfection peut être expliquée en termes quelconques, si la perfection peut être définie, c’est dans l’expansion de la conscience de l’homme.
Celui qui s’efforce d’atteindre cette perfection n’a pas besoin de savoir ou d’apprendre ce qui est égoïste ou désintéressé. Le désintéressement vient naturellement à lui ; il devient désintéressé ».
Cette citation du cahier n°3 de mysticisme, « De la limitation à la perfection », explique l’objectif global du mysticisme. Elle explicite aussi les moyens d’y parvenir. L’expansion de la conscience, qui se manifeste par le désintéressement dans tous les aspects de la vie de l’homme.
Changement de point de vue
Le mystique élargit sa conscience en supprimant les barrières qui se dressent entre lui et l’autre, en regardant la vie du point de vue de l’autre. Il développe ainsi une vision plus large et, en allant de plus en plus loin, il finit par atteindre le point de vue que l’on peut appeler le point de vue divin.
Le mysticisme change le regard de l’homme sur la vie, et ce regard plus large change ses actions.
« Voyant le bien en chacun et en toute chose, il commence à développer cette lumière divine qui s’étend, se projette sur la vie et fait de la vie entière une scène de la sublimité divine ». Ses actions changent donc, il sent que tout ce qui lui est fait vient de Dieu et que « lorsqu’il fait le bien ou le mal, c’est à Dieu qu’il fait le bien ou le mal ».

La religion du mystique
La religion du mystique consiste à faire de Dieu une réalité. Ce que Dieu représente pour lui est beaucoup plus vaste et plus grand que le Dieu de millions de personnes qui imaginent qu’il y a un Dieu quelque part. Il reconnaît le Dieu sans forme dans toutes les formes et cela le conduit à l’amour de tous. Il apprécie la beauté sous toutes ses formes. Et il vénère le Dieu qui est caché dans la forme de la beauté.
Le cœur, qui est étroit parce qu’il pense au moi, devient large et spacieux lorsque l’intelligence repose sur l’idéal de Dieu. Et alors, dit Hazrat Inayat, « en reposant votre conscience sur Dieu, Dieu qui est illimité viendra à vous. Et votre connaissance et vos pouvoirs deviendront également illimités ».
« L’idéal de Dieu est le meilleur moyen d’élever la conscience ». Et en regardant Dieu comme son Bien-Aimé, le mystique perd le sens de son petit moi.
Dans l’une des pensées soufies – dix pensées qui donnent une sorte de résumé du message soufi – il est dit :
« Il n’y a qu’un seul chemin : l’annihilation du faux moi dans le vrai, qui élève le mortel à l’immortalité et là où réside toute la perfection ».
La méditation élève la conscience hors du corps physique. La méditation purifie, libère et ouvre l’homme à la lumière de la vérité. Lumière qui est l’être même de l’homme, son moi le plus profond.
