Préadolescence (suite)

Le temps qui s’écoule entre dix et douze ans est la période qui termine un cycle, le premier cycle de la vie de chaque âme. Les mystiques considèrent que chaque cycle est de douze ans. Par conséquent, ces trois dernières années du premier cycle sont d’une très grande importance dans la vie de l’enfant.
Souvent, pendant cette période particulière, onze et douze ans, ce qui est enseigné représente la touche finale, tout comme un artiste après avoir fait un tableau, donne une touche finale. Après cela, un autre cycle commence. La période de préparation des enfants au cycle suivant est très importante. Si, à ce moment-là, l’enfant n’a pas été instruit, n’a pas été corrigé, n’a pas reçu la direction qu’il aurait dû prendre, les choses seront difficiles plus tard, car la période la plus importante est passée. Plus les tuteurs comprendront leur responsabilité, plus ils comprendront que s’il reste quelque chose qui aurait dû être enseigné à ce moment-là, et qui n’a pas été enseigné à ce moment-là, cela ne pourra plus être enseigné par la suite.
Les filles et les garçons
Une direction spéciale, je le répète, doit être donnée aux filles et aux garçons. On ne peut pas conduire les deux avec le même fouet. Par exemple, un mot de mécontentement touchera le garçon en surface et la fille en profondeur. Il en va de même pour un mot d’appréciation. Souvent, le garçon le prendra par une oreille et le rejettera par l’autre. Tandis que la fille le gardera avec elle, peut-être, toute sa vie.
Ceux qui pensent que les garçons et les filles peuvent être dirigés de la même manière s’apercevront en fin de compte qu’ils ont commis une grave erreur. La psychologie du garçon est tout à fait différente de celle de la fille et, pour chacun d’eux, une méthode spéciale doit être utilisée afin de les élever. Si la fille et le garçon doivent tous deux recevoir un mot d’admiration ou de blâme, il faut le donner sur des tons et avec des mots différents. Il faut être plus indulgent avec la fille, alors que cela n’a pas beaucoup d’importance avec le garçon. Souvent, le garçon reçoit une punition et l’oublie au bout d’une demi-heure, ou même avant une demi-heure. Souvent, la fille s’en souvient pendant des mois et des mois, cela la touche profondément.
Les caractéristiques à développer
En outre, il y a certaines caractéristiques à développer chez le garçon et certaines caractéristiques à développer chez la fille. On ne peut pas appeler chacune d’entre elles des vertus pour les deux. Par exemple, le courage chez le garçon, la modestie chez la fille ; le bon sens chez le garçon, l’idéal chez la fille ; la responsabilité chez le garçon, le devoir chez la fille. En même temps, l’idéal de Dieu chez le garçon, la religion chez la fille ; en outre, la pensée chez le garçon, la considération chez la fille.
Vous pouvez penser qu’il n’est pas nécessaire que l’autre qualité ne vienne pas au garçon ou à la fille. Mais elle viendra d’elle-même. Ce qu’il faut enseigner, c’est la qualité particulière, et l’autre qualité viendra d’elle-même. Je ne veux pas dire que le garçon ne doit pas avoir les qualités que j’ai mentionnées pour la fille. Par exemple, si le garçon n’a pas d’idéal, il est bon à rien, mais en même temps l’idéal viendra. Mais chez la fille, cela doit être mis en place, cela doit être développé.
C’est la psychologie du garçon et de la fille qui fait qu’il est nécessaire de donner certaines choses au garçon et certaines choses à la fille. Avec leur développement, ils prennent les qualités de l’un et de l’autre ; avec leur développement, cela vient naturellement.
D’ailleurs, l’équilibre est ce qu’il y a de mieux, que ce soit chez le garçon ou chez la fille. Et l’équilibre se fait par des qualités opposées. Le travail de l’enseignant n’est pas d’enseigner l’équilibre. Le travail de l’enseignant est d’enseigner les qualités. La vie apportera l’équilibre elle-même, à condition qu’on leur enseigne cette qualité particulière qui leur appartient.
Les exigences de la vie
Maintenant, il y a une question : comment les enfants doivent-ils répondre aux différentes exigences de la vie, comme aider à la maison, aider à l’extérieur, voir des amis, voir des étrangers ? Il n’est pas nécessaire de donner aux enfants de dix, onze et douze ans un travail particulier à faire à la maison. Mais on peut en même temps les familiariser avec les tâches ménagères et les travaux de la vie extérieure. Ainsi, ils peuvent être préparés, en grandissant, à comprendre et à apprécier les responsabilités et les devoirs de leurs parents, de leurs tuteurs.
Les enfants doivent adopter cette attitude respectueuse envers les amis de la famille, la même attitude qu’ils ont envers leurs propres tuteurs ou parents. Ils doivent avoir la même attitude envers les amis de la famille.
Un jour, le prophète a entendu ses enfants appeler un serviteur par son nom. Et le prophète les a corrigés : « Non, les enfants, il est plus âgé que vous, appelez-le oncle ».
Cet idéal a été enseigné dès leur plus jeune âge, les enfants se font de plus en plus d’amis au lieu d’offenser les amis de la maison. En outre, c’est une belle manière pour l’enfant d’avoir un regard amical et une attitude respectueuse envers les amis de la famille.
Lorsque des enfants de cet âge rencontrent des étrangers, ces derniers peuvent comprendre, d’après les manières des enfants, à quel foyer ils appartiennent, à quelle famille ils appartiennent, quelle éducation et quelle formation ils ont reçue. S’ils sont grossiers, irréfléchis, inconsidérés, mal élevés, ils ont représenté leur famille sous la même forme. Il est donc de la responsabilité et du devoir des tuteurs de sensibiliser les enfants à ces règles de la vie quotidienne.
La concentration
La période entre dix et douze ans est celle où l’on peut apprendre aux enfants à pratiquer tout travail qui leur est confié, qu’il s’agisse de musique, de peinture, de dessin ou de tout autre travail qui leur est confié. C’est le moment où ils doivent se concentrer sur ce travail, s’y tenir patiemment et ne pas laisser leur esprit être perturbé par quoi que ce soit venant de l’extérieur, parce que, plus tard, cela deviendra le fondement du développement spirituel.
L’habillement
Vient ensuite une question encore plus délicate : dans leur nourriture, leurs fantaisies, leurs vêtements, ils ne doivent pas trop en faire à leur guise. Car ce n’est pas le moment où ils doivent penser beaucoup aux vêtements ou à la nourriture qu’ils mangent ou à quoi que ce soit, c’est le moment où ils doivent en être tout à fait inconscients. Tout ce qui leur est donné, ils doivent le prendre avec gratitude, avec reconnaissance. Les jours de fantaisie et d’imagination viendront après. Si l’on ne prend pas garde à cet aspect de la nature des enfants, ils développeront dès lors un caractère désagréable. Et plus tard, cela se manifestera sous la forme d’un esprit très indésirable.
La question est maintenant de savoir comment cela peut se faire. Il faut le faire, non pas en les corrigeant ou en leur imposant une telle règle, mais en leur faisant voir le plaisir du contentement. Et il faut leur faire comprendre que c’est le moment où ils doivent mettre leur esprit au travail. Par des conseils doux et amicaux, ils comprendront rapidement.
J’ai dû dire à un petit enfant qui aimait beaucoup se regarder dans le miroir, très souvent, j’ai dû lui dire que : « Les génies peuvent regarder à travers le miroir et il faut s’en méfier, les gens qui se regardent trop souvent dans le miroir auront à rencontrer des génies ». A partir de ce moment-là, ce petit enfant a montré de moins en moins cette tendance.
Une attitude amicale
C’est un travail très délicat que d’éduquer un enfant sans qu’il comprenne ce qu’on lui apprend. Tout ce qu’on lui enseigne doit être fait de telle sorte que l’enfant ne sache pas qu’on lui impose une règle ou un principe. C’est la meilleure façon de travailler avec lui. Dans les rires, les sourires, les histoires et les conversations amicales, on peut lui dire des choses dont il se souviendra toujours. Dès qu’on lui donne un ordre et qu’on lui impose un principe, il en sentira le poids.
Il faut se rappeler que la vie est une opportunité. Et que cette période particulière de dix, onze et douze ans est une opportunité extraordinaire. C’est la période où les enfants absorbent et assimilent toutes les connaissances. Et ces connaissances grandissent avec eux au fur et à mesure de leur croissance. Très souvent, la connaissance des différentes règles de vie peut leur être transmise sous une forme très douce en racontant des histoires. En effet, une histoire donne une image merveilleuse de la vie. Et en même temps, ils ne ressentent pas le fardeau de l’enseignement. Ils sont intéressés et, très souvent, après l’histoire, les enfants avisés demandent : « Qu’est-ce que cela nous apprend ? Qu’est-ce qu’on en retire ? » Lorsque c’est le cas, vous devez savoir que vous avez la plus grande opportunité d’accorder l’esprit de l’adolescent à la connaissance et à la conscience auxquelles vous souhaitez l’éveiller.

Les qualités et leurs opposés
Question : Pourquoi est-il nécessaire de développer les qualités particulières qui appartiennent par nature au garçon ou à la fille ? Pourquoi ne pas accorder d’abord de l’attention à l’opposé ?
Réponse : La raison est la suivante : toute qualité qui naît chez une personne en tant que qualité inhérente, naît chez cette personne parce que cette qualité mènera au but de sa vie. Par exemple, le lion reçoit la qualité de lion ; c’est le but, c’est son destin. Le cerf reçoit la qualité nécessaire au but de sa vie. Si le lion avait la qualité de cerf et le cerf la qualité de lion, aucun des deux ne serait apte à vivre dans le monde. Ce que le cerf est montre sa propre qualité, ce que le lion montre sa propre qualité. Les qualités opposées ne peuvent que s’équilibrer, mais elles ne doivent pas être spécialement développées. Elles viendront d’elles-mêmes.
Le genre
Question : L’âme choisit-elle elle-même si elle veut être un garçon ou une fille ?
Réponse : Oui, certainement.
Question : Si l’âme choisit son sexe, pourquoi trouve-t-on des gens qui se rebellent contre leur sexe ?
Réponse : Il y a quelque chose qui ne va pas chez eux ou quelque chose qui ne va pas dans leur vie. Le grand plaisir de l’âme est d’accomplir le but de sa vie. L’âme reçoit l’esprit, le corps et la situation de sa vie. Mais lorsque l’âme choisit des choses erronées d’elle-même, elle se sent mal à l’aise. Il n’y a donc aucune raison d’être mécontent de soi, de sa vie. Il est préférable de sentir et de savoir : « Ce que je suis, il vaut mieux que je sois ce que je suis. Et je dois faire de mon mieux pour remplir le but de ma vie ».
En outre, l’âme elle-même n’a pas de sexe. Elle est au-delà, et lorsqu’elle reviendra à ce stade, elle sera une et la même. Par conséquent, cette distinction ou différence ne concerne que le voyage. Ce voyage est entrepris par l’âme pour accomplir certaines choses. Il n’est pas nécessaire d’être mécontent de soi.
L’impression
Question : Voulez-vous dire que chaque fille est plus profondément impressionnée par l’éloge ou la correction que chaque garçon ?
Réponse : En règle générale, les filles sont plus impressionnées que les garçons. Mais il se peut qu’un garçon soit impressionnable et qu’il puisse l’être davantage, et qu’une fille moins impressionnable puisse l’être moins. Mais il s’agit là d’exceptions.
Je vais vous raconter une petite histoire : Quatre personnes sont accusées du même crime et comparaissent devant le roi. Le roi dit à l’un d’eux qu’il doit être exilé, qu’il doit être renvoyé du pays. Il a regardé l’autre et a dit qu’il devait être mis en prison pour toute sa vie. Il a regardé le troisième et a dit qu’il devait être décapité. Puis, il a regardé le quatrième et a dit : « Je regrette qu’un homme comme toi ait fait cela ».
L’homme qui est sorti de la ville et qui a été exilé a repris son activité. Il était très heureux, cela ne le dérangeait pas. L’autre qui a été envoyé en prison, bien sûr qu’il était désolé d’être en prison, mais il n’en avait pas l’impression. Celui qui était condamné à mort, il s’apitoyait sur son sort et c’est tout. Mais celui à qui le roi a dit : « Je suis désolé que tu aies commis ce crime », il est rentré chez lui et s’est suicidé.
La reconnaissance de l’individu
Il semble qu’aujourd’hui nous ne comprenions pas cela, et la loi donne à tous la même punition. Nous conduisons tous les gens avec le même fouet. C’est le grand inconvénient de l’époque actuelle : l’individu n’est pas reconnu.
Il y a un individu que vous pouvez regarder avec des yeux mécontents et qui le ressent. Et il y a un autre individu, vous pouvez lui lancer mots après mots, comme des pierres, il les repousse, il est tout à fait heureux.
Question : Si un enfant âgé de dix à douze ans n’écoute pas les enseignements que son tuteur lui dispense de la manière dont vous avez parlé, doit-il alors être puni et de quelle manière ?
Réponse : Comme je l’ai toujours dit, la punition a un très mauvais effet et elle émousse la vivacité de l’esprit des enfants. Très souvent, la punition fonctionne bien avec eux, mais d’une manière ou d’une autre, elle émousse leur finesse. Il faut donc essayer de s’en passer, si on le peut. Après leur avoir donné tous les avis, conseils et encouragements, après leur avoir témoigné de l’appréciation et après avoir fait tout ce qui est possible de faire, la dernière chose à faire est, comme je l’ai déjà dit, de tirer les oreilles.
Question : Que signifie le fait de dire à l’enfant de ne pas se regarder si souvent dans le miroir ? Y a-t-il une signification spirituelle derrière cela ?
Réponse : Oui, se regarder dans le miroir rend conscient de soi, et la conscience de soi rend nerveux. Et toute la tragédie de la vie vient de la conscience de soi lorsqu’elle culmine dans l’apitoiement.
Les cycles
Question : Pourquoi le mystique divise-t-il l’éducation en cycles de douze ?
Réponse : Ce n’est pas l’éducation qui est divisée en cycles de douze. Mais la vie est divisée en cycles de douze. La vie de chaque individu est divisée en cycles de douze. Il y a une douzième année, une vingt-quatrième année, une trente-sixième année et ainsi de suite. Une nouvelle vie commence à chaque douzième année.
Question : Y a-t-il un lien entre les douze années du premier cycle et le nombre douze dans la symbolique mystique ? Et les douze apôtres ?
Réponse : Il y a douze heures, même dans le jour et la nuit. Ensuite, il y a douze divisions, demi-tons dans une octave. Après les douze demi-tons, la même note revient. Cela signifie qu’il y a un autre cycle. Les anciens avaient douze cycles, qu’ils appelaient ragas. Il y a aussi douze apôtres. Tout cela montre que le nombre douze correspond à la fin d’un cycle et qu’un autre cycle commence ensuite.
Suresnes, 25 août 1926
Publié dans La reconstruction du monde – L’éducation – cahier n°3 – chapitre 10
